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113e et 114e MEMBRES DU CONSEIL FÉDÉRAL
UNE PIANISTE ET UN PATRON AU POUVOIR
SIMONETTA SOMMARUGA. De musicienne timide à farouche protectrice des consommateurs, la nouvelle ministre a connu plusieurs vies. Elle revient sur ce parcours atypique. JOHANN N. SCHNEIDER-AMMANN. Celui qui s’est adjoint le nom de sa femme pour devenir l’un des plus grands entrepreneurs du pays est aussi ce garçon qui rêvait des sommets admirés de sa salle à manger.

Par Yan Pauchard, Frédéric Vassaux - Mis en ligne le 28.09.2010

SIMONETTA SOMMARUGA

En 1968, Simonetta a 8 ans. Troisième d’une famille de quatre enfants, la fillette grandit dans la petite ville de Sins, dans la très catholique région du Freiamt argovien. Une vie simple. Son père, venu du Tessin, occupe le poste de directeur de l’usine locale de Lonza. A l’école, elle se montre timide et appliquée, et aime particulièrement les mathématiques. A la maison, elle se plaît à jardiner au côté de sa mère. Cette annéelà, Simonetta commence le piano. C’est une révélation. L’instrument rythmera sa vie. «Jeune, je ne savais même pas ce qu’était une conseillère aux Etats, la musique occupait tout l’espace, se souvient-elle. Je ne rêvais alors que d’une grande carrière de pianiste dans le classique.» La vie lui choisira cependant un autre destin. En 2010, Simonetta Sommaruga a 50 ans. Le mercredi 22 septembre, à 10 h 19, la socialiste est élue conseillère fédérale. «Aujourd’hui, en regardant en arrière, on pourrait penser que tout s’est enchaîné de manière logique jusqu’à mon élection. Mais c’est faux, dans ma vie, rien n’a été calculé», reconnaît Simonetta Sommaruga. Elle sourit: «C’est comme je n’avais pas imaginé épouser un homme (ndlr: l’écrivain alémanique Lukas Hartmann) qui avait déjà trois enfants. Je n’en ai pas eu, j’ai contribué à élever les siens. Et cela s’est très bien passé. On ne prévoit pas toujours tout.»

Ainsi, Simonetta Sommaruga consacrera les premières années de sa vie d’adulte à la musique, loin des préoccupations politiques. Après des études au Conservatoire de Lucerne et des séjours de perfectionnement à l’étranger, notamment en Californie et à Rome, la musicienne s’installe en 1984 à Fribourg, où elle donne des cours de piano, tout en occupant le poste d’organiste à l’église Saint-Jean, en Basse-Ville. Les temps sont difficiles. Le soir, elle assure des veilles à la Maison pour femmes battues. Elle y découvre la violence, la pauvreté, mais aussi la solidarité. Durant des heures, elle reçoit avec empathie - «la musique m’a appris à écouter» - le récit de ces femmes brisées. C’est la seconde révélation de sa vie. «J’ai réalisé que ma vocation était de donner une voix aux plus faibles, à ceux qu’on n’écoute souvent pas.» Aiguillée par une certaine Ruth Lüthi, avec qui elle s’est liée d’amitié au travers de leur passion commune du piano, Simonetta Sommaruga entre en 1986 au parti socialiste. Elle échoue alors à l’élection au Grand Conseil fribourgeois. C’est une période de doutes. Elle s’engage, sans les terminer, dans des études universitaires en langues: anglais et espagnol.

«RUPTURE DANS MA VIE»

Son chemin, elle le trouvera en 1993, lorsqu’on lui propose la direction de la Fondation pour la protection des consommateurs. L’institution est moribonde. Elle s’engage corps et âme, avec le même credo: «donner une voix à ceux que l’on n’écoute pas». Elle confie: «Passer de la musique au combat pour les consommateurs a été la vraie rupture de ma vie.» La musicienne timide se révèle une négociatrice pugnace et intransigeante. Porte-parole des petites gens, Simonetta Sommaruga tient tête aux multinationales, ferraille avec les cartels, milite pour faire baisser le prix des médicaments. Son indépendance et sa force de conviction suscitent le respect de ses adversaires, mais effraient dans son propre parti. Mais, dans le grand public, particulièrement en Suisse alémanique, son image de Robin des Bois en tailleur lui vaudra une popularité indéfectible.

«Jeune, je rêvais d’une grande carrière dans le classique»
Simonetta Sommaruga

Cette notoriété va propulser la socialiste en politique. En 1997, elle est élue conseillère municipale de Köniz, ville de 40 000 habitants de la banlieue de Berne, où elle réside depuis une année seulement. «J’y ai beaucoup appris. Nous étions une petite équipe, nous devions nous occuper de tout.» Deux ans plus tard, à 39 ans, elle entre au Conseil national. En 2003, elle devient conseillère aux Etats. Avec ces succès naît une ambition nouvelle. «Le Conseil fédéral, cela fait dix ans que j’y songe, reconnaît-elle. Mais seulement par intermittence, surtout quand les gens dans la rue, les journalistes, me posaient la question. Avec le temps, c’est devenu une option, une option parmi d’autres.» Pourtant, au moment de se lancer en campagne, la Bernoise hésitera. Longuement. «Je sais ce que représente être conseillère fédérale. C’est un poste difficile qui comporte de nombreuses responsabilités. J’entre dans cette fonction avec énormément de respect.»

Il pleut sur Berne en ce vendredi 24 septembre. Simonetta Sommaruga a néanmoins accepté de quitter son bureau pour une photo sur la place Fédérale. Aujourd’hui, même si elle ne se considère plus comme une artiste, elle espère pouvoir apporter une note un peu différente au gouvernement: «En politique, j’ai toujours cherché à me montrer créative.» Elle ne souhaite pourtant pas trop se projeter dans l’avenir. «Au piano, on ne peut pas jouer un morceau si l’on pense déjà au suivant. La chose la plus importante que m’a enseignée la musique, c’est d’être là où on est, dans l’instant présent.» Elle sourit, timidement. En quelque sorte, elle y est, tout en haut de l’affiche. Y. P.

 

 


 

JOHANN N. SCHNEIDER-AMMANN

 

Il met la main devant la bouche comme s’il n’y croyait pas. Mais il sait. Il a compris. Il est 12 h 01 ce mercredi 22 septembre. Pascale Bruderer, la présidente de l’Assemblée fédérale, vient de lire les résultats du quatrième tour de l’élection du successeur de Hans-Rudolf Merz au Conseil fédéral. Il a obtenu 84 voix, l’UDC Jean-François Rime 76 et sa collègue radicale Karin Keller-Sutter 74, dès lors éliminée de la course. Au prochain tour, c’est sûr, il sera élu. En attendant le résultat du cinquième tour, Johann Schneider-Ammann griffonne quelques mots sur un papier. Même geste qu’il y a cinquante et un ans, lorsqu’il dessinait à la craie sur son ardoise à l’école d’Affoltern, dans l’Emmental. «A l’époque, je ne pensais pas au Conseil fédéral, sourit l’entrepreneur. Je ne pensais qu’à une chose: faire du sport. C’était beaucoup plus important pour moi que faire mes devoirs.» Du football l’été, du hockey l’hiver, sur la colline qui abrite le village. Un bourg de moins de 1000 âmes, qui a en partie formé sa vision du monde. «Ce qui m’a marqué, c’est le panorama depuis notre salle à manger. On voyait les Alpes du Glärnisch jusqu’au Mont-Blanc. A l’époque, je rêvais de monter en haut de tous ces sommets; ce que j’ai finalement fait.» Lui s’imaginait alors en guide de montagne et charpentier. Il deviendra guide à l’armée et gravira tous les 4000 de Suisse à l’exception du Cervin. «On a dû rebrousser chemin trois fois. On a alors décidé qu’on n’y retournerait plus.» Aujourd’hui, ce fan d’alpinisme a gravi le sommet de l’Etat.

Face aux journalistes, quelques heures après son sacre, il semble à l’aise dans le costume de conseiller fédéral. Comme si celui-ci était une évidence. «Je crois avoir une relation assez naturelle au pouvoir», dit celui qui, dans le fond, a passé sa vie à diriger, puisqu’il a repris à 32 ans déjà la direction du groupe Ammann, l’entreprise de machines de construction du père de sa femme. «Oh, j’ai quand même aussi beaucoup obéi, notamment à mon papa, qui était quelqu’un de plutôt dominant.» Vétérinaire, son père le force à suivre des cours de latin pour le préparer à des études de médecine. «Finalement, j’ai étudié un trimestre vétérinaire avant de partir à l’armée puis d’entreprendre des études d’ingénieur en électronique.»

PATRONYME MARKETING

Johann Niklaus Schneider est né le 18 février 1952 à Sumiswald. «J’aurais dû naître à l’hôpital de Berthoud mais, comme il avait beaucoup neigé, ma mère s’est rendue dans la clinique la plus proche.» L’ajout du nom de son épouse, Ammann, à son patronyme est arrivé plus tard, lorsqu’il a pris la tête du groupe, en 1983. Plus qu’une coquetterie, c’est une stratégie marketing, une façon de rappeler que l’entreprise est une firme familiale conduite par l’un de ses membres. Reste que la direction soit confiée au beau-fils plutôt qu’à l’un des deux fils Ammann surprend. «C’est une décision qui s’est faite en toute transparence et honnêteté. Mes deux beauxfrères sont de vrais scientifiques, très pointus au niveau technologique. Au début, j’ai refusé, mais ensuite j’ai senti que la famille le souhaitait vraiment et estimait que j’avais quelques capacités pour le management. Je ne conçois le pouvoir qu’en termes de collège. Vous ne pouvez pas avoir raison tout seul dans votre coin. Si vous n’arrivez pas à convaincre, vous allez droit dans le mur.»

«Faire du sport était bien plus important que faire mes devoirs»
Johann N. Schneider-Ammann

Son engagement politique est né dans le prolongement de son engagement d’industriel, à la tête du groupe Ammann, comme vice-président d’economiesuisse et comme président de Swissmem, l’association faîtière de l’industrie des machines. «Ma motivation politique a toujours été d’influencer les conditions-cadres pour offrir à la Suisse les meilleures chances de défendre ses intérêts au niveau international», avoue le nouveau conseiller fédéral. Une sorte de super lobbyiste pour l’industrie d’exportation. «J’apprécie son côté concret, il amène son expérience du terrain, explique la conseillère nationale verte Adèle Thorens, qui le côtoie à la commission de l’économie (CER). Il est indissociable d’economiesuisse, j’espère qu’il saura être indépendant et gagnera en envergure politique.» Un pur représentant de l’économie qui ne saurait lever le nez de ses dossiers préférés? Peut-être, mais il y a de l’universel aussi dans ce petit garçon de l’Emmental qui rêvait de sommets neigeux et l’entrepreneur à succès qui négocie en Chine ou aux Etats-Unis. Du pluriel dans ce richissime patron qui, devenu conseiller fédéral, avoue rêver de jouer au fermier. «Petit garçon, je passais toutes mes vacances chez mon oncle paysan. J’ai appris à traire, j’aimais les chevaux et les moutons, mais pas les porcs, trop sales. Un jour, j’aurai une ferme, mais ce sera après le Conseil fédéral.» Du multiple dans ce père de famille, marié depuis trente-deux ans à Katharina qu’il dit son modèle, «si attentive, si modeste», au même titre que le général Mannerheim, héros peu connu de la résistance finlandaise face aux Russes durant la Seconde Guerre mondiale, «exemple d’optimisme, de résistance, de motivation et de persévérance».

Il sourit. Le petit garçon qui voulait être guide guidera désormais la nation. F. V.



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Tags: Simonetta Sommaruga, Johann N. Schneider-Ammann, Conseil fédéral, élection Aller en haut de page Haut de page

 

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