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LARA GUT
«JE REVIENS D’ABORD POUR M’AMUSER»
Remise d’une grave blessure à une hanche, la Tessinoise (19 ans) retrouve la compétition ce week-end à Sölden, après un an d’arrêt. Et ça fait du bien.

Par Laurent Favre - Mis en ligne le 21.10.2010

Glacier de Saas-Fee, sous un soleil éclatant. Tout est prêt pour la séance photo dans la neige. Quand Pauli Gut appelle… «Lara a heurté un piquet ce matin à l’entraînement. Rien de grave, juste un gros bleu, mais elle est déjà redescendue à la station. On se voit à 14 heures devant l’hôtel.» Le temps de trouver un joli champ, d’herbe cette fois, et de faire fuir une skieuse qui bronzait là en toute petite tenue, et voilà Lara Gut qui déboule.

La jeune Tessinoise (19 ans) porte un short avec une parka turquoise bardée de noms de sponsors. Un impressionnant pansement d’argile lui couvre tout le tibia droit. «C’est pour absorber l’hématome», explique-t-elle sans se soucier de son apparence. «Que voulez-vous, ce sont des jambes de sportive.» Elle a aussi mal au dos. «Une autre chute.» Qu’importe, elle est radieuse. Même son nouvel appareil dentaire ne parvient pas à gâcher totalement le plus joli sourire du sport suisse. A dix jours de l’ouverture de la saison 2010-2011 de ski alpin, Lara revient sur sa très grave blessure à une hanche le 29 septembre 2009, ici même, à Saas-Fee.

Elle impressionne par son aisance face à l’objectif et son incroyable débit devant le micro. Loin d’aligner les éternelles banalités de sportif, elle épate par sa capacité à passer en un instant d’un éclat de rire à une réflexion très profonde. Un vrai phénomène, avec ou sans skis.

Qu’avez-vous prévu de ne pas dire durant cette interview?

Ça dépend des questions. (Elle réfléchit.) Je pense que je ne vais pas parler de mes objectifs pour la saison. Et de quelques détails de ma vie privée.

Comme le prénom de votre nouveau petit copain?

Exactement. Je n’ai pas l’intention de vous le dire.

C’est pourtant la question qui passionne tout le monde!

(Elle rit.) Franchement, je n’en savais rien.

C’est compréhensible. Chacun vous voit comme une fille, une nièce, une sœur, et a envie de savoir ce qui vous arrive, d’être heureux avec vous…

Oui, c’est sympa et ça fait plaisir, mais d’un autre côté il faut apprendre à distinguer ce dont on peut parler volontiers et ce que l’on veut garder pour soi. Il est évident que les gens ont envie de savoir autre chose que la longueur de mes skis quand je descends. Quand on est un personnage public, il y a une frontière à fixer, car il est important de ne pas tout dire. Pas pour garder des secrets ou faire des mystères, mais pour rester soimême, ne pas devenir un livre ouvert. Tout n’est pas intéressant non plus. Sinon, ça devient Secret story…

Il n’est pas masseur, pas hasard, votre copain?

Non! (Elle rit.) C’est vrai que ce serait pratique…

Dans quel état d’esprit vous présentez-vous à Sölden?

J’ai envie de retrouver ce monde dont j’ai été privée durant dixhuit mois. Quand on y a goûté, on s’habitue très vite. Envisager de ne plus en faire partie est presque impossible. Ce qui me manque, c’est l’adrénaline, la tension, l’envie. A Sölden, je vais m’élancer pour m’amuser, pour retrouver ce que j’avais abandonné. Ni plus ni moins.

Vous avez des références chronométriques?

Non, aucune. Mais ça ne sert à rien d’y aller en sachant qu’on n’avance pas!

Votre grande force, c’était votre incroyable confiance en vous. Ne risque-t-elle pas d’être ébréchée désormais?

Après un accident, on doit avoir encore plus confiance en soi pour réussir à revenir. Je crois que j’ai encore plus de certitudes, non pas en moi, mais en mon corps, parce que j’ai appris à le suivre et à l’écouter. Ce n’est pas de l’arrogance, ce n’est pas se surévaluer. C’est accepter qu’il y aura des jours où ça ne marchera pas et garder quand même confiance. C’est se dire: «Je savais le faire; aujourd’hui, ça ne va pas, mais ce n’est pas grave, je sais qu’il y aura un jour où j’arriverai de nouveau à le faire.»

Ce positivisme est inné chez vous ou l’avez-vous travaillé?

Je me suis simplement rendu compte, quand j’ai recommencé à skier, que ma hanche était comme avant. Rien n’avait changé, je n’avais pas plus de peine à prendre les virages, alors je me suis dit: «J’y arrive!»

«Pendant sept mois, j’ai traîné ma jambe derrière moi comme un poids mort»

Gardez-vous des séquelles?

Non, juste une cicatrice. Et je sens désormais quand la météo change. Ça tire un petit peu. Je n’arrive pas à l’expliquer, mais je peux simplement dire qu’il va pleuvoir le jour d’après. Pour le reste, je n’ai pas de douleur. Je suis tombée sur ma hanche, j’ai chargé des kilos et des kilos: aucun problème.

La crainte, avec une articulation qui s’est déboîtée, c’est qu’elle demeure fragilisée…

Franchement, je ne peux pas le dire. J’ai bossé pour recréer mon corps. Sur les dernières IRM que j’ai passées, on ne peut même pas voir que j’ai eu un accident. L’articulation est comme avant. Il n’y a pas de trou, le muscle est fait autour de l’os. Il faut juste ne plus y penser.

C’est le premier coup d’arrêt dans votre carrière. Peut-être même la première fois que ça ne va pas comme vous voulez dans votre vie et…

(Elle coupe.) Franchement, je n’ai pas l’impression que tout se passe comme je veux dans ma vie. Chaque jour, il y a de petites choses qui ne vont pas…

Mais ce sont de petites choses…

Il y a aussi de grandes choses qui ne sont pas comme j’aimerais parfois, mais la vie, c’est aussi de ne jamais savoir ce qui va nous arriver. Le contraire serait ennuyeux. Evidemment, je n’avais pas prévu de me blesser, mais, quand j’y pense, cela m’a permis d’apprendre plein de choses. Déjà, en faisant de la rééducation, j’ai découvert mon corps. J’ai eu la chance de me reconstruire d’une autre manière. Maintenant, je sais comment fonctionnent mes muscles. Quand tout va bien, on ne réfléchit pas, mais quand on se retrouve avec une jambe sans muscles, on prend conscience de tout ce que cela impliquait. L’accident en soi est quelque chose de négatif, mais ce qui suit peut apporter beaucoup.

Ça a été dur?

Ça n’a pas toujours été simple. Du jour au lendemain, je n’arrivais plus à soulever ma jambe. Pendant sept mois, je l’ai traînée derrière moi comme un poids mort que je devais éviter de cogner contre les obstacles. Il a fallu accepter qu’en trente secondes je me retrouve dépossédée de mon corps. Ma jambe ressemblait à celle d’avant, mais elle était incapable de faire ce que faisait celle d’avant.

En janvier, vous racontiez que de devoir rester couchée dans un canapé à la maison avait généré quelques tensions avec votre mère. C’est oublié?

C’est d’autant plus oublié que maintenant ma mère ne me voit plus à la maison, mon frère n’est jamais à la maison et mon père est toujours avec moi! Si ma mère veut nous voir, il faut qu’elle vienne sur les pistes! On est très vite retournés à la vieille vie, finalement.

Cette «ex-nouvelle vie», où vous aviez du temps pour la famille et les amis, ne va-t-elle pas vous manquer désormais?

En fait, je pensais avoir plein de temps libre, mais ce fut tout le contraire. J’étais soit au fitness pour la musculation soit à la piscine pour ma rééducation. Au début, j’étais tellement fatiguée que, pour un quart d’heure d’exercice, je passais deux heures dans mon lit à dormir. Alors oui, j’étais à la maison, mais j’ai finalement eu assez peu de temps pour profiter de mes proches.

Comment vit-on une blessure quand on a 18 ans et que l’on est déjà un petit chef d’entreprise, voire un soutien de famille?

Chaque personne a des responsabilités, plus ou moins grandes, politiques ou économiques, peu importe. Les responsabilités nous font grandir et apprendre vite. Mes parents ne m’ont jamais dit: «Il faut recommencer à skier parce qu’on n’a plus de fric.» J’ai eu la chance d’avoir gagné assez d’argent l’année d’avant. On a toujours dit que l’on faisait ça pour se marrer, pas pour devenir riches. Ma responsabilité première était de revenir en bonne santé. Il fallait guérir ma hanche, mais pour moi, pour ma vie future. Pas pour faire des shootings ni pour me retrouver avec une prothèse à 30 ans. Ma santé a toujours été ma préoccupation première et ma responsabilité première.

Vous a-t-on proposé de vous opérer vite fait pour revenir plus vite au détriment de votre santé à long terme?

Oui, c’était possible, mais j’ai préféré prendre le temps, laisser une saison blanche mais être sûre d’en faire dix bien.

Ça a passé vite finalement?

Bien plus que je ne l’imaginais. Au début, je pensais que j’aurais tout le temps, et puis ça a été la course toute l’année. Comme d’habitude.

 

 


 

SON AVIS

Face à l’actu…

La mort de Steve Lee, le chanteur de Gotthard

«Ça m’a choquée. Sa fille allait à l’école de ma mère et était copine avec mon frère. Je le connaissais bien. Quand j’ai reçu ma première voiture, on les avait invités au garage, lui et le groupe. Oui, c’est incroyable… Là aussi, en trente secondes, c’est fini…»

Quatre femmes au Conseil fédéral…

«Cet hiver, j’ai été invitée au Parlement lors de la journée des femmes. J’avais rencontré Doris Leuthard et Pascale Bruderer. Une majorité de femmes, c’est quand même un événement, un peu comme quand Barack Obama a été élu président des Etats-Unis. On se demande ce que ça va changer. Moi, je pense que ça va quand même être un peu différent.»

Faut-il virer Ottmar Hitzfeld?

«Franchement, ce sont des choses impossibles à dire si l’on ne vit pas à l’intérieur du groupe. Et l’autre chose que je sais, c’est que, quand on se loupe, il y a toujours 50 conseillers qui savent toujours pourquoi vous avez perdu le match ou raté une porte. Le mieux, c’est encore de laisser M. Hitzfeld faire son boulot.»



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Tags: Ski alpin, sport, compétition, Lara Gut Aller en haut de page Haut de page

 

LA CONFIANCE EN SOI SELON LA TESSINOISE


LARA GUT EXPLIQUE POURQUOI ELLE A LAISSÉ PASSER UNE SAISON POUR SE REMETTRE DE SA BLESSURE


COMMENT LA SKIEUSE VISUALISE SON RETOUR À SÖLDEN


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