SONIA LACEN: «QUAND JE CHANTE, JE NE JOUE PAS»
Elle restera une figure marquante de «The Voice», sur TF1, diffusé chaque samedi soir. Qui? Sonia Lacen, 28 ans, qui réside à Carouge et travaille comme hôtesse de l’air.

Par Blaise Calame - Mis en ligne le 17.04.2012

Un physique avenant, visage juvénile façon Alizée – l’ancienne protégée de Mylène Farmer –, des cheveux noirs et plats, un petit nez mutin, un sourire craquant: la Genevoise Sonia Lacen est télégénique, c’est certain, mais dépourvue de sa voix atypique au timbre coloré, aurait-elle fait pleurer Jenifer, sa marraine dans l’émission The Voice que diffuse TF1 chaque samedi? Assurément non.

A 28 ans, Sonia Lacen a déjà vécu plusieurs vies. Désormais hôtesse de l’air chez EasyJet, elle espère bien un jour passer aux commandes, tout en continuant de chanter. «Oui, je veux être pilote, confie-t-elle. Je suis quelqu’un de très ambitieux. Tant qu’à être au service des autres, autant l’être complètement, en tant que capitaine!» The Voice marque son grand retour sur scène et, depuis, elle plane. «Je suis tellement tête en l’air que ces trois dernières semaines j’ai perdu et je me suis fait voler trois téléphones!» avoue-t-elle. Pas facile à joindre, l’artiste. Elle s’en excuse.

«JE SUIS BÉNIE»

Profondément croyante, d’une générosité rare, la Genevoise donnera tout, désormais libérée de la présence écrasante de sa mère adorée. «Dieu m’a offert The Voice comme opportunité, confie-t-elle. Je suis bénie.» A l’image de la plupart des candidats de The Voice, Sonia Lacen n’est pourtant pas tombée du ciel. Née le 3 novembre 1983 à Miramas, dans le sud de la France, elle a grandi dans le Vaucluse, à Avignon, avec ses frangins Yacin et Karim, sa sœur Sarah et son cousin Sophien qu’elle considère comme son «petit frère». La famille est modeste. Lahcen, le père, Marocain, est routier. Il a épousé Lilas, une Algérienne volcanique qui a longtemps tenu les cuisines d’un restaurant avec l’aide de ses sœurs.

Sonia fréquente l’école publique. A la maison, elle obéit à sa mère. «J’ai vécu dans une bulle, raconte-t-elle, avec une mère folle de musique, qui chantait dans des chorales et des groupes. Au réveil, c’était musique à fond et ménage! Les copines, ce n’était pas mon truc. Je suivais ma mère partout. Je me taisais. En fait, avant l’âge de 12 ans, je n’ai jamais chanté.»

Sa vie bascule en 1995. «Ma mère m’a emmenée dans un karaoké d’Avignon, L’Américain, et ça a été une révélation. Le lendemain, elle m’offrait la bande originale du film Bodyguard en me lançant pour défi de travailler les chansons de Whitney Houston. Une semaine plus tard, je les connaissais toutes par cœur!» Sa mère est la première à croire en elle. Sonia devient Sonia Lacen et multiplie les auditions à travers toute la France. En 1998, Philippe Bergman devient son manager et la fait signer chez Mercury (Universal). A travers Sonia, Lilas, sa mère, touche enfin son propre rêve du doigt. Sonia Lacen devient une enfant-star. Elle n’a que 16 ans lorsqu’elle sort son premier single, intitulé Au fond de toi, puis elle décroche le rôle de Yasmina dans la comédie musicale Les mille et une vies d’Ali Baba. Le spectacle ne décolle pas, mais la jeune fille tape dans l’oeil de Johnny Hallyday lui-même, qui devient son parrain. Le 10 juin 2000, elle chante avec lui Vivre pour le meilleur sous la tour Eiffel, devant 500 000 personnes. Le duo sera reconduit à douze autres reprises.

 

«Avant l’âge de 12 ans, je n’avais jamais chanté»
Sonia Lacen

 

Sa carrière s’emballe. L’année suivante, elle interprète deux titres de la bande originale du film Vercingétorix puis, en 2004, elle apparaît sous les traits d’Agathe dans Alive de Frédéric Berthe, au côté de Richard Anconina et de Maxime Nucci, le compagnon à la ville de Jenifer, sa future marraine dans The Voice.

Le premier album solo de Sonia Lacen se fait désirer.

Annoncé pour l’été 2001, puis courant 2003, Initial (chez Mercury) ne verra finalement le jour qu’en février 2006 (!), tellement remanié qu’il en a perdu toute saveur et, pour couronner le tout, sans promo… Sonia n’a pas eu la patience d’attendre. En 2002 déjà, elle est partie. «J’ai quitté mon label parce que je ne me sentais plus en accord avec l’album que je préparais», souligne-t-elle dans Public.

BESOIN DE PARTIR

Non seulement ses chansons ne lui ressemblent pas, mais elle ne maîtrise rien. Elle subit. Sonia n’en peut plus d’être la poupée de son de sa maman. «J’ai arrêté la musique parce que j’étais une jeune femme qui ne savait pas qui elle était, confie-t-elle aujourd’hui. Je vivais cloîtrée. J’avais besoin de partir et de me mettre en danger.»

Née sous le signe du Scorpion, Sonia croit cependant en sa bonne étoile. «Depuis toute jeune, je vais chaque année consulter une astrologue à Fontaine-de-Vaucluse», avoue-t-elle. Sa quête la conduit d’abord en Ecosse, où elle passe un an, puis en Californie et enfin à New York, où elle chante dans des bars au noir. Elle passe quatre ans loin des siens.

En juin 2007, elle débarque à Genève pour quinze jours de vacances chez son cousin Sophien, alias DJ Ryhan, steward chez EasyJet. «Il m’avait dit: «Tu verras, Genève, c’est comme un virus.» Il avait raison. Chaque fois que je quitte cette ville, elle me manque», confie Sonia. La vacancière prend racine. Elle emménage à Carouge avec l’un de ses frères et Sophien, qui va l’attirer chez EasyJet.

Son diplôme IATA obtenu en 2008, Sonia entre au sein de la compagnie low cost en avril 2011 en tant qu’hôtesse de l’air. Responsable de la base des équipages de Genève, Valérie Giavera se souvient de cette candidate enthousiaste, «une personne simple et authentique, souriante, naturelle, humble, discrète surtout». Sonia adore son job. «Je compare cela à tomber amoureux, dit-elle. On arrive dans un avion et le cœur s’emballe. On n’y peut rien. C’est pareil sur scène.»

Grâce à son emploi, Sonia Lacen s’épanouit, seule cette fois. «Genève m’a apporté de la stabilité, confie-t-elle, et des opportunités. Ce n’est pas le rêve américain, mais le rêve genevois.» Elle rit aux éclats.

 

«Je vais chaque année consulter une astrologue»
Sonia Lacen

 

Séduite fin 2011 par le concept de The Voice, que TF1 s’apprête à programmer, Sonia en parle à ses employeurs. «Elle se lançait uniquement si on la soutenait, se souvient Valérie Giavera, et on a dit OK. Maintenant, on espère qu’elle ira jusqu’au bout!» La Genevoise a obtenu un congé non payé d’un mois… reconductible!

ELLE SNOBE JOHNNY

Sonia Lacen a le potentiel suffisant pour s’imposer dans un télé-crochet tel que The Voice. Yasmina Lanthier, fondatrice du Festival de la Chanson française d’Avignon, en est convaincue. Interrogée par le site web infoavignon.com, elle avoue pourtant un regret: «Je pense qu’elle a loupé quelque chose quand le grand Johnny Hallyday lui a proposé de s’occuper d’elle… Sa mère (ndlr: qui gérait alors sa carrière) n’a pas accepté.»

La Genevoise préfère, elle, revenir sur les grands moments vécus à l’époque… A-t-elle seulement eu son mot à dire? Pas sûr. Mais si demain elle s’impose dans The Voice, elle ne le devra qu’à elle seule.

Si elle a jusqu’ici toujours convaincu le jury de l’émission, Sonia Lacen a curieusement généré en parallèle pas mal d’animosité sur les réseaux sociaux, où sa bienveillance agace. «Je ne veux plus lire les commentaires sur le web, confie-t-elle, parce que ça me fait du mal. On me reproche mon attitude, ma gentillesse… Mais moi, quand je chante, je ne joue pas.»

Sonia Lacen s’est lancée à fond dans l’aventure The Voice, saisissant à plein cœur cette si rare deuxième chance qui s’offrait à elle. A 28 ans, elle n’a peut-être plus l’insouciance qui la caractérisait à 17, mais elle a la sagesse nécessaire pour ne pas se brûler les ailes.