La communauté espagnole de Romandie a vécu une soirée comme on en a une fois dans sa vie.
Par
Marc David - Mis en ligne le 14.07.2010
Il est de ces instants où l’on ouvre grand les fenêtres et où l’on sent
s’engouffrer le souffle de l’histoire. C’est le cas ce soir-là au
Centre espagnol de Bussigny (VD), créé en 1963, un des plus anciens du
pays. Des dizaines de tables allongées, des centaines de convives.
«Nous sommes de Galice», dit la famille Mella, une quinzaine de
personnes, toutes générations confondues. Ils sont d’abord Espagnols,
ce soir. Leur match va être une longue descente dont ils ne sauront
jamais où elle les mène. Dans le sombre Styx ou au clair jardin d’Eden?
Devant l’écran, ils réagissent fort, s’inquiètent, vocifèrent. «Tu peux
pas louper ça!» hurle à Villa le mécanicien Fernando. Il a l’accent
vaudois et il commence son boulot le lendemain à 5 heures. «Pose le jeu
au sol!» ajoute son frère Carlos, qui a la chance d’être indépendant.
«Ce soir, je veux me coucher champion du monde», jure-t-il. A côté
d’eux, Stella et Luana, 4 ans, dessinent des drapeaux rouge et or. Une
dame bouche les oreilles d’un grandpère, perdu dans cette masse
hurlante. Après, la victoire obtenue, ils s’éparpillent vite. Direction
la place Saint-François. «J’ai envie d’embrasser le poulpe dans le
cou», dit Carlos, fou de bonheur. Pou poulpe idou, aurait chanté
Marylin.