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STANISLAS WAWRINKA
CÔTÉ TENDRESSE
Sa saison terminée, enfin apaisé, le champion de tennis vaudois livre une autre facette de lui-même dans une série d’images plus intimes. Pour «L’illustré», il se retourne sur une année 2011 emplie de multiples émotions.

Par Marc David - Mis en ligne le 13.12.2011

Faire des photos différentes, Stanislas Wawrinka en avait très envie. Envie de ne plus seulement apparaître comme le joueur de tennis qui monte bravement au filet ou expédie une rafale millimétrée de revers décroisés, son coup préféré. «Je souhaitais montrer quelque chose que les gens n’ont pas l’habitude de voir chez moi, c’est vrai», glisse-t-il au sortir de la séance photo, très classe, qui a eu lieu dans un studio postindustriel de la banlieue de Genève. «Des photos de tennis, j’en fais toute l’année. J’ai du plaisir à me présenter d’une façon plus mode, casual, tranquille. Je n’ai pas souvent l’occasion de le faire.» Il s’est comporté devant l’objectif comme sur un court: précis, attentif. Très doux dans son col roulé, très homme, torse nu. Très Wawrinka.

 

«Avec ces photos, je voulais montrer quelque chose que les gens n’ont pas l’habitude de voir chez moi»

 

ONZE MOIS, UN MILLION

Il sort d’une sacrée année, Stanislas, à tous les niveaux. Sportivement, il l’a commencée en gagnant le tournoi de Chennai (Inde) puis en brillant à l’Open d’Australie, ne butant que sur Federer en quarts, après avoir écœuré Monfils et Roddick. Il n’a baissé la raquette que contre le même Federer à Roland-Garros. A bredouillé à Gstaad et Wimbledon, sauvé la Suisse en Coupe Davis à Sydney, s’est refait une belle santé à Bâle puis a terminé sa saison aux pieds du géant américain Isner, à Paris-Bercy.

Ce qu’il garde de ces onze mois, hormis le million de dollars glané en prize money? «Oh, tout va si vite. Cette année, je ne l’ai pas vue passer. Je me dis qu’être classé 17e mondial, c’est quelque chose. Il ne suffit pas de claquer des doigts pour y arriver. Je revois toutes les heures d’entraînement, les voyages.»

«CELA FINIRA PAR PASSER»

Il progresse, sûr, mais il lui manque le souffle puissant qui le porterait vers une grande victoire. Il hausse les épaules: «J’ai toujours été un grand bosseur et quelqu’un qui se donnait du temps pour y arriver. C’est ma façon de me construire.» Il est ainsi. Jusqu’à 16 ans, il n’a jamais fait partie des meilleurs de sa catégorie. «Peut-être que mon talent est d’accepter d’être tôt sur le terrain et de finir tard. Et de le répéter chaque jour, seul ou avec un coach. J’ai toujours eu cette force.»

Alors, il ne presse rien. «Il ne me manque pas grandchose pour remonter dans le top ten. J’y serais déjà si j’avais gagné un ou deux quarts de finale de plus. A mon avis, ce fut une de mes meilleures années. Je vais continuer à me battre et cela finira par passer. L’année prochaine sera une grosse année pour le tennis, et tout particulièrement pour le tennis suisse. Avec tant de belles choses à faire.» Il a bien sûr parlé avec Federer de ce que représente une grande victoire. «Mais mon objectif dans les prochaines années n’est pas de gagner un Grand Chelem. Ce ne serait pas juste de le déclarer alors que je ne suis jamais allé en demi-finales.»

 

«Je ne suis pas jugé à ma juste valeur»

 

STAN COMME FERRER

A côté de lui, qu’il le veuille ou non, il y a la lumière aveuglante des exploits du fantasmagorique Bâlois. Wawrinka ne cache pas la sorte de désagrément que lui procurent les continuelles comparaisons avec ce phénomène hors catégorie. «Peu importe mes résultats, on me compare à Roger. Cela me dérange un peu, surtout en Suisse. On ne peut opposer personne à Roger. C’est le plus grand joueur de tous les temps. Il a explosé tous les records et il va encore en exploser. Je suis 17e mondial. Peu de sportifs suisses – je pense aux footballeurs, aux hockeyeurs – sont aussi bons dans leur discipline. Je ne suis pas jugé à ma juste valeur. On ne me met pas assez en avant, parfois. On constate d’ailleurs le même phénomène avec David Ferrer en Espagne, par rapport à Nadal.»

Federer, il en profite largement, il le reconnaît. «Etre en même temps que lui reste un avantage énorme. C’est un joueur incroyable et un homme que j’apprécie beaucoup. Mais je trouve la presse trop dure avec le tennis suisse. On s’en rendra compte le jour où il n’y aura plus personne. Car, attention, nous avons été gâtés pendant les quinze dernières années, mais il sera très difficile d’avoir un avenir aussi excellent.»

Il tient debout, malgré les tempêtes de son existence, sur ou en dehors des courts. En septembre 2010, il s’est subitement séparé de son épouse, Ilham. La presse l’a largement relaté. Il a dû composer avec un autre regard sur lui, plus critique. Il n’a jamais répondu publiquement et il ne va pas commencer aujourd’hui. Il ne veut pas parler de ce sujet. Sujet clos, jardin secret.

Le mot «professionnel» revient souvent dans son discours. Pas trace de sensiblerie mal placée. «La sensibilité, on essaie de mettre un couvercle dessus quand on est sur un terrain. Il est important de ne pas être trop touché. De tout mettre de côté, surtout quand tu joues des potes. Sur le circuit, il y a des copains mais peu d’amis. On sort ensemble, on s’amuse mais on finit par se retrouver adversaires.» Parfois, les sentiments affleurent ailleurs. L’autre jour, il est ressorti bouleversé du film Intouchables.

TATOUAGE DE PÈRE

Et il y a ce nouveau tatouage sur son corps. Ce prénom, Alexia, ce dessin de la main de sa fille de 21 mois. Il en parle avec infiniment de pudeur. «On ne va pas en faire tout un chapitre. J’ai été tatoué cet été, j’en ai toujours eu envie. J’ai mis beaucoup de temps à trouver l’endroit et ce que je voulais vraiment.» Graver le nom de sa fille fut une évidence. «C’est parfait, pour moi. Comme pour tout le monde, un enfant change la vie. Alexia a donc changé la mienne. J’ai été tellement content qu’elle et Ilham puissent venir me voir jouer à Gstaad, à Bâle, à Berne.» Mais, chut, sa peau se contentera de parler pour lui, pour eux.

 

«Je me suis fait tatouer la main et le prénom de ma fille cet été. Elle a changé ma vie»

 

 


 

SES HAUTS ET SES BAS EN 2011

«MON PIRE ADVERSAIRE? ROGER!»

Votre moment préféré en 2011?

La Coupe Davis à Sydney, en septembre. Je commence tout en bas, je suis blessé, je ne sais pas si je vais pouvoir jouer. Federer arrive le vendredi, fatigué. Il s’arrache, gagne son premier match. On prend des décisions risquées, mais réfléchies. Contre Hewitt, je fais un de mes meilleurs matchs, je prouve que je peux sortir une grande rencontre quand il le faut. Du pur bonheur.

Votre pire moment?

Wimbledon. Je perds au deuxième tour contre Bolelli (actuellement 134e joueur mondial). Je sors d’une mauvaise semaine de préparation, j’ai fait des erreurs, j’ai mal géré certains aspects. Il y a de l’énervement, de la frustration.

Votre meilleur adversaire?

Il n’y en a pas. Ou disons Tsonga, à Roland-Garros. Je perds 2 sets à 0, 4 jeux à 1, puis je gagne devant son public. Des émotions fortes contre un joueur que j’apprécie. Le genre de match qui reste dans une carrière.

Votre pire adversaire?

Roger… Je perds contre lui en Australie, à Indian Wells, à Roland-Garros, à Bâle. Beaucoup de matchs, de points perdus, d’occasions ratées. C’est à Bâle que je suis passé le plus près. J’étais proche de lui, les choses auraient pu tourner autrement. Il le sait aussi.



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Tags: Stanislas Wawrinka, tennis, sport, portrait Aller en haut de page Haut de page

 

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