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RENVOI
EXPULSÉS DE SUISSE APRÈS 14 ANS
Exemplaires et discrets, ils travaillaient au noir à Renens. Renvoyés en Equateur, ils tentent d’y refaire leur vie. Entre chômage et rêves brisés. Rencontre avec d’autres Equatoriens rentrés au pays après des années de «paradis suisse».

Par Yves Lassueur - Mis en ligne le 19.04.2011

 

DE NOS ENVOYÉS SPÉCIAUX EN ÉQUATEUR

Pas de chance! Oswaldo, Elizabeth et leurs deux enfants n’appartenaient ni à la clique des petits vendeurs de drogue ni à celle des voyous en herbe qui détroussent les passants dans nos rues puis ne passent que quelques heures au poste avant d’être remis en liberté. Ils n’appartenaient pas davantage aux cadres de multinationales qui vivent légalement chez nous, mais en vase clos, repliés sur leur confort d’expatriés sans jamais apprendre un traître mot de français.

Oswaldo Fierro et sa femme, Elizabeth, avaient juste le tort de vivre et de travailler en Suisse, parfaitement intégrés mais sans papiers, depuis quatorze ans. Le 1er novembre de l’année dernière, avec leurs deux enfants nés en Suisse, Lissette, 5 ans, et Ismael, 3 ans, ils ont été mis à la porte du pays. Direction Quito, Equateur, Amérique du Sud. Au revoir, merci pour la peine, et bon courage pour refaire votre vie dans cette jungle urbaine de plus de 2 millions d’habitants où chacun sait qu’au-delà de 35 à 40 ans, il est quasi impossible de retrouver du travail.

 

«Mon patron était difficile, difficile, mais fantastique sur le plan humain»
Oswaldo Fierro

 

Oswaldo a 47 ans, Elizabeth 42. C’est un article de 24 heures du 8 janvier qui nous a mis sur leur piste. On y apprenait que le Département vaudois des infrastructures venait de faire «un premier exemple» en matière de lutte contre le travail au noir en punissant sévèrement une entreprise de déménagement de Renens, Veillard SA, coupable d’avoir employé un sans-papiers équatorien depuis quatorze ans.

Veillard SA était condamnée à des jours-amende et inscrite pendant un an sur la liste des moutons noirs exclus des marchés publics. A ce coup de bambou, Claude Veillard, le patron, répondait non pas en pleurnichant sur son sort mais en tressant les louanges de son ex-collaborateur: «Pour un employé comme lui, je ne regrette pas d’avoir été pénalisé! C’était un employé modèle, irremplaçable, et ils l’ont expulsé de Suisse.»

RENDEZ-VOUS AU CENTRE COMMERCIAL

Cet employé modèle et sa famille, il a fallu pas mal de coups de fil et de courriels pour les retrouver et les rencontrer à Quito. Mais le 1er avril, cinq mois jour pour jour après son départ de Suisse, Oswaldo Fierro était au rendez-vous. Il nous attendait devant le vaste centre commercial Recreo du sud de la ville. De là, on est partis à pied, dans un dédale de rues grises, jusqu’à la petite maison de quatre pièces sur deux étages qu’occupe aujourd’hui toute la famille.

La bâtisse appartient à l’un des frères d’Oswaldo, domicilié au Pérou. Oswaldo l’a entièrement retapée, mais il faudra bientôt la quitter: le propriétaire veut la vendre. Il faudra de nouveau s’en aller et chercher un autre toit dans ce Quito en butte au surpeuplement et à une sévère crise du logement. Voilà pourtant la surprise: le salon est meublé comme un salon suisse! Et pour cause: «Tous les meubles que vous voyez sont ceux que nous avions achetés en Suisse. Nous avons tenu à les emporter.»

C’est Claude Veillard qui a payé à son ex-employé le conteneur de déménagement dans lequel ces biens ont été acheminés en Equateur. «Mais à la douane, soupire Oswaldo, on nous a fait payer l’équivalent de 2000 francs pour les récupérer… Dès que les gens apprennent qu’on vient de Suisse, ils pensent qu’on est riches et ils en profitent pour nous ponctionner.»

«LE PLUS BEAU DES CADEAUX»

Avant de partir pour la Suisse, Elizabeth était comptable. Comme d’innombrables Equatoriens, elle a quitté le pays parce qu’elle n’arrivait pas à tourner et à faire vivre sa mère.

C’était en 1995. Deux ans à vivoter sur les bords du Léman, sans travail parce qu’elle ne savait pas le français. Puis une première famille vaudoise qui l’engage pour s’occuper d’une fillette de 2 ans. Elizabeth peine à retenir ses larmes quand elle repense à cette gosse, devenue aujourd’hui adolescente, et à l’amour qu’elles se sont porté mutuellement. Au fil des ans, déclarée à l’AVS, elle s’est occupée des enfants et du ménage de maints autres couples avec lesquels elle a noué, à chaque fois, des relations de tendre amitié. «Le respect et la confiance que m’ont accordés ces gens, c’est le plus beau cadeau qu’ils m’aient fait!»

Oswaldo est arrivé à son tour, en 1997. Economiste, il avait travaillé dans un ministère du gouvernement et a présenté en Suisse une demande d’asile qui a été refusée. Il est alors rentré quelques mois à Quito puis revenu, cette fois comme clandestin. Très vite, il a commencé à travailler dans l’entreprise de déménagement familiale Veillard – et il ne l’a plus jamais quittée.

Des meubles, des armoires, des frigos, des commodes, il en a porté, charrié, camionné à travers toute la Suisse romande et même bien au-delà! Peu à peu, le «petit Equatorien», comme l’appelaient certains clients stupéfaits de le voir descendre à deux un piano dans les escaliers, se voit confier d’autres responsabilités. Claude Veillard, «ce patron difficile, difficile, mais fantastique comme être humain», lui apprend à établir des devis. Puis le nomme chef d’équipe. De vrais amis. Veillard connaît parfaitement le statut de clandestin de son employé mais n’en profite pas pour l’exploiter. «J’étais payé 30 francs l’heure, plus 200 francs par mois pour les responsabilités, dit Oswaldo. Certains mois, j’arrivais à gagner 6000 francs.» Cotisations AVS, assurance chômage, impôts, tout est payé dans les règles. Le deuxième pilier sera versé les deux dernières années.

MARIAGE D’AMOUR

Entre-temps, Oswaldo et Elizabeth font connaissance à Lausanne, tombent éperdument amoureux et se marient à l’ambassade équatorienne de Berne en 2003. Lissette naît deux ans plus tard, Ismael en 2007. C’est à partir de là, voulant régulariser leur mariage et inscrire leurs enfants, que la machine administrative commence à se retourner contre eux. Demande d’autorisation de séjour. Demande refusée. Recours. Recours écarté. Mise en demeure de quitter le territoire suisse.

Même au Service vaudois de la population, on reconnaît que le comportement de la famille Fierro n’a jamais été qu’exemplaire. Pas de magouilles. Pas de triche. Pas l’ombre d’une condamnation pénale. Pas la moindre tentative d’abus. Alors quoi? Alors leur renvoi est surtout motivé par le fait que «la longueur et la continuité de leur séjour ne sont pas établies de manière probante», que «les intéressés n’ont pas de famille proche en Suisse» et que les enfants, «âgés de 4 et 2 ans, pourront s’intégrer sans trop de difficulté dans leur pays d’origine».

Les lettres de soutien de leurs employeurs, de leurs amis, de leur entourage, rien n’y a fait. Ni les photos montrant à quel point les Fierro, qui parlent tous aujourd’hui un excellent français, s’étaient intégrés en Suisse. Ces photos remplissent des albums entiers que la famille feuillette parfois le soir, comme pour retraverser l’Atlantique en rêve. Voici Oswaldo en entraîneur de l’équipe de foot péruvienne de Lausanne. Les voici en excursion à Sion, devant Valère et Tourbillon; au parc de Réclère, dans le Jura; parmi les maquettes de la Suisse miniature, au Tessin. Courant les 20 km de Lausanne ou grillant des côtelettes à Vidy.

 

«Nous nous sommes donné un slogan: «Tous ensemble, nous réussirons»
Oswaldo Fierro

 

Tout le salon, d’ailleurs, respire la Suisse. Le calendrier 2011 s’ouvre sur les chutes du Rhin et le baromètre, juste à côté, est un chalet miniature incrusté d’une croix suisse et d’une «echte Edelweiss»!

Cinq mois ont donc passé depuis que ce monde-là s’est effacé, cinq mois pendant lesquels les Fierro ont le sentiment d’être revenus dans une ville où ils ne reconnaissent ni ne comprennent plus rien – et Oswaldo n’a toujours pas retrouvé le moindre travail. Jour après jour, il consulte l’internet, se rend à l’Agence de développement économique de Quito, répond à des annonces de la Bourse du travail. Mais rien. Pas l’ombre d’un emploi en vue. «On paie, on paie, on paie, dit-il, et il n’y a pas un sou qui rentre.» Le couple fait de son mieux pour ne pas transmettre sa peur aux enfants, mais le sait mieux que personne: ici, quand son pécule a fondu, inutile de frapper à la porte des services sociaux pour demander le minimum vital. Il n’y en a pas.

De Suisse, les Fierro ne sont pas partis sans rien. Ils ont pu récupérer le deuxième pilier d’Oswaldo, soit 7000 francs. Et bénéficier de l’aide au retour du canton de Vaud. Ils ont reçu en l’occurrence 3000 francs en cash à l’aéroport de Cointrin, les billets d’avion leur ont été payés et ils ont droit, en Equateur, à un crédit de 3000 autres francs servis non pas en liquide mais sous forme de matériel utile à la mise en œuvre d’un projet de redémarrage discuté et approuvé par le canton.

Ce projet, Oswaldo nous a emmenés dans un autre quartier de la ville voir de quoi il retourne. On entre dans une maison plus que modeste et, à l’étage, on trouve 17 bambins de 4 et 5 ans appliqués autour d’une grande table en bois à dessiner des soleils, des lunes, des arbres, des oiseaux, des bonshommes. La directrice de ce centre d’animation enfantine est la sœur d’Oswaldo. La maîtresse qui veille sur cette classe de petits potaches est sa nièce.

FINI L’ÉCOLAGE GRATUIT

En fait, il y a encore peu de temps, c’était une école pour enfants des rues qu’Oswaldo et sa sœur ont créée et financée à partir de 2005, lui depuis la Suisse, en puisant sur son salaire. Les gosses étaient une bonne vingtaine et n’avaient rien à payer. L’école pouvait employer trois instituteurs.

Quand Oswaldo s’est fait virer de Suisse et a perdu son gagne-pain, il a fallu «restructurer», comme on dit dans les pages économiques. Faute de moyens, seuls les gosses dont les parents pouvaient payer un écolage – 30 francs par mois – ont pu continuer de venir. Les autres sont restés en plan. Et deux enseignants ont été remerciés.

Maintenant, c’est sur cette école que les Fierro comptent pour reprendre pied. En tentant d’en faire un centre éducatif plus ambitieux, ouvert à d’autres âges et à d’autres activités.

L’autre soir, la famille au complet s’est réunie; frères, cousins, tantes, neveux, ils étaient quinze à lancer des idées, imaginer des cours, des animations, des appuis scolaires qu’ils pourraient inscrire au programme – maths, physique, art, français, anglais, travaux manuels –, chacun selon ses connaissances, sa formation, son réseau social. C’est le neveu de 14 ans qui créait au fur et à mesure le schéma de l’école sur PowerPoint en jouant les virtuoses de l’informatique sur l’ordinateur acheté grâce à l’aide au retour du canton de Vaud.

«On s’est donné un slogan, dit Oswaldo: «Tous ensemble, nous réussirons.» Plus loin, dans le salon, Lissette et Ismael bavardent entre eux. Dans leur langue natale. En français, toujours en français. De tous, Lissette est peut-être la plus nostalgique de la Suisse, la plus durement touchée par ce déracinement brutal et apparemment sans retour. Qu’on parle avec elle et ses yeux s’illuminent dès qu’il est question de la Suisse. Elle parle des copains de classe qu’elle a laissés là-bas; des grillades à Vidy. Et surtout, surtout, du Signal de Bougy, «où c’était tellement chouette d’aller passer le dimanche».

Avec l’aide financière d’une ancienne employeuse lausannoise, Elizabeth et Oswaldo font tout pour que leurs enfants continuent de prendre des cours en français, de cultiver cette langue comme un précieux capital. «Tout ce qu’on fait désormais, disent-ils, c’est pour leur avenir. Qui sait? Peut-être qu’un jour la loi changera en Suisse et que les enfants qui y sont nés, comme les nôtres, pourront en obtenir la nationalité et venir y faire leur vie.»

Oui. Qui sait?

 

COMMENT DONNER UN COUP DE MAIN?

Pour donner vie au projet scolaire des Fierro, il faudra des fonds, mais il est clair que les banques ne les avanceront pas. «L’illustré» lance un appel à ses lecteurs: avez-vous des idées pour soutenir cette famille? Des suggestions? Des ressources? Vous pouvez nous en faire part à l’adresse illustre@ringier.ch avec la mention «Equateur» ou en nous écrivant à L’illustré, Sujet Equateur, case postale 6505, 1002 Lausanne.

 

 


 

D'AUTRES TÉMOIGNAGES


 

TERESA, DANS LA TRAPPE DE LA POLICE VALAISANNE

Femme de ménage clandestine dans le canton de Vaud, elle logeait à Monthey. Elle a été arrêtée et renvoyée à Quito comme une criminelle.

En Valais, ça ne rigole pas avec les sanspapiers, même quand ils travaillent dans un autre canton et portent déjà le poids de l’âge. Teresa Velásquez, 62 ans, qui vit maintenant comme une petite souris dans un minuscule appartement de Quito, en sait quelque chose. Venue en Suisse dans les années 90 pour gagner quelques sous et échapper à un mari violent, elle a travaillé comme femme de ménage chez des particuliers et dans un EMS pour 1200 francs par mois pendant plus de dix ans. Là aussi comme une petite souris, discrètement, sans papiers.

Teresa Velásquez turbinait ainsi dans le canton de Vaud mais, dès le moment où elle s’est liée à un ami français, elle est allée loger chez lui, à Monthey (VS). Elle faisait ainsi les trajets quotidiens, le jour dans le canton de Vaud, la nuit en Valais.

Dénoncée, elle a été convoquée par la police valaisanne le 21 septembre dernier. Elle s’y est rendue en toute confiance. Aussitôt arrivée, elle a été arrêtée, mise en prison une semaine à Martigny comme une criminelle, menottée lors d’une comparution au tribunal, puis mise dans l’avion pour l’Equateur sans passer par le «start». Motifs: «Atteinte à la sécurité de l’ordre public pour entrée et séjour illégaux»… Les autorités valaisannes craignaient, semble-t-il, que l’intéressée «se soustraie à l’ordre de refoulement» qu’elles avaient prononcé… Aujourd’hui, la redoutable Teresa Velásquez, qui a ainsi mis en péril «l’ordre public» helvétique et fait trembler la Confédération sur ses bases en poutzant des appartements sans avoir de papiers, a toujours l’air d’une petite souris. Elle se calfeutre à Quito dans l’appartement de ses parents nonagénaires (ici avec sa petite-fille Kimberly). Sans emploi ni revenus, tous vivent peu ou prou de l’aide que leur envoient des proches établis en Suisse.


 

POUR MAÏTÉ, RETOUR FORCÉ MAIS À L’AISE

Grâce à l’Etat de Vaud et à sa rente de veuve, elle a pu s’installer coquettement en plein Quito.

A 57 ans, Maïté Ruiz-Rodríguez reconnaît qu’après les longues années qu’elle a vécu en Suisse puis son retour forcé en Equateur en 2008, elle vit à l’abri des soucis financiers. Si elle souffre dans ce bel appartement de Quito, c’est surtout de la séparation avec sa fille de 29 ans, restée en Suisse. Assistante sociale, cette Equatorienne aux ascendances irlandaises a débarqué en Suisse en 1997 avec un visa de touriste, pour fuir, dit-elle, un mari qui la frappait. Elle a d’abord gardé des enfants, puis travaillé dans les bureaux d’un proche établi dans le canton de Vaud. Tombée amoureuse d’un Italien domicilié en Suisse, elle l’épouse en 2002, ce qui lui permet enfin de régulariser sa situation.

Cette véritable histoire d’amour, comme elle dit, s’achève hélas deux ans plus tard quand son mari meurt d’un cancer. Deux ans de mariage, c’est trop peu pour valider officiellement cette union. Il en faut au moins cinq. Maïté est donc mise en demeure de rentrer dans son pays, mais elle ne va pas partir sans rien.

Son veuvage lui vaut à vie une rente mensuelle de 1290 francs, ce qui est un bon revenu en Equateur. L’Etat de Vaud lui a par ailleurs accordé une aide au retour de 500 francs à l’aéroport et un crédit de 3000 francs pour meubler son nouvel appartement. Maïté a bon goût, elle s’est donc aménagé un nid coquet où sa fille, plaisir suprême, la rejoindra cet été pour les vacances.


 

GHISLAYNE ET KLARA ONT LE VIRUS SUISSE

Ils ont passé par Aarau puis travaillé à Lausanne. Les jeunes ne rêvent que d’y revenir.

Toute la famille Angulo a vécu plusieurs années en Suisse avant de rentrer au bercail à Quito, faute d’avoir obtenu un permis de séjour. Parcours presque classique. En 1995, elle débarque à Genève, endettée pour s’être payé le voyage, présente une demande d’asile qui finit par être refusée, retourne en Equateur et, «pour ne pas rester sur cet échec», revient tenter de trouver une vie meilleure en 1998. D’abord à Aarau, où des liens ont été tissés pendant la demande d’asile, puis dans le canton de Vaud. Le père de famille, mécanicien-dentiste de formation, trouve de l’emploi dans un hôtel, sa femme aussi. Les deux fillettes peuvent suivre l’école, apprennent un français impeccable et attrapent le «virus de la Suisse»: un amour du pays, une envie d’y revenir, d’y parfaire leurs études et d’y faire leur vie qui ne les quitte plus depuis que la famille est rentrée en Equateur vers 2005 – avec 12 500 francs de deuxième pilier.

Les Angulo s’en sortent vaille que vaille aujourd’hui. Le père vend des abonnements de téléphone; l’aînée, Ghislayne (T-shirt blanc), travaille dans un bureau où son français lui est très utile. Klara, la cadette (T-shirt noir), rêve de postuler à l’Institut de police scientifique de Lausanne. Le «virus de la Suisse», c’est comme ça: même quand on a dû quitter le pays, la confiance reste intacte dans ses autorités, ses institutions, sa police.


 

LE CŒUR MOITIÉ EN SUISSE MOITIÉ EN ÉQUATEUR

Elles gardent de leur séjour helvétique un goût authentique pour la fondue. Mais, autour du caquelon, il est souvent question des pères absents qui fuient leurs responsabilités.

Eh oui, on est bien dans un appartement de Quito, capitale de l’Equateur, et non pas dans un salon de Denges, Denezy ou Gruyères! Toutes les femmes et les enfants réunis autour de ce caquelon ont vécu en Suisse pendant plusieurs années et, dans la plupart des cas, clandestinement. Si ces dames partagent un goût commun pour la fondue, que l’une d’elles a préparée ce soir-là dans les règles de l’art, toutes ont leur propre parcours, parfois jalonné de bonne fortune mais le plus souvent de déracinement, de séparations, d’abandons, d’injustices. Toutes n’ont pas été expulsées de Suisse, loin de là, certaines ont choisi de rentrer par nostalgie de leur propre pays ou à la suite d’une rupture conjugale ou sentimentale. Mais, dans ce dernier cas, la révolte qui gronde est presque toujours la même: que le père de l’enfant soit Suisse, Equatorien ou quoi que ce soit d’autre, il se fiche souvent comme d’une guigne d’aider la mère en payant une pension alimentaire. Et il est très difficile de les y obliger.

Rentrant de Suisse en Equateur, les enfants, eux, commencent souvent par déguster d’une autre façon dans la cour de récré: l’accent français qui mâtine leur espagnol leur vaut les railleries de leurs nouveaux petits compañeros.



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Tags: Suisse, Equateur, expulsion, renvoi, Oswaldo, Elizabeth Aller en haut de page Haut de page

 

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