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HIER/AUJOURD'HUI
LA SUISSE DANS UN MIROIR
En 2011, «L’illustré» a célébré ses 90 ans. Pour clore cette année, nous avons remonté le temps afin de mesurer l’évolution de notre pays. Le photographe Bertrand Cottet a suivi les traces de Theo Frey, qui immortalisa le quotidien des Suisses dans les années 30-40.

Par Frédéric Vassaux - Mis en ligne le 21.12.2011

Des bains de pieds à la culture bien-être: l’industrie thermale à 700 ans à Loèche

Dans les archives de la commune de Loèche, on mentionne déjà la présence des bains en 1315. Mais on sait que les Romains, friands de thermalisme, avaient déjà occupé l’endroit vers le IIe siècle. En 1940, si le concept de vacances bien-être, entre spas et massages, n’a pas encore pris l’élan qu’on lui connaît aujourd’hui, la station, nichée à 1400 mètres d’altitude, compte déjà 35 500 nuitées et accueille des curistes aussi célèbres que le peintre Pablo Picasso ou le poète Paul Valéry. Dès les années 80, le village dépasse le cap d’un million de nuitées par an. Loèche abrite les plus grands bains thermaux de Suisse: 3,9 millions de litres qui se déversent quotidiennement d’une vingtaine de sources, dont la plus importante est la Saint-Laurent, d’où l’eau jaillit à 51 °C. Le bien-être est devenu un créneau économique à part entière dans un des pays qui consacrent le plus d’argent à leur système de santé: 11,4% du PIB, soit 61 milliards de francs, loin au-delà de la moyenne des pays de l’OCDE (9,5%).


 

 

Service militaire: du fusil mousqueton 31 au Fass 90

Face aux événements internationaux, à l’aube de la Seconde Guerre mondiale, la durée de l’école de recrue passa de 67 à 90 jours dès 1935 puis à 118 jours dès 1939. Les soldats sont alors équipés du tout nouveau fusil mousqueton 31. La première mobilisation générale du 2 septembre 1939 a appelé 450 000 hommes sous les drapeaux. A partir d’août 1940, le général Guisan a mis sur pied un système de rotation des troupes qui conservait continuellement une armée en service de 120 000 hommes. Le service actif pendant la période de 1939 à 1945 a maintenu certains soldats mobilisés durant 1000 jours, soit près de trois ans sous les drapeaux. Aujourd’hui, les soldats suisses effectuent entre 18 et 21 semaines d’école de recrue, suivie de six ou sept cours de répétition pour un total de 260 jours de service. Le budget militaire en 1939 était de 123 millions de francs, mais l’armée suisse ne comptait que 30 chars et attendait une livraison d’avions allemands. Aujourd’hui, il s’élève à 3,9 milliards et le Conseil fédéral vient de décider l’achat de 22 avions de chasse Gripen suédois pour 3,1 milliards.


 

 

CFF: un quart d’employés en moins depuis 1947

Les Chemins de fer fédéraux sont nés en 1908 de la nationalisation des principales compagnies privées. En 1936, l’abonnement général en première classe valait 1500 francs, en deuxième 1200 et il existait même une troisième classe au tarif de 900 francs annuels. Par comparaison, l’abonnement est aujourd’hui vendu 3350 francs en seconde classe et 5350 en première. En 1947, les CFF exploitaient 2976 kilomètres de voies et transportaient 213 000 voyageurs pour des charges annuelles s’élevant à 437 millions. Aujourd’hui, 347 millions de passagers utilisent le train chaque année sur les 3148 kilomètres du réseau et les charges de l’entreprise se montent à 3,9 milliards. Pourtant, le nombre d’employés travaillant pour les Chemins de fer fédéraux a fortement diminué. Alors que 37 700 contrôleurs, chefs de gare, mécaniciens ou conducteurs de locomotive usaient leurs semelles sur les quais de gare en 1947, ils ne sont plus que 28 143 aujourd’hui à travailler pour l’entreprise CFF.


 

 

Sainte-Croix, éternel bastion de l’industrie de précision

Depuis le XVIIIe siècle, Sainte-Croix s’est tournée vers la mécanique de précision et notamment l’horlogerie. Frappés par la crise, ne trouvant plus de travail à Genève, certains employés émigrés au bout du Léman sont retournés chez eux en ramenant leur savoir-faire dans la région. En 1878, on compte ainsi 23 fabricants occupant 1000 ouvriers pour une production de 23 000 montres. Le Jura vaudois est la principale place industrielle d’un canton alors avant tout agricole.

La production horlogère a amené celle des boîtes à musique, car c’est au travers de la montre, que l’on voulait sonore pour indiquer les demies et les quarts, que la boîte à musique a trouvé son point de départ. La société Thorens notamment, mondialement connue pour ses tournedisques, a commencé par fabriquer des boîtes à musique. Et l’entreprise Reuge, qui emploie aujourd’hui toujours 60 personnes à Sainte-Croix, s’y est établie en 1865.


 

 

Du fameux plan Wahlen aux «vacances des patates»

A l’heure où la plupart des enfants citadins ont oublié l’origine des vacances d’automne, reste toujours l’appellation dans les cantons campagnards de «vacances des patates». Pour rappeler aussi aux collégiens que les vacances scolaires ont d’abord été prévues pour que les enfants puissent donner un coup de main aux champs et non pour se reposer. En 1941 (ci-contre), on est en plein dans la mise en oeuvre du plan Wahlen censé rendre la Suisse capable de subvenir à ses besoins alimentaires si soudainement les importations cessaient en raison de la guerre. En cinq ans, de 1940 à 1945, les surfaces cultivées passeront de 185 000 hectares à 352 000. Aujourd’hui, les terres ouvertes représentent 271 968 hectares. On ramasse actuellement en moyenne en Suisse 800 000 tonnes de pommes de terre, dont 400 000 pour l’alimentation humaine. Le plan Wahlen avait poussé sa culture jusqu’à 80 000 hectares, générant 1,6 million de tonnes de pommes de terre, alors qu’aujourd’hui on n’y consacre que 17 000 hectares.


 

 

Des leçons de religion aux cours d’informatique

Les récentes luttes autour de la définition de l’école, avec l’acceptation en votation populaire cette année de la LEO (Loi sur l’enseignement obligatoire) dans le canton de Vaud, font écho aux batailles qui ont animé l’école dans la première moitié du XXe siècle. Les pédagogues de «l’école de Genève» critiquaient en effet déjà vertement une institution scolaire jugée trop centrée sur le maître et pas assez sur l’élève… En 1910, le canton du Valais définit ainsi le rôle de l’enseignement obligatoire: «l’école primaire a essentiellement pour but de former le coeur et l’esprit des élèves pour en faire des hommes religieux et moraux et partant de bons citoyens, de leur inculquer de bonne heure les idées d’ordre et de travail et de leur communiquer les connaissances les plus nécessaires à la vie». Le programme est le suivant: religion, lecture, écriture, arithmétique, histoire nationale, géographie du Valais, de la Suisse et notions de géographie générale; dessin, chant, gymnastique. Pour les garçons seuls: notions élémentaires de lois et d’agriculture. Pour les filles seules: ouvrages à l’aiguille.


 

 

En 1939, presque chaque village avait son barbier-coiffeur

La pratique de la coiffure est presque aussi vieille que l’humanité et la façon de peigner ses cheveux autant de codes sociaux évoluant au fil des époques. Que cela soit pour les Grecs ou les Egyptiens, ou plus tard à travers les perruquiers du XVIIIe siècle, la coupe de cheveux a toujours eu son importance et on retrouve des coiffes différentes représentées même sur des peintures rupestres. En Suisse, la profession de coiffeur occupe, en 2008, plus de 23 000 personnes qui travaillent dans 8500 salons. Etonnamment, ce n’est guère plus qu’en 1939, où notre pays comptait 7766 salons occupant 18 369 personnes. Cela signifie qu’il y avait un coiffeur pour 232 habitants il y a septante ans, contre un pour 336 aujourd’hui. Il faut dire que les hommes y allaient régulièrement se faire raser, une pratique aujourd’hui disparue. Presque chaque village avait son barbier-coiffeur, malgré le fait que l’on payait 2 francs le paquet de dix lames de rasoir Gillette en 1940, là où la même marque aujourd’hui vend huit lames Fusion pour plus de 45 francs…


 

 



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Tags: Suisse passé-présent, années 30, 90 ans, «L’illustré», hier/aujourd'hui, Bertrant Cottet, Theo Frey Aller en haut de page Haut de page

 

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