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CHAMPIONNE DU MONDE
UNE SIRÈNE EN OR
A Shanghai, Swann Oberson a offert à la natation helvétique le premier titre mondial de son histoire en remportant la course des 5 kilomètres en eau libre. Rencontre.

Par AUDREY DUCOMMUN - Mis en ligne le 09.08.2011

Elle a tout juste 25 ans, une forme éclatante, un avenir sportif grand ouvert devant elle et une détermination plus forte que jamais après son fabuleux titre mondial sur 5 kilomètres en eau libre à Shanghai, le 22 juillet dernier. «Oui, je rêve maintenant de l’or aux Jeux de Londres l’année prochaine!» claironne Swann Oberson, gonflée à bloc par ce premier titre mondial de l’histoire de la natation suisse. Le tatouage des anneaux olympiques sur son pied droit témoigne d’ailleurs ouvertement de son ambition. Mais pour pouvoir refaire le coup de Shanghai, il lui faut enchaîner les longueurs en bassin, comme elle l’a fait à Bellinzone, durant toute la semaine passée.

 

«J’ai tendance à vouloir que tout soit parfait»

 

Une telle discipline a un coût: les amis se font rares et les divertissements sont plus espacés que jamais. «J’avais l’abonnement aux Vernets pour soutenir le Genève-Servette Hockey Club, mais je n’ai plus le temps d’y aller.» Les sacrifices qu’implique la pratique sportive au plus haut niveau sont en fait une affaire de famille chez les Oberson: les parents de la championne du monde ont en effet longtemps été actifs dans le monde du cyclisme professionnel. Ils ont donc toujours été présents pour l’encourager à chaque compétition. «A cause de moi, ils ont eux aussi dû faire des choix de vie», se souvient-elle. Quant à l’ami de la nageuse, médecin à Genève et marathonien, il est son plus grand supporter malgré les fréquents éloignements.

Sa solidité psychologique est son meilleur atout avec l’indispensable endurance physique. Dans ces marathons aquatiques, il faut savoir rester lucide pour adopter la bonne tactique et tenir bon en fonction des courants: «Craque pas, craque pas, craque pas! Pas maintenant!» se répète la championne lorsque le dernier effort à fournir est trop douloureux. «On pense à ceux qui vous ont soutenue, aux heures d’entraînement et aux sacrifices. Ça aide à être plus forte dans les derniers mètres avant la ligne d’arrivée.»

NAGE TOUT AUTOUR DU GLOBE

Du bébé-nageur à la championne du monde, Swann a littéralement grandi dans cet élément vital et muet. Elle fut pourtant de son propre aveu une élève «pipelette» à l’école: «Je me lâchais en classe, au grand désespoir de mes professeurs!» Mais le sport a canalisé ce trop-plein d’énergie: «Cela fait dix ans que je ne voyage pas pour autre chose que pour la natation.» Genève, Bellinzone, Annecy, Eindhoven, Setúbal, Rome, Manchester, Dubaï, Hong Kong, Shanghai, Pékin, Moscou, Santos, Cancún... Elle nage tout autour du globe. Et chaque voyage est synonyme de nouvelles émotions, de nouvelles saveurs, de nouvelles couleurs. «A Cancún, au Mexique, c’était le paradis! Une eau chaude et transparente! Par contre, à Santos, on a nagé près du port, l’eau était polluée par le pétrole des bateaux, ça puait, mais c’était gérable. Au Portugal, en revanche, dans une eau à 18 degrés, j’ai dû abandonner à cause du froid. Je n’y retournerai plus!»

 

«A la fin de la course, je me répète: «Craque pas, craque pas!»

 

La nage en eau libre est une discipline très éprouvante. Des pontons de ravitaillement sont d’ailleurs mis à disposition des entraîneurs pour leur permettre de tendre un gobelet d’eau au bout d’une perche à leurs protégés. Mais sur 10 kilomètres, les nageurs boivent en moyenne un litre de... leur bassin naturel! «Je n’ai pourtant pas de souvenir vraiment détestable. A Annecy, l’eau était même franchement bonne!»

LES TRÈFLES DE LA VICTOIRE

Sans ses entraîneurs, Swann Oberson ne serait pas au sommet de l’élite mondiale. Jean Lagier l’a soutenue à Genève à ses débuts. Puis c’est Stefan Lürz, un entraîneur allemand tyrannique, qui a amené la nageuse sur la plus haute marche du podium. «C’est la première personne que j’ai vue après ma victoire. Pour la première fois, il m’a prise dans ses bras et m’a félicitée», se souvient-elle avec des signes d’émotion dans ses yeux. Et il y a Elena Nembrini, une seconde maman, qui suit Swann depuis le début. Même au milieu du peloton, la Tessinoise reconnaît sa protégée: «Elle nage avec le bras tendu vers l’arrière, c’est donc facile de la repérer», plaisante la coach. Elles se comprennent, elles se complètent. «Elena sait ce qu’il faut faire quand le stress monte avant une course. Car j’ai tendance à vouloir que tout soit parfait, sinon je panique. Et devant sa maison, Elena a des trèfles à quatre feuilles. Quand j’ai une grande course, elle m’en offre et ça me porte chance. A Shanghai, pour me qualifier pour les JO de Londres, je devais faire un top ten. J’ai donc reçu dix trèfles que j’ai collés le jour J dans mon agenda et j’ai terminé... neuvième! Et pour les 5 kilomètres, j’ai reçu cinq trèfles et... j’ai gagné l’or!»

Swann Oberson doit maintenant se préparer à l’eau froide de Londres et se persuader que l’apothéose olympique est à sa portée. Soudain, son iPhone sonne. C’est son père qui prend des nouvelles: «Mais bien sûr que je m’entraîne!» le rassuret- elle en souriant.

Et comment imaginet- elle sa retraite sportive? «Dans dix ans, je me vois professeur d’éducation physique, je serai mariée et j’aurai deux enfants. Mais je ne ferai clairement plus de natation! Car si je donne tout à mon sport aujourd’hui et que j’adore cette vie de nageuse, je saurai aussi dire stop.»



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Tags: Swann Oberson, natation, Shanghai, championnat du monde, 22 juillet 2011 Aller en haut de page Haut de page

 

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