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LE DOSSIER PLANÈTE DE «L'ILLUSTRÉ»
SYLVIA EARLE: «NOUS DEVONS FAIRE LA PAIX AVEC LA NATURE»
Invitée à Gstaad par la Fondation Bertarelli, SYLVIA EARLE a mené des discussions entre experts sur la préservation des océans. Cette «Cousteau américaine», scientifique et plongeuse émérite, estime que l’humanité a dix ans pour réagir, sinon…

Par Philippe Clot - Mis en ligne le 09.03.2011

Elle porte ses trois quarts de siècle d’existence, comme si ses 7500 heures de plongée n’avaient été qu’un bain de jouvence. Après avoir notamment assumé de hautes responsabilités dans l’administration fédérale américaine, cette biologiste marine dirige Mission Blue, une initiative participative en faveur de la protection des océans.

Dans la francophonie, on vous présente souvent comme la «Cousteau américaine». Acceptez-vous cette comparaison?

Oui, absolument. Quand j’étais enfant et que je vivais au bord du golfe du Mexique, je suis littéralement tombée amoureuse des mers et des océans. Et c’est à cette époque que j’ai lu Le monde du silence, du commandant Cousteau. Ce livre est à la base de ma vocation de spécialiste de la biologie marine. Mais il a aussi inspiré ma carrière d’exploratrice.

Scientifique, exploratrice mais aussi écologiste…

Oui, car les milieux marins ont profondément changé ces dernières décennies. C’est une évidence pour toute personne qui, comme moi, est en contact avec ces écosystèmes. Les océans sont en danger. C’est un fait. Et, si les océans sont en danger, nous sommes nous aussi en danger. Il est donc logique de s’engager, comme je l’ai fait et comme je continue de le faire, pour la sauvegarde de la partie bleue de la planète.

Est-ce que la situation des mers et des océans est aussi critique que la plupart des spécialistes l’affirment?

Hélas oui. Et c’est nous, les êtres humains, qui en sommes responsables. Ces cinquante dernières années ont radicalement changé notre compréhension des milieux marins et notre évaluation de leur état de santé. Auparavant, nous ne comprenions pas les liens qui unissent les océans à l’ensemble de la vie sur Terre. Aujourd’hui, nous pouvons les mesurer. Il suffit par exemple de savoir que 70% de l’oxygène de l’air que nous respirons, même ici en Suisse, un pays sans accès à la mer, est produit par les océans pour comprendre que notre survie dépend directement de la santé des écosystèmes marins. Même constat avec l’eau que nous buvons, qui est régénérée par les océans.

Que faire, de manière générale, pour inverser la tendance?

Revenir en arrière, ce n’est pas possible. Cesser d’un coup les dommages que nous faisons subir aux océans, cela poserait d’énormes problèmes économiques et sociaux. Mais continuer comme si de rien n’était, cela n’est pas envisageable. Nous avons dix ans pour réagir, sinon il sera trop tard. Cette fenêtre temporelle de dix années, il faut impérativement l’utiliser pour prendre des mesures fortes de protection.

Mais quelle est la toute première mesure à prendre rapidement?

C’est de comprendre chacun et de faire comprendre à tous que la sauvegarde de la nature n’est pas une banale option qu’on peut saisir ou laisser. La nature, c’est le support même de la vie. Perdre de la biodiversité, endommager tout le système, c’est se diriger collectivement vers un seuil critique sans retour possible. Toutes nos actions doivent être mises dans cette perspective, celle des liens entre l’atmosphère, l’eau, la terre et la vie. Or, comme l’a dit le biologiste Edward Wilson: «La nature vivante est en train de nous glisser entre les doigts.» Et hélas très rapidement.

Ce que vous dites est frappé du sceau du bon sens. Comment expliquer que les leaders du monde tardent tant à l’assimiler?

Ils sont déconnectés des réalités. Ils peuvent en effet manger du poisson quand ils en ont envie. Ils trouvent qu’il y a encore beaucoup de jolis oiseaux et de belles fleurs sur Terre. Certains dirigeants commencent pourtant à prendre au sérieux les dossiers de l’eau, des forêts, du climat. Ils commencent aussi à faire le lien entre la préservation de l’environnement et les guerres, la pauvreté. Car la nature est en train de parler.

 

Site de Mission Blue: http://ocean.nationalgeographic.com/ocean/missionblue

 


LES CHAGOS, LE PLUS GRAND SANCTUAIRE MARIN

Avec une superficie équivalant à treize fois celle de la Suisse, l’archipel des Chagos, situé au nord de l’océan Indien, est devenu récemment la plus grande réserve marine du monde. Grâce à son isolement, ce territoire britannique qui compte 55 îles est une des zones les mieux conservées du globe. Un millier d’espèces de poissons et de coraux qui ne vivent que dans ces îles y prospèrent. La création de cet immense sanctuaire, protégé des fléaux comme les pollutions et la surpêche, est d’autant plus importante que moins de 1% des mers jouissent aujourd’hui d’un tel statut. La Fondation Bertarelli s’engage pour l’avenir de cet archipel à l’abri des activités humaines. Les experts qu’elle a invités à Gstaad ont pu débattre de la manière de gérer ce joyau et de la manière de créer d’autres réserves de cette importance.



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Tags: Sylvia Earle, Fondation Bertarelli, «Cousteau américaine», océans Aller en haut de page Haut de page

 

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