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DÉCROÎTRE OU MOURIR

Par Michel Jeanneret - Mis en ligne le 26.04.2011

 

Ce devrait être le tsunami qui bouleverse les esprits. Vingt-cinq ans après l’accident de Tchernobyl et ses conséquences sur lesquelles nous avons sciemment fermé les yeux, Fukushima devrait agir comme un électrochoc. La prise de conscience que nos gigantesques besoins en énergie, nécessaires pour assurer la croissance économique, nous ont poussés à construire des bombes à retardement. Le moment opportun de réaliser que, pour sauver notre peau, c’est notre mode de vie qu’il faudra revisiter de fond en comble. Mais quelques semaines après la catastrophe, la vague se meurt déjà. Bien sûr, il existe désormais un consensus politique autour d’un moratoire sur les centrales nucléaires, ce qui n’est déjà pas si mal. Mais personne n’ose voir la réalité en face: pour assurer notre sacro-sainte croissance, nous aurons besoin à l’avenir de plus d’énergie, ce qui rend le nucléaire incontournable. En clair, tout moratoire n’est qu’une mesure dilatoire, une façon de ne pas voir qu’il ne nous restera bientôt qu’une seule vraie perspective, aussi désagréable nous semble-t-elle: décroître. A l’évocation de cette rengaine, on entend déjà les soupirs. C’est bien simple, dites «décroître» et vous passez immanquablement pour un soixante-huitard aussi farfelu qu’attardé. Et pourtant, le modèle que nous prônons pose un constat très simple: pour croître, on aura besoin de toujours plus de ressources. Partant de cela, la décroissance n’est pas un choix, mais une nécessité qui nous sera imposée non seulement pour des questions de sécurité, mais avant tout par la raréfaction des ressources naturelles. L’ennui, c’est que notre peur du changement nous pousse à esquiver toutes les remises en question, même si elles sont nécessaires.

Décroître, c’est tout d’abord un grand défi: remettre en question ce qui est la mesure du bonheur à l’échelle internationale. Pas facile d’imposer cela, en l’absence d’un gouvernement mondial, tel que le défend l’économiste et visionnaire français Jacques Attali. Décroître, ce sont aussi quelques embûches. Consommer moins. Renoncer à une partie de notre confort. Rechercher cette forme de simplicité volontaire que défendait Léon Tolstoï. Mais décroître comporte également son lot de promesses. Vivre avec moins de pression. Rendre le bonheur plus accessible. On devrait y songer dès à présent, plutôt que de gérer les catastrophes quand elles arrivent.



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Tags: Tchernobyl, Fukushima, nucléaire, atome, centrales nucléaires, catastrophes Aller en haut de page Haut de page

 

COUVERTURE ET SOMMAIRE DE «L'ILLUSTRÉ» N°17, 27 AVRIL 2011

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