Genève, dans le patio du palace brillant comme un miroir. Thomas Dutronc, qui fait plus jeune que ses 38 ans, laisse tomber les lunettes de soleil pour un regard bleu lac à affoler les filles. Souriant, sympa, détendu, sincère, malin et charmeur. Tout comme ce nouveau disque «qui ne devrait pas trop décevoir ceux qui ont aimé le premier», comme il le résume justement.
RANÇON DE LA GLOIRE
«Sans fausse modestie, je pense que mon premier disque était finalement pas mal et que c’est pour ça qu’il a eu autant de succès. Mais ce n’est pas pour autant que je me prends pour Bob Marley! Aujourd’hui, par contre, je suis moins timide, je suis plus moi-même. Après trois ans et demi de tournée, je chante mieux, même si j’ai encore des progrès à faire. Rançon de la gloire, je me suis acheté plein de guitares. Sur certains morceaux, il y en a quinze! Dans sa couleur, le disque sonne un peu plus poprock et peut-être moins manouche. J’écoute Django tous les jours, mais je ne voulais pas me retrancher derrière des trucs qui n’ont plus rien à voir avec notre époque. Moi, j’aimais Prince et Hendrix, mais pas Sting. Là, j’ai découvert Radiohead mais, pour moi, le rock, c’est les Rolling Stones ou Chuck Berry, pas les Beatles.»
FILS DE MON PÈRE
«La chanson On ne sait plus s’ennuyer peut faire un peu penser à mon père, mais ce n’est pas moi qui l’ait écrite. Peut-être que Turlututu rappelle un peu L’aquoiboniste… Mais que dire? Je me sens Dutronc, bien sûr, mais mon grand-père aussi (ingénieur des mines, il montait sur scène le samedi en chanteur amateur) était hyper-Dutronc! Si seulement je pouvais faire du Jacques Dutronc! Mon père non plus ne sait plus le faire… LE Dutronc des années 60. Le premier qui m’a donné des conseils quand j’ai commencé à écrire, c’est Jean Fauque, le parolier de Bashung, un obsédé de jeux de mots; c’est lui qui m’a lancé sur cette piste.»
BON COMME SOUCHON
«En écrivant, j’ai parfois pensé à Alain Souchon, pour moi le grand parolier de ces vingt dernières années. J’ai aussi rencontré Cabrel, très fort, très drôle, un mec que j’aime bien, mais certains textes de Souchon me touchent au plus profond. Alors je me suis laissé inspirer, j’ai essayé de copier un petit peu!»
LES COPAINS D’ABORD
«Je vis en bande, parce que le temps passe et qu’on finit par créer des liens forts. Je suis très influencé par Brassens. On pense aux Copains d’abord, la guitare acoustique, limite boy scout, mais Brassens va beaucoup plus loin. Sa philosophie est l’une des plus profondes et des plus simples que je connaisse, et puis sa gentillesse… Quand Brassens chante les enterrements, c’est émouvant parce qu’il y a tous les copains qui sont là.»
LA FÊTE À LA FÊTE
«J’aime faire la fête, j’adore faire la fête. J’aime aller loin dans la fête! J’ai du mal à m’arrêter une fois que je suis parti… Quand tu fais la fête, c’est la vie en plein et en même temps il y a la mort qui n’est pas loin. Boire, tu peux, mais tirer sur la corde physique, c’est jouer avec le feu. Et le lendemain tu te dis: «Merde, j’ai encore trop bu!» Il faut faire attention, mais il y a cet appel de la vie, de la fête.»
CORSE DE CŒUR
«J’y ai beaucoup d’attaches, beaucoup d’amis. C’est en Corse que j’ai commencé à bosser comme guitariste. Malheureusement, je vais dans un coin qui est totalement envahi par les «pipaules». Mais c’est là-bas que je me retrouve, que je dors bien, sans nervosité permanente. A Paris, je n’arrive jamais à la même sérénité.»
SANTÉ À MA MÈRE
«Il y a eu des bruits comme quoi ma mère (ndlr: Françoise Hardy) était très malade. La vérité, c’est qu’elle a eu peur d’avoir une sorte de cancer. Il suffit qu’elle entende ce mot pour qu’elle s’évanouisse. Ma mère a toujours été très maigre, elle n’est pas très costaude dans la vie, c’est une angoissée. Pendant deux ans, elle a eu des malaises, des hauts, des bas… Elle est très branchée médecines parallèles et elle voit beaucoup de médecins un peu… bizarroïdes. Finalement, après deux ans d’analyse, on se demande si ce n’est pas aussi un peu psychologique.»
FORTUNE FAITE
«L’argent est devenu indécent, ce qu’il n’était pas à l’époque de mes parents. Mais on a complètement changé d’époque. Les gens prennent moins de drogue, sont devenus plus sportifs et moins indécents avec l’argent. Moi, j’aime bien être extravagant, je suis tordu comme tout le monde, mais il faut aussi être raisonnable en tout, surtout dans ces histoires d’argent.»