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FINANCE
ET SI L'EURO DISPARAISSAIT?
Emmenés par la France et l’Allemagne, les Etats de l’Union européenne sont au chevet de LA MONNAIE UNIQUE. Mais l’existence de l’euro est-elle vraiment menacée? Ou même nécessaire? Cinq sous pour comprendre.

Par Frédéric Vassaux - Mis en ligne le 13.12.2011

A l’heure où chacun se demande ce qu’il y aura sous le sapin à côté de la crèche, certains annoncent ce qu’il n’y aura plus: l’euro, selon Jacques Attali. «Il y a plus d’une chance sur deux pour que la monnaie unique ne soit plus là à Noël, ou du moins qu’elle soit en train de se défaire», estimait en effet l’économiste français il y a quelques jours. Volontiers provocateur, l’ancien conseiller du président François Mitterrand se faisait pourtant le porte-voix d’une rumeur qui circule abondamment en cette fin d’année. Et si l’euro disparaissait? Introduite le 1er janvier 1999, la monnaie unique brûle, attisée par le feu de la crise des dettes publiques des pays européens. Mais la fin de l’euro est-elle possible? Suivant quels scénarios? Qu’estce que cela changerait pour la Suisse et les citoyens?

LA FIN DE L’EURO EST-ELLE POSSIBLE?

En fait, deux scénarios sont envisagés: l’un d’une sortie de l’euro par le haut et l’autre par le bas. Soit que l’un des pays les plus faibles de la zone, la Grèce par exemple, décide de quitter le navire ou, au contraire, que l’un des pays les plus forts, l’Allemagne, choisisse de se désolidariser du reste de l’Union. Récupérer la drachme pour l’un équivaudrait immédiatement à une dévaluation de 30 à 40%, créant une très forte inflation dans le pays, mais rendant l’industrie grecque d’exportation plus compétitive. Pour l’autre, le retour au mark permettrait à la plus florissante économie d’Europe d’emprunter à des taux bien plus favorables, alors qu’aujourd’hui elle paie le fait d’avoir la même monnaie que la Grèce.

Le problème est que le remède semble, pour beaucoup, pire que le mal. «La Grèce n’a rien à exporter, mis à part quelques produits alimentaires, et l’industrie du tourisme n’aurait aucun avantage en revenant à la drachme, car les citoyens européens, minés par la crise, ne partiront pas en vacances, estime Sergio Rossi, professeur d’économie à l’Université de Fribourg. Dans ces conditions, l’Etat grec aurait encore plus de difficultés pour le financement de ses dépenses.» Qui plus est, une bonne partie des avoirs grecs s’empresseraient de trouver refuge dans d’autres monnaies moins sujettes à dévaluation.

Pour l’Allemagne non plus le scénario de sortie de l’euro n’a rien d’idéal. «La monnaie allemande serait immédiatement renchérie de 30 à 40%, pénalisant fortement les exportations, poursuit l’économiste. Et comme l’Allemagne exporte beaucoup de ses produits dans l’Union européenne, les entreprises allemandes se retrouveraient face à d’énormes difficultés. Car l’Europe reste l’un des moteurs principaux de l’économie allemande.» Par ailleurs, les traités de l’Union ne prévoient pas de sortie de la zone euro. Si l’Allemagne se décidait à fuir le navire, elle devrait aussi quitter l’Union européenne et en payer le prix politique face aux autres membres. En gros, une sortie de l’euroland signifierait un chaos plus profond encore que la crise actuelle.

QUEL EST LE PROBLÈME DE L’EURO?

Tout le monde s’accorde à dire que les problèmes de l’euro sont notamment liés à un manque de gouvernance. On a une monnaie unique, mais 17 gouvernements incapables de mener une politique budgétaire commune. En fait, les marchés ont mis dix ans à prendre réellement conscience de la disparité des situations économiques et financières entre les pays de la zone euro, là où ils réagissaient immédiatement sur le cours de l’escudo ou de la peseta lorsque le Portugal ou l’Espagne, par exemple, annonçaient une mauvaise nouvelle. «On a introduit l’euro en estimant naïvement que, sans taux de change, le commerce se serait développé entre les pays de l’euroland et que la monnaie unique serait l’instrument qui permettrait de faire converger les pays entre eux, analyse Sergio Rossi, alors qu’on aurait dû se rendre compte qu’à l’évidence une monnaie unique sans intégration politique était vouée à l’échec.» Ironie de l’histoire, c’est aujourd’hui avec la crise de l’euro que cette intégration est tant bien que mal en train de se réaliser, dans la douleur et au forceps, face à la pressante nécessité d’arriver à mettre sur pied une union budgétaire.

CRÉATION DE L’EURO: UNE BONNE IDÉE?

«Non, c’était une mauvaise idée, estime le professeur fribourgeois, parce qu’à l’époque on n’avait pas mesuré les implications que la création de la monnaie unique comportait. On a créé un instrument sans l’insérer dans le système nécessaire pour le gérer.» Et, pour l’économiste, les stratégies développées actuellement empirent les choses. «Dans le cas de la Grèce, les décisions politiques de ces dix-huit derniers mois représentent une succession d’erreurs. Les mesures d’austérité décrétées aggravent la situation, puisqu’elles diminuent le PIB du pays et augmentent ainsi le poids de la dette! Il faudrait au contraire relancer l’économie intérieure du pays par des investissements dans les infrastructures.» Mais avec les intérêts exorbitants de sa dette à payer, la Grèce n’a pas de quoi nourrir elle-même son économie.

QUELLES SONT LES SOLUTIONS?

La situation en devient kafkaïenne: d’un côté, la crise des dettes des pays de la zone euro plonge la région dans une récession inquiétante et, de l’autre, une sortie de l’euro s’apparente à un scénario chaotique encore plus catastrophique. Dès lors, comment s’en sortir? «La solution de la crise en Europe nécessite l’émission d’obligations par l’Union européenne en tant que telle, plutôt que par ses pays membres qui sont déjà trop endettés. Ces obligations pourraient récolter l’épargne nécessaire pour le financement des infrastructures dans les pays qui en ont le plus besoin. Ainsi, on relancerait la consommation intérieure dans l’ensemble de la zone euro.» Mais un tel système signifie évidemment une gouvernance centralisée beaucoup plus forte, qui puisse imposer aux Etats des règles budgétaires strictes et contrôler leur application. «On peut imaginer une cour européenne ad hoc, remarque le spécialiste en économie monétaire, dont le bâton serait des sanctions en cas de non-respect des directives budgétaires et la carotte une aide via des fonds péréquatifs comme cela existe pour les cantons suisses.»

QUELLE INFLUENCE POUR LA SUISSE?

Regarder les problèmes de nos voisins en souriant en coin confortablement installé sur notre bonne santé budgétaire serait une erreur. Les troubles monétaires en Europe ne sont jamais une bonne nouvelle pour la Suisse. Aujourd’hui, l’industrie d’exportation helvétique, qui vend les deux tiers de ses produits à l’Union européenne, est pénalisée par la force du franc. A tel point que la BNS a dû fixer un taux plancher de 1 fr. 20 pour 1 euro et est désormais condamnée à le défendre de manière illimitée. De nouveaux troubles sur les marchés européens amèneraient une nouvelle baisse de l’euro, que la BNS serait obligée de compenser.

Imaginer la sortie de la Grèce ou la dislocation de la zone euro signifie donc un scénario catastrophe pour la Suisse, qui verrait sa monnaie se renforcer davantage. «La stratégie de la BNS est dangereuse, estime Sergio Rossi. Je suis favorable à l’introduction d’une taxe Tobin sur les achats de francs, dont la très grande partie ne concerne pas le commerce extérieur de la Suisse mais uniquement des transactions spéculatives. Si l’on prélevait une taxe de 5 centimes pour 100 francs achetés sur le marché des devises, on pourrait constituer un fonds d’environ 5 milliards par an. On redistribuerait ainsi 2,5 milliards aux cantons et à la Confédération, comme le faisait la BNS avec ses bénéfices, et on pourrait utiliser le reste pour soutenir les entreprises exportatrices en difficulté.» Une taxe qui, en plus, diminuerait l’attrait du franc comme monnaie refuge et aurait donc un effet baissier sur son taux de change. Si l’idée n’a pas encore fait son chemin en Suisse, c’est parce que les banques n’y sont pas favorables, puisque cela diminuerait leur volume d’affaires et donc leurs frais et commissions. Mais la proposition pourrait ressurgir au moment où la BNS aura dû injecter des centaines de milliards pour soutenir le franc fasse à un euro qui pourrait bien se déprécier notablement en 2012…



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Tags: UE, Union européenne, euro, crise Aller en haut de page Haut de page

 

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