Pour le géologue cantonal valaisan JEAN-DANIEL ROUILLER, enfouir nos centrales nucléaires dans la roche, près des barrages, les rendrait insensibles aux tremblements de terre.
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Christian Rappaz - Mis en ligne le 06.04.2011
A l’heure où la plupart des gouvernements, y compris en Suisse, s’interrogent sur l’avenir de l’énergie nucléaire et cherchent des solutions pour se passer de cette ressource, proposer de construire de nouvelles centrales ne relève-t-il pas de la provocation de votre part?
Absolument pas. Attisé par la catastrophe de Fukushima, je perçois plus d’opportunisme politique que de réalisme économique dans le débat qui agite les esprits depuis un mois. Dans la réalité, un minimum de pragmatisme montre que, pour combattre l’effet de serre et passer le cap du réchauffement climatique, à l’horizon 2100 il faudra encore construire quelques centrales en Europe.
Après Tchernobyl, la catastrophe de Fukushima, dont on ne connaît pas encore les terribles conséquences, ne suffit-elle pas à tourner le dos une fois pour toutes à l’atome, quand bien même celui-ci fournit 40% de notre consommation électrique?
A moyen terme, le nucléaire doit être abandonné. Mais le faire du jour au lendemain créera forcément de graves problèmes. De plus, les centrales à charbon et même à gaz produisent de gros volumes de CO2. Le risque nucléaire est certes indéniable, mais à l’échelle helvétique celui-ci est maîtrisable. La découverte progressive des raisons qui ont provoqué la catastrophe de Fukushima montrera qu’il y a finalement peu d’enseignements à tirer pour la sécurité de nos centrales. Néanmoins, en tant que géologue, je pense que nous pouvons grandement améliorer la sécurité d’une future centrale face à un séisme majeur ou à un accident d’origine interne.
Ah oui, de quelle façon?
En l’enfouissant dans une caverne rocheuse, près d’un barrage par exemple. Le relief alpin de la Suisse offre des options intéressantes à cet égard. Cette solution recèle plusieurs avantages. La centrale n’a pas ou peu à supporter la contrainte d’un tremblement de terre, puisque l’onde sismique est efficiente seulement lorsqu’elle atteint la surface du sol. Si l’effet sarcophage est nécessaire après un accident nucléaire, celui-ci est rapidement obtenu par obstruction des galeries d’accès et, enfin, se servir de l’eau très froide des barrages est une manière efficace de refroidir les réacteurs. Je parle d’une centrale au cycle de vie limité à moins de cent ans et non d’un site de stockage de déchets.
A ce propos, votre idée ne résoudrait en rien le problème de ces derniers, elle ne ferait même que l’aggraver via leur transport depuis des sites d’altitude…
Le transport et le stockage des déchets radioactifs appartiennent à une autre problématique. Mon idée porte uniquement sur la sécurisation optimale d’une centrale de production d’énergie. Reste toutefois à savoir si l’enfouissement dont je parle est compatible avec les contraintes de fonctionnement.
Ne craignez-vous pas de vous attirer quelques foudres avec votre proposition pour le moins iconoclaste?
Si l’on admet qu’on ne pourra pas se passer du nucléaire à court terme, je ne vois pas qui serait irrité par l’idée de renforcer la sécurité de nos installations.
On dit que le sous-sol valaisan est riche en uranium?
Il y a une trentaine d’années, Grande Dixence et Lonza avaient obtenu un permis de sondage pour la région de Nendaz et des Marécottes. En 2008, une société canadienne a jugé bon de réactiver cette autorisation.