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DÉRAILLEMENT DU GLACIER EXPRESS
DES VACANCES QUI VIRENT AU DRAME
Le voyage féerique à travers les sommets valaisans bascule en enfer: un mort et une quarantaine de blessés dans le drame du Glacier Express, principalement des touristes japonais venus visiter la Suisse. Des victimes aujourd’hui muettes, au centre d’enjeux qui les dépassent.

Par Arnaud Bédat - Mis en ligne le 28.07.2010
Le voyage aurait dû être féerique, enchanteur. Pour deux groupes de touristes japonais venus visiter la Suisse, il s’est terminé brutalement, vendredi dernier peu avant midi, au cœur des montagnes valaisannes, entre Lax et Fiesch. Le légendaire Glacier Express a déraillé dans une légère courbe, à la montée, alors qu’il sillonnait entre les sommets, plongeant une voiture de première classe dans le vide, en couchant deux autres sur la voie ferrée. Bilan: un mort, une quarantaine de blessés, dont une dizaine sont grièvement atteints, et parmi lesquels deux sont toujours entre la vie et la mort. Et des images qui ont fait le tour du monde: des amas de tôles enchevêtrées et de vitres brisées, des secouristes s’activant au chevet des passagers, des rotations d’hélicoptères et d’ambulances acheminant les touristes infortunés vers différents hôpitaux de la région. Lundi, ils étaient encore treize Japonais sur leur lit de souffrance, à Sion, Viège, Berne, Lausanne et Genève.

CHAPERONNÉS

Mais personne n’entendra jamais un mot des victimes racontant les émotions qu’elles ont dû endurer dans le train panoramique le plus connu de Suisse. Comme ce touriste japonais d’une soixantaine d’années, blessé à une jambe, une béquille appuyée contre le mur, qui prend tranquillement son petit-déjeuner en compagnie de sa fille, arrivée du Japon durant la nuit, dans un hôtel de Sion. Son épouse, blessée, est encore à l’hôpital. Ils discutent, parlent du drame, du rapatriement à venir vers Tokyo, quand on s’approche délicatement d’eux: «Pardon monsieur, vous étiez un des blessés du Glacier Express?» «Ah, non, pas du tout, répond-il, imperturbable, le visage ne trahissant aucune émotion, je n’ai rien à voir avec toute cette histoire.» A quelques tables de là, deux agents de voyages japonais qui les chaperonnent n’ont pas manqué une miette de la scène, prêts à bondir et à intervenir. Les enjeux économiques priment sur la souffrance humaine. Ce dialogue de sourds se répétera ensuite à plusieurs reprises devant différents hôpitaux valaisans. Les victimes japonaises du Glacier Express et leur famille ont reçu des ordres précis et obéissent docilement. Comme si le drame n’avait jamais eu lieu.

ON A DEMANDÉ AUX VICTIMES DE GARDER LE SILENCE

«Nous avons reçu des consignes très strictes de Tokyo, reconnaît une agente de voyages japonaise un peu plus bavarde que les autres, sans doute trahie par la fatigue et les nuits sans sommeil. Moins on parle du drame, mieux c’est.» «Et, vous savez, comme l’individualisme n’existe pas au Japon, les Japonais sont des moutons», rigole-t-elle, assise sur un banc devant l’hôpital de Sion. Une situation bloquée qui désespère les médias nippons débarqués en force et à grands frais dans le canton du Valais, une bonne trentaine au total. Ainsi, le correspondant suisse de The Yomiuri Shimbun, Hideki Hiramoto, a été rejoint par ses collègues en poste à Paris et à Rome. «Les lieux sont très dispersés, explique-t-il, nous devons couvrir le théâtre du drame, mais aussi les différents hôpitaux où se trouvent nos compatriotes. Nous n’obtenons aucune information, c’est impossible de travailler, les représentants des agences de voyages font obstacle à tout. Si des victimes japonaises veulent parler avec nous et laissent échapper quelques mots, ils interviennent aussitôt.» Et ne font finalement qu’appliquer une vieille règle de trois qui fonctionne à merveille: pas de victimes s’épanchant, pas de gros titres et pas de mauvaise publicité…

Devant l’hôpital de Viège, le correspondant de l’ONU à Genève, Ito Tomonaga, du quotidien Mainichi, est réduit lui aussi à faire les cent pas dans l’attente d’un hypothétique miracle médiatique. «Les agences de voyages appliquent les consignes en accord avec les autorités japonaises, se désolet-il. Depuis qu’elles ont rapatrié d’Afghanistan la dépouille d’un Arabe à la place de celle d’un Japonais, elles ne veulent plus perdre la face. Quand on ne dit rien, on ne risque rien.» Une vision amnésique des choses qui expliquerait en partie le silence du Conseil fédéral, qui n’a envoyé aucun message de condoléances à Tokyo, pour éviter toute caisse de résonance, au contraire de la compagnie du Matterhorn Gotthard Bahn, qui a présenté platement ses excuses aux familles des victimes, mais n’a organisé aucune minute de silence ou cérémonie publique à la mémoire de la victime japonaise de 64 ans.

PAS D’ANNULATIONS

Moins on en fait, mieux c’est. «Un clou qui dépasse, il faut l’enfoncer», dit un proverbe japonais, qui résume fort bien toute la situation. Malgré les craintes nourries dans la presse dominicale par Jürg Schmid, directeur de Suisse Tourisme, le drame de la vallée de Conches ne devrait donc avoir aucune incidence sur le tourisme en Suisse dans les mois à venir. Aucune annulation en provenance du Japon n’est à déplorer depuis le drame. Dimanche dernier, le Glacier Express a repris du service. Et ce matin-là, à Brigue, des grappes de touristes japonais prenaient de nouveau d’assaut les wagons rouge et blanc de la compagnie, appareils photo autour du cou et sourires aux lèvres, comme si rien ne s’était passé.



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Tags: Valais, Glacier Express, touristes japonais, train, déraillement, Sion, Suisse Tourisme Aller en haut de page Haut de page

 

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