«Dans l’espace, personne ne vous entendra hurler...» lisait-on sur l’affiche originale d’Alien, en 1979. «De rire!» pourrait ajouter aujourd’hui Hatman, hommemystère et concepteur de La guerre des Romands, sorte de Star Wars humoristique aux accents du terroir.
Si le propos est comique, l’affaire, elle, est sérieuse. Tout a commencé début 2006 avec l’arrivée sur le Net du premier épisode des Valaisans dans l’espace, une série d’animation contant les aventures loufoques du commandant John Bonvin et de l’équipage du VSS Couchepin, exilés volontaires dans le cosmos avec tout leur canton, Cervin compris! Malgré l’absence de pub, le succès est fulgurant.
Au total, quatre épisodes sont ainsi produits autour de questions fondamentales telles que la nécessité de faire accepter aux Suisses l’AOC sur le Raclette, «le fromage, pas la recette», ou l’organisation d’une nouvelle Gay Pride «plus de mille ans après la première»... Dessins soignés, répliques et dialogues savoureux, à l’image du désormais culte «tu vois comment», clichés en cascade: le cap des 500 000 téléchargements sera dépassé! On recense 14 000 fans sur Facebook.
UN FILM DE 40 MINUTES
Achetée et diffusée par la TSR, primée (grand prix du Pacte multimédia en 2009), la série aurait pu en rester là et son mystérieux créateur disparaître. L’ambitieux Hatman nourrissait cependant déjà le dessein fou de faire passer ses personnages de l’animation à la prise de vues, à la manière de Tron.
Associé cette fois à Fred Bastide, spécialiste de la 3D, il s’est engagé à livrer un film de quarante minutes intitulé La guerre des Romands et découpé en cinq épisodes. Le plus grand secret entoure ce projet, dont seul un synopsis de vingt mots a été dévoilé: leur canton gâché par le Promoteur masqué, humiliés par les Vaudois, les Valaisans dans l’espace décident de passer à l’action...
Hatman n’en dira pas plus. Sous la torture, il précise que l’action se déroulera en l’an 3115 et qu’à bord du VSS Couchepin, l’ensemble de la population valaisanne est en hibernation...
Le chantier est colossal. Au point qu’une sortie en 2011, tel qu’initialement prévu, paraît très invraisemblable. Parce que Hatman est un perfectionniste et qu’il n’a pas les moyens de George Lucas... «Avec La guerre des Romands, je fais entrer mes Valaisans dans la cour des grands, précise-t-il, et ça devient sérieux. Ou justement pas.» Le ton est donné.
«Hatman est calme, très précis, un type autonome, hyper-exigeant»
Manuella Maury
Le big boss est une énigme en soi. Un feutre en guise d’accessoire, une silhouette élancée et fine, des lunettes et cette voix, grave, précise, radiophonique. Autoproclamé réalisateur masqué, de nationalité suisse, il aurait la trentaine. Son humour a marqué Couleur 3. Il a aussi collaboré à Nouvo, sur la TSR, et signé, en autodidacte, une centaine de petits films.
«L’AGENCE LABRICOLE»
Digression élégante de Batman, Hatman, l’homme au chapeau, n’aime pas parler de lui. Pour La guerre des Romands, il a recruté Fred Bastide, nommé directeur artistique, la productrice Caroline Velan et Pascal Montjovent, chef opérateur renommé. «C’est quelqu’un de calme, de très précis, souligne Manuella Maury, qui l’a côtoyé de près. Un type autonome, hyper-exigeant qui, sans être castrateur, a beaucoup de mal à déléguer.»
L’intéressé confirme: «Cela explique qu’on est loin d’avoir fini! D’autant que Fred est comme moi. Cela dit, un tableau n’est jamais terminé. Il est juste abandonné.» Honnis soient les impatients. Pour les allécher, Hatman a mis en ligne fin décembre un premier film de lancement, intitulé Baptême du VSS Couchepin.
Si la suite est du même tonneau, on va se régaler! «C’est Star Wars par l’agence Labricole», s’enthousiasme Manuella Maury, promue vedette de Baptême du VSS Couchepin et marraine de l’ensemble du projet.
On la découvre donc en 2354 à bord de la station Catogne B8 – un vaisseau tirebouchon – où, après avoir été maintenue «en état d’hibernation durant 300 ans, la tête en bas dans une grande bouteille de malvoisie», précise le commentaire de Daniel «Chester» Rausis, elle est secouée afin de baptiser le VSS Couchepin avec du mousseux valaisan. L’affaire tourne mal... Sacrifiée et «élevée au rang de divinité mineure de niveau 3, selon les voeux de saint Couchepin en personne», ajoute la voix off, Manuella finit sanctifiée.
Le résultat est épatant. Manuella Maury, qui s’était retrouvée impliquée malgré elle dans le troisième épisode des Valaisans dans l’espace, ne regrette pas d’avoir, cette fois, «fait de la figuration active». Elle a tourné durant une journée, «un dimanche d’août», à Lausanne, principalement dans un studio de location transformé en green box – procédé permettant de filmer un acteur pour l’intégrer ensuite à un décor virtuel. «On m’a capturée dans la rue. Ensuite, on m’a plaquée sur une planche en bois. J’ai joué la potiche horrifiée. Cela m’a semblé très ingénieux.»
LE NERF DE LA GUERRE...
Hatman et son équipe ne sont pas rétribués, mais leurs films ont un coût et les sources de financement sont rares. Le principal soutien provient d’Assura SA, société privée. Du côté des Productions masquées, on se dit ouvert à toute proposition, petite ou grande. Parmi les autres ressources, on peut citer le fan-club L’Alliance de l’espace, créé à Martigny, qui compte quelque 260 membres, et les produits dérivés de la marque Tu vois comment.
Cela ne saurait toutefois suffire... Sous réserve d’être séduite, la TSR devrait diffuser La guerre des Romands, comme elle l’a fait pour les premiers films. On parle aussi d’un DVD. En attendant, un seul mot d’ordre à l’attention de Hatman: «Que la force soit avec toi!»