Viktor Röthlin a souvent été le favori d’un marathon, mais pas de celui-là. Deuxième européen en 2006, troisième mondial en 2007, favori aux JO de Pékin où il se présente dans la peau du meilleur spécialiste blanc, il n’est plus rien lorsque débutent les Championnats d’Europe d’athlétisme à Barcelone.
Parce que, en 2009, la lente et méthodique progression du petit coureur de Kerns (Obwald) est brisée par une blessure à un talon, mais plus encore par deux embolies pulmonaires consécutives à une thrombose subie lors d’un vol long-courrier. «On m’a décelé un défaut génétique qui fait que, pour moi, rester longtemps assis est un poison.»
SOINS INTENSIFS
Ejecté des pelotons, Viktor Röthlin plonge dans le monde des hôpitaux. Aux soins intensifs, sa vie ne tient qu’à un fil. «Je ne rêvais alors pas de courir, juste de pouvoir un jour marcher sans bouteille d’oxygène.»
Lorsqu’il reprend l’entraînement, il repart presque de zéro. «Pour ma première sortie à vélo, je me suis fait doubler par une femme avec des sacoches sur le porte-bagage. Moi, j’étais à 180 pulsations/ minute!»
Mais ce champion taillé dans une allumette possède une force de caractère hors du commun. Focalisé sur Barcelone, il se prépare avec force et minutie. Passe ainsi six semaines en montagne, où il s’astreint à un programme démentiel: deux entraînements par jour, sept jours sur sept. Il court 200 kilomètres par semaine. «Courir, manger, dormir, je n’ai fait que ça. Je variais au maximum les repas pour éviter la monotonie.»
Il veut sa médaille. «Au bout de 35 kilomètres, j’étais sûr de gagner. A 2 kilomètres de l’arrivée, j’ai savouré.» Et il a réfléchi à son avenir. Lui qui voulait arrêter voit désormais les Jeux de Londres en 2012 en point de mire. Et cette fois, pas de risque, il prendra le train.