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WESTERN
LA REVANCHE DES FRÈRES COEN
Pour leur premier western, les frères Coen reprennent à la ligne un petit chef-d’œuvre littéraire: TRUE GRIT, aventure d’une ado en quête de justice dans une Amérique encore en formation.

Par Jean-Blaise Besençon - Mis en ligne le 22.02.2011

«Les gens ne croient pas qu’une fille de 14 ans puisse quitter sa maison pour aller venger la mort de son père en plein hiver…» Le film des frères Coen reprend telle quelle la première phrase de True Grit, court roman d’aventures publié pour la première fois en 1968. Son auteur, Charles Portis, né en 1933, vit toujours, retiré entre le sud des Etats-Unis et le Mexique, mais n’a rien publié depuis vingt ans. Récit à la première personne, celle de l’adolescente, son livre compte parmi les œuvres les plus attachantes de la littérature d’aventure américaine, son héroïne rejoignant un Huckleberry Finn ou un Tom Sawyer dans la galerie des héros qui forgent un caractère.

DE LA MORALE

Elle s’appelle Mattie (Hailee Steinfeld, irrésistible dans son premier rôle au cinéma). Puritaine, hautaine, donneuse de leçons (elle cite volontiers les Proverbes), la gamine tenait les comptes du domaine avec un sens aiguisé de la comptabilité et du bien et du mal. C’est avec les derniers sous de la famille qu’elle engage le marshall Rooster Cogburn (Jeff Bridges qui en fait souvent des tonnes mais on lui pardonne) pour rattraper l’assassin de son paternel… Se joint à cette équipe improbable – le borgne ne voulait naturellement pas s’encombrer de la gamine – un ranger surnommé Laboeuf (Matt Damon, mystérieux et méconnaissable) qui souhaite quant à lui ramener l’assassin au Texas, Etat dans lequel il était déjà recherché contre une bonne prime…

DE L’ÉPOQUE

Dans cette Amérique de 1870, et en Arkansas, Etat sécessionniste, encore davantage, les blessures de la guerre civile (1861-1865) sont encore loin d’être refermées. Le Borgne à la gâchette aussi facile qu’efficace est un ancien soldat sudiste, qui plus est suspecté de massacre… L’assassin Tom Chaney (Josh Brolin) a, quant à lui, trouvé refuge auprès d’un de ces gangs de vétérans qui se nourrissent de crimes et se cachent dans les vastes «territoires indiens» où rares sont les Blancs à oser se risquer… Dans ce monde aux frontières encore floues, la raideur et l’intransigeance de la gamine sonnent comme un appel à un peu de justice; ainsi, elle ne veut pas simplement la mort de Chaney (le ranger se contenterait de sa tête pour toucher la prime), elle veut le capturer, le traîner devant un tribunal et le voir pendu.

DU CINÉMA

En choisissant d’adapter ce récit vif et tendu, parcouru de scènes d’une violence froide mais aussi d’un humour sec et sonnant, les frères Coen ne se sont pas trompés de cible. Et si le livre – notamment ses dialogues au couteau – semble parfois préécrit pour le cinéma, la mise en scène tient à la fois de l’exercice de style et de la tradition western la plus pure. Triomphe mérité aux Etats-Unis.

True Grit, de Joel et Ethan Coen, avec Hailee Steinfeld, Jeff Bridges, Matt Damon et Josh Brolin.


 

L’OSCAR DE JOHN WAYNE

«TRUE GRIT» VERSION HOLLYWOOD

Le roman à peine publié, Hollywood s’empare de cette histoire qui semble écrite pour le cinéma. Et si, en 1969, l’âge d’or du western comme il galopait dans les studios de Californie durant les décennies précédentes accuse un irrémédiable déclin, Henry Hathaway, petit maître du genre, montre qu’il conserve de beaux restes. Dans la manière de promener une imposante caméra dans des paysages de rêve, dans la manière de planter un décor et d’installer des dizaines de figurants. Lorsqu’on lui confie le rôle du plus célèbre borgne de l’Ouest, John Wayne a déjà passé 60 ans. Du coup, il campe un héros un peu rondouillard, alcoolonostalgique, un rôle qui lui vaudra pourtant le seul oscar de sa carrière. Le personnage de Mattie est tenu par une Kim Darby qui ne manque ni de charme ni de poigne dans son personnage de garçon manqué, tandis que le chanteur country Glen Campbell tient le rôle de Laboeuf. Noter aussi la présence de Dennis Hopper et de Robert Duvall. Pour les amateurs du genre, la vision coup sur coup des deux films assure une captivante leçon de cinéma.

100 dollars pour un shérif, de Henry Hathaway. DVD et Blue-Ray.



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Tags: Western, Coen, «True Grit» Aller en haut de page Haut de page

 

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