S’il fallait ne dire qu’une phrase pour exprimer la beauté et la valeur des forêts, que diriez-vous?
Je citerai un vers de Nazim Hikmet, un poète turc: «Vivre seul et libre comme un arbre, et fraternellement comme une forêt.»
Et vous, qui survolez ces immensités vertes en hélicoptère pour votre travail, quelle est la vision qui vous a le plus frappé?
En fait, en photographie aérienne, la forêt, c’est presque frustrant, car on ne peut pas y pénétrer par les airs. Et la forêt, c’est un monde qui nous fait peur. Les êtres humains, dès qu’ils se trouvent en bordure de forêt, ils la coupent par besoin de lumière, par besoin de zones cultivables. Hormis les peuples qui ont développé une culture en parfaite harmonie avec elle, la plupart des civilisations ont exploité la forêt en la faisant reculer, voire en la faisant disparaître. Nous avons eu longtemps besoin de la forêt, surtout pour son bois. Mais aujourd’hui, c’est la forêt qui a besoin de nous. Elle a un besoin urgent de respect.
La grande forêt la plus emblématique de la destruction de ces écosystèmes, c’est l’Amazonie. Que dire de son recul, malgré une réelle volonté de la préserver?
Ce qui se passe en Amazonie nous rappelle que l’humanité atteint les 7 milliards d’individus cette année et qu’il faut les nourrir. Mais le plus cruel dans la destruction de cette merveille, c’est qu’elle est commise pour nous nourrir nous, les Occidentaux, pour produire du soja pour nos élevages de volaille notamment.
On peut faire le même constat avec la forêt pluviale de Bornéo.
Hélas oui. A Bornéo, je m’étais arrêté devant un énorme bulldozer qui était en train de défricher la forêt pour faire place à des palmiers à huile. J’ai parlé au conducteur du changement climatique, des orangsoutans… Le mec s’est foutu de ma gueule. «Qu’est-ce que tu viens me raconter du haut de ton hélicoptère. Moi, si je suis venu ici depuis Java, c’est pour faire vivre ma famille.» On a fraternisé et il m’a emmené sur son bateau, où sa femme donnait le sein à un bébé. Sur le toit de cette misérable embarcation, il y avait une antenne parabolique rouillée pour permettre à la femme de regarder une vieille série américaine sur un écran plat. Si ces pays déforestent, c’est simplement pour espérer pouvoir vivre comme nous.
Les forêts cumulent les raisons vitales de les préserver. Laquelle vous touche-t-elle le plus?
Impossible d’en choisir une plutôt qu’une autre. Mais, avec la fondation Goodplanet, nous nous sommes spécialisés dans la problématique carbone. Je dirai donc que la déforestation, pour moi, c’est d’abord la première cause d’augmentation des gaz à effet de serre.
Vous rencontrez des chefs d’Etat, des ministres. Sont-ils sensibilisés à la protection des forêts?
C’est étonnant, mais ce dossier me semble être celui où les acteurs internationaux les plus importants, politiques et économiques, sont les plus réceptifs. Il y a une quasi-unanimité. Il y a de l’argent qui est débloqué. Il y a encore beaucoup de travail d’information à faire chez nous, dans les pays industrialisés, pour faire comprendre à quel point les forêts tropicales, en dépit de l’éloignement, sont capitales pour nous aussi, notamment pour l’évolution du climat et pour les découvertes pharmaceutiques.
Est-il raisonnable d’espérer que le léger ralentissement de la déforestation mondiale annonce un arrêt, voire une inversion de tendance?
Je n’en sais rien. L’autre jour, j’étais reçu par le ministre des Finances du Congo-Brazzaville. Et il me dit de manière ironique qu’il n’est pas très écolo, car plus on coupe des forêts dans son pays, plus cela ramène de capitaux à son ministère, et plus il est content. Mais je rencontre aussi des ministres de l’Environnement de ces pays, souvent des gens jeunes et bien formés, pleins de bonne volonté. J’ai le sentiment qu’on va vers moins de corruption et plus de conviction.
GoodPlanet.org, la fondation créée par Yann Arthus-Bertrand, proposera sur son site (www.goodplanet.org) des posters à télécharger par les écoles du monde. Elle sortira aussi un film sur les forêts. Et une exposition, réunissant des photographies des plus grands photographes du monde, sera présentée en plein air en Suisse romande cet été.
Site officiel de l’Année mondiale des forêts: www.un.org/en/events/iyof2011
Avec les mers, elles sont une des deux plus grandes MERVEILLES BIOLOGIQUES du monde. Mais, tout comme les milieux marins, les forêts souffrent toujours plus de la pression humaine.
Les forêts, c’est:
- 31% de la surface totale des terres.
- 12% de la surface des terres recouvertes par des forêts primaires, c’est-à-dire par des forêts intactes, n’ayant encore jamais été transformées par les activités humaines.
- Le principal moyen de survie de 1,6 milliard d’êtres humains.
- Le réservoir de 80% de la biodiversité terrestre.
- La source de 300 milliards de francs de revenus annuels.
- Le lieu de vie de 300 millions d'êtres humains.
- Un écosystème dont 30% de la surface sont exploités pour son bois et ses autres matières premières.
Mais c’est aussi:
- Au moins 20% des émissions de gaz à effet de serre en raison du déboisement qui continue.
- 13 millions d’hectares de forêts qui disparaissent chaque année sur Terre, soit l’équivalent de la surface de l’Angleterre, ou encore l’équivalent d’un terrain de football toutes les quinze secondes.
- 7000 espèces d’arbres, soit 10% des espèces connues, qui sont menacées d’extinction à court ou moyen terme, essentiellement en zone tropicale.
- Dans les années 2000 qu’elles sont détruites le plus massivement au Brésil et en Indonésie.
- 16% de la forêt amazonienne qui ont été convertis en surface de culture pour le soja, essentiellement pour nourrir les volailles, notamment en Europe.