En 1999, vous étiez le petit prodige de la chanson romande puis vous avez disparu. Que s’est-il passé?
J’ai mué. Tout s’est effondré à 14 ans. Ce fut très difficile de perdre ma voix, car je perdais ce que j’avais de plus cher au monde, ce qui me rendait le plus heureux.
Comment avez-vous géré cette chute?
J’ai eu la chance d’avoir des parents qui m’ont soutenu sans me bercer d’illusions. J’ai fait un apprentissage d’employé de commerce. Mais dans ma chambre, avec ma guitare, je continuais à composer, je prenais des cours de chant.
Qu’avez-vous fait de l’argent gagné avec la vente de votre disque?
Je l’ai mis sur un compte. L’an passé, j’ai financé avec ces économies un nouvel album, dont j’ai écrit toutes les chansons, La terre tourne toute seule. J’ai pu engager le batteur de Pascal Obispo et le guitariste de Calogero. Le compositeur de Tina Arena et Céline Dion ont aussi participé à ce projet.
Un succès confidentiel, reconnaissez-le. Difficile d’être et d’avoir été?
L’important, c’était de revenir. De retrouver aussi le public des Coups de Cœur d’Alain Morisod, un moment fantastique. Et j’ai gagné un concours en Suisse alémanique, qui m’ouvre aujourd’hui des portes outre-Sarine.
Avec le recul, pensezvous que votre modestie et votre gentillesse vous ont desservi?
Au contraire, cela m’a plutôt différencié des autres. Je n’ai pas de regret, je n’aurais pas pu être autrement même s’il est vrai qu’aujourd’hui les chanteurs qui ont le plus de succès sont ceux qui savent se vendre!
Vous travaillez à la Fédération suisse des sourds, c’est assez cocasse pour un chanteur?
Je travaille dans des bureaux, mais c’est un milieu qui m’enrichit beaucoup. Et je consacre un jour pas semaine à la musique!
Une morale à tirer de l’histoire de ce petit garçon propulsé trop vite vedette?
Il faut savoir garder les pieds sur terre. Ma chance, c’est de continuer à y croire. Je ne peux pas faire autrement, même si le succès ne revient jamais.
www.yvann.ch