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TÉMOIGNAGE
«L’IRAK A CHANGE MA VIE…»
La semaine, Jérôme Muller travaille dans la haute finance. Pendant ses vacances, il part à la rencontre de la vraie vie… Avec l’appareil photo qui lui a ouvert les yeux.

Par Jean-Blaise Besençon - Mis en ligne le 07.12.2010

ll y a à peine quatre ans, en remplaçant son modeste appareil photo par un reflex numérique, Jérôme Muller ne pensait pas transformer une simple pratique en véritable passion. «Je suis devenu un boulimique de photographie», raconte ce jeune expert financier, spécialiste en gestion d’actifs. «J’ai commencé par des paysages, mais c’est trop lent, trop calculé», dit cet hyperactif. Engagé depuis douze ans dans une petite société genevoise à laquelle il est aujourd’hui associé, il voyage deux semaines par mois entre l’Asie, Londres et New York, toujours pour affaires… «Mais c’est un milieu très artificiel, de gens uniquement préoccupés par l’argent et par leur carrière…»

CHANGER LA VIE

Trente-cinq ans, trois enfants, une séparation en cours. «Il était peut-être temps de faire une pause dans ma façon de vivre à 200 à l’heure.»

Ce dernier été, avec son désormais inséparable appareil photo, il est parti au Japon à la rencontre des… sans-abri. «Ils ne possèdent rien mais sont animés d’une fantastique rage de vivre. J’ai été terriblement frappé par la différence entre la froideur de la finance et la chaleur de ces gens-là.»

Et puis, en septembre, nouvelles vacances, nouveau reportage. A Erbil, quatrième ville d’Irak et capitale de la Fédération semi-autonome du Kurdistan irakien. Là, le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) anime une clinique orthopédique où se pressent blessés de guerre, victimes d’attentats – Mossoul n’est qu’à une centaine de kilomètres – et des mines antipersonnel dont cette région rurale, frontière avec la Turquie et l’Iran, est infestée. Nouveau choc pour l’apprenti grand reporter. La dignité, le courage, la volonté de ceux qu’il photographie. «En Irak, j’ai rencontré des gens beaucoup plus… profonds. Leur vie est pauvre, difficile, parfois misérable, mais j’ai le sentiment qu’elle est plus heureuse.»

PLUS SOLIDAIRE

Aux handicapés qui ont perdu leur métier, le CICR offre un ingénieux système de microcrédit distribué en nature. Par exemple en finançant une boutique à un ancien meunier désormais incapable de porter des sacs, ou en offrant un petit véhicule de livraison à un amputé. Cet investissement local a beaucoup impressionné le spécialiste en placements financiers. «Investir de l’argent dans quelque chose d’utile, de productif, plutôt que faire un pur pari spéculatif en achetant une action Coca-Cola…» En se frottant au monde réel, le fort en chiffres et en statistiques découvre la fragilité de la vitrine dorée dans laquelle il a fait sa fortune. «Jusqu’en 2008, je pensais exercer un métier sérieux et honnête, mais, là, j’ai vraiment pris la crise économique en pleine figure…» A la cupidité forcenée du système financier, il rêve désormais d’opposer quelque chose de plus solidaire, de plus humain, de plus juste, tout simplement.

Les visages qu’il donne à voir dans les pages précédentes, les témoignages qu’il a recueillis, les rencontres, les amitiés sont d’une richesse qu’il n’imaginait simplement pas. Et, s’il ne songe pas à faire du photojournalisme son nouveau métier, ses immersions dans la vraie vie ont déjà bouleversé la sienne.



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Tags: Jérôme Muller, Irak, mutilés, prothèses, CICR, Erbil Aller en haut de page Haut de page

 

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