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«A la FRC, fini la modestie!»
A la une: la FRC fait plier le Credit Suisse. Ce succès a correspondu à l’arrivée du nouveau secrétaire général de la Fédération romande des consommateurs, Mathieu Fleury. Un homme. Une première pour ce mouvement féminin qui fêtera ses 50 ans le 6 juin. Mais qu’est-ce qui va vraiment changer?

Par Sophie Winteler - Mis en ligne le 26.05.2009

Pour la première fois en cinquante ans d’histoire de la Fédération romande des consommateurs, il y a un concentré de testostérone à la tête de ce bastion de femmes! Comment vous sentez-vous en Monsieur Consommation?

Je me régale. Il y a un potentiel extraordinaire, car on est à l’aube d’une nouvelle aventure. La politique traditionnelle est en crise, les gens font désormais plus confiance à des organismes pointus dans un domaine. Je me sens utile.

Mais la FRC rime un peu avec naphtaline. Elle traîne cette image du lobby d’aimables dames soucieuses du prix du beurre…

Ce n’est pas mauvais. La FRC a eu une crise de croissance, d’identité liée à une certaine forme de militantisme. J’ai été nommé par des femmes, c’est un message. Je ne renie rien, je souhaite juste qu’on retrouve l’image des pionnières, leur combat était juste. Je suis remuant, il faut que ça bouge.

La FRC a justement marqué un joli coup en avril en faisant plier le Credit Suisse dans l’affaire Lehman Brothers. La presse a même titré: «Mathieu Fleury superhéros». Pas mal, alors que vous n’êtes que depuis huit mois secrétaire général de la FRC. Flatté?

Non! L’article était honnête, pas le titre. C’est une victoire d’équipe.

Modeste de surcroît!

Quoi? Je ne suis pas un super héros. Nous nous sommes réparti la tâche à trois. Je m’occupais de sensibiliser l’opinion publique, notre juriste, Valérie Muster, encadrait les personnes lésées et l’avocat Matteo Pedrazzini avait un rôle de conseil. Dès le début, nous avons dit aux petits épargnants: «On va vous défendre collectivement, on va tout essayer, mais on ne vous promet rien.» Est-ce un discours de superhéros?

Redresseurs de torts, ils font pourtant rêver: Superman…

… mes enfants adorent Spiderman! On ne doit pas croire aux super héros! L’époque nous a permis de gagner; il y a deux ans, on perdait.

Car les banques étaient alors trop arrogantes?

Les banques sont effectivement descendues de leur piédestal avec la crise. Elles se sont rendu compte que les petits clients représentent l’opinion publique. Le Credit Suisse dédommagera, à hauteur de 50 millions, 1700 clients lésés par leurs investissements dans des produits structurés de Lehman Brothers. La solution trouvée favorise une majorité de petites fortunes qui vont toucher plus que de grands riches, c’est un peu fou pour ce milieu bancaire.

Les class actions, ou initiatives collectives visant à obtenir des indemnités, n’existent pas en Suisse. Les Etats-Unis, eux, connaissent par cœur ce genre de procédé. Cette première est-elle désormais la voie à suivre?

Je pense. La FRC poursuit d’ailleurs un travail similaire depuis cinquante ans. Des ménagères, qui n’avaient même pas le droit de vote, se sont mises ensemble et ont dit: «Ça ne va pas se passer ainsi, changeons les choses.» Elles ont commencé par des actions liées en particulier à l’alimentation, comme l’indication de la date de péremption ou du poids égoutté. Le slogan de nos 50 ans est: on avance depuis 50 ans. L’écologie, l’éthique, la responsabilité du consommateur sont autant de luttes lancées par la FRC. Cette affaire avec le Credit Suisse est pionnière dans sa manière, mais non dans son esprit. C’est David contre Goliath, un classique pour la FRC. Je suis avocat, le principe de la class action m’intéresse. C’est un outil de plus, mais pas le seul.

Qu’en est-il de l’UBS, qui a également vendu du Lehman Brothers?

On voit la banque cette semaine. On représente quelque cinquante personnes, mais, à l’UBS, le discours de la défense collective plutôt qu’individuelle ne passe pas encore.
 

Le 6 juin, la FRC fêtera ses 50 ans. Qu’est-ce qui a changé en un demi-siècle?

On continuera à ausculter le panier de la ménagère, celui des biens comme des services. Mais il faut élargir le champ, ne plus avoir de tabou. Arrêter d’être modeste dans la manière d’agir. Je défends une approche décomplexée de notre action, car nous avons une grande puissance de frappe. OK, nous sommes une petite association avec peu de moyens, subventionnée à hauteur de 10% par Berne, ce qui est, soit dit en passant, ridicule en comparaison européenne, mais les consommateurs, c’est Monsieur Tout-le-Monde. On est un lobby universel d’utilité publique.

Faites-vous peur?

Le mot lobby effraie, comme le mot class actions d’ailleurs. Lobby signifie défense d’intérêt commun. A la FRC, on dénonce et après on va voir les acteurs politico-économiques pour faire changer les choses. Avec nos tests, nos actions de boycott et même la menace d’en organiser, nous influençons directement le marché. Les derniers succès portent sur les emballages Cailler et les hausses que nous promettaient les barons de l’électricité. En politique, on a gagné sur plusieurs dossiers.

Comme?

Les importations, le cassis de Dijon. La crise a tout d’un coup montré que les conditions-cadres sont très mauvaises en Suisse.

On parle de vie chère en Suisse: salaires trop bas ou prix trop hauts?

Les prix sont trop hauts, un sujet tabou. Mais osons donc en parler, même si les Suisses préfèrent débattre de la qualité. Reprenons le cassis de Dijon. Un produit importé doit être mis aux normes suisses pour être vendu. En passant, on le surtaxe d’une manière totalement artificielle. Les distributeurs se sucrent, leurs marges sont supérieures à celles de leurs homologues européens alors qu’il n’y a pas de plus-value. Les prix peuvent être plus élevés s’il y a une vraie plus-value. L’agriculture: si l’on veut les prix les plus bas, il faut la supprimer. Mais notre agriculture rime aussi avec proximité, donc écologie, label bio, un facteur important pour les consommateurs, éthique et qualité. Nous défendons le meilleur rapport qualité-prix. On lutte aussi contre les ententes cartellaires. Quand le duopole Migros-Coop se sent menacé par des Lidl ou Aldi, il baisse ses prix. Bravo, mais pourquoi toutes ces années de prix trop chers? Il y a un problème.

Quels sont les grands défis à venir?

L’été venant, le rooming. On paie des sommes délirantes dès qu’on téléphone de l’étranger avec des portables. Nous aimerions aussi créer un site internet de comparaison de prix. Les distributeurs proclament tous qu’ils sont les meilleur marché. Qui a raison, qui ment? C’est la jungle, on est paumé. Il y a aussi le prix des cartes de crédit, la santé et les assurances.

Personnellement, changez-vous de caisse-maladie dès que vous trouvez une meilleure offre?

Je l’ai fait régulièrement, mais pas assez systématiquement. Si on se disciplinait tous, le système changerait profondément. Je n’ai pas de leçons à donner. La FRC non plus d’ailleurs, elle montre un chemin. Côté télécoms, les prix descendraient aussi si on troquait plus souvent d’opérateur. On souffre de notre passivité. On est humain, nul n’est parfait.

Qu’allez-vous entreprendre justement dans le domaine de la santé?

Lutter contre le prix prohibitif des médicaments et tenter de défendre le patient, acteur principal, mais tenu hors débat. Il était absent de la première table ronde de Couchepin, nous étions là lors de la deuxième. C’est fou, les assurances devraient être de notre côté, puisqu’elles vivent grâce à nos primes. Eh non, elles défendent leurs propres intérêts.

Quel consommateur êtes-vous?

Avec ma femme, on recherche la qualité, on achète bio. Et je compare plus les prix depuis que je travaille à la FRC! Je me suis également mis à lire les étiquettes sur la provenance des produits. J’en ai marre de voir que l’ail vient de Chine.

Qui va aux commissions?

Les deux, à tour de rôle. L’un reste à la maison avec les enfants afin d’éviter la crise de la caisse. C’est un combat personnel, enlevons les gondoles aux caisses!

En huit mois de FRC, votre plus grosse colère?

L’électricité. Les gens qui ont envoyé ces lettres annonçant des hausses carabinées n’ont pas compris que l’époque a changé. L’irrespect m’énerve.

Etes-vous colérique?

Oui. Mais mes colères sont de celles qui donnent des ailes, elles doivent pousser à l’action.

Des Mathieu ont dit qu’ils sont indépendants, curieux, dynamiques, séducteurs, qu’ils ont notamment le sens de l’initiative et se dévouent pour les autres. Un militant dans l’âme, non?

Oui. Je viens du Jura, mes grands-parents étaient très politisés. Ma mère était branchée FRC, réfugiés, Amnesty International. J’ai ça en moi, j’ai présidé quatre associations, travaillé à défendre les journalistes au syndicat Impressum, Je suis aussi un gourmand de rencontres. La vraie vie, c’est saluer les gens, parler avec la boulangère. Puis j’adore négocier, influencer le cours des choses.



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Tags: Mathieu Fleury , Fédération romande des consommateurs, 50 ans FRC Aller en haut de page Haut de page

 

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