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L'interview de Jacques Antenen
«A la police, j’ai dû réapprendre la modestie»
Successeur du controversé Eric Lehmann à la tête de la police cantonale vaudoise, Jacques Antenen se défend de poursuivre une politique répressive, en matière de circulation routière notamment. Le nouveau commandant estime manquer de 300 hommes et appelle à plus de fermeté face à la montée de la violence contre toutes les formes d’autorité.

Par Christian Rappaz - Mis en ligne le 19.04.2010

Avant votre entrée en fonction, en juillet 2009, vous avez été contraint de déclarer forfait pour l’épreuve Sierre-Zinal à la suite d’une lourde chute à VTT. Juste un mauvais souvenir?

(Rire.) Merci de vous inquiéter de ma santé… Tout est rentré dans l’ordre, heureusement, et je peux vous confirmer que Sierre-Zinal, au même titre que les 20 km de Lausanne, fait partie de mes objectifs cette année. Je m’entraîne autant que je peux, quand je peux. Donc pas assez…

En novembre, vous disiez être en phase d’apprentissage. La transition entre votre ancien job de juge d’instruction cantonal et celui de commandant de la police s’est apparemment avérée plus compliquée que prévue…

Un peu, oui. Ce sont deux métiers totalement différents. A la police, j’ai dû réapprendre la modestie quand bien même je n’avais pas le sentiment d’être gonflé. (Rire.) Concrètement, j’ai passé de la barre d’un bateau à moteur à celle d’un paquebot comprenant plus de 1000 hommes d’équipage. Avec tous les problèmes inhérents à ce type de bâtiment. J’ai dû apprendre à plus déléguer, à faire confiance aux gens. Et j’apprends encore.

Puis, dès novembre, pratiquement plus de son, plus d’image. La volonté de rompre avec le style disons… un brin hautain et impérieux de votre prédécesseur peut-être?

Je vous laisse la responsabilité de votre opinion quant au style de M. Lehmann. De mon côté, comme je n’aime pas parler de choses que je ne maîtrise pas, je me suis fait plutôt discret, en effet. Aujourd’hui, après m’être immergé dans mon nouveau milieu pour en capter ses subtilités, je peux répondre en connaissance de cause quand je suis sollicité.

Dans quel état avez-vous trouvé la police, gravement secouée par la guerre des chefs entre Eric Lehmann et Alain Bergonzoli, le commandant de la gendarmerie, avant votre arrivée?

Au-delà de ces tensions, débarquer en pleine campagne entre partisans et adversaires d’une police unique ne s’est pas révélé aisé. Après la votation populaire, il a fallu aider les perdants à digérer leur déception, leur amertume même. Mon rôle a été de ramener la sérénité, de refaire l’unité autour d’un projet commun.

Comment vous y êtes-vous pris?

En martelant que la police cantonale allait continuer d’exister, continuer d’être un endroit où il fait bon travailler, où les possibilités de développements individuels existent. La réforme de la police étant toujours en cours, le doute s’est insinué dans les esprits. A moi de rétablir la confiance, de convaincre chacun qu’il exerce un beau métier.

Et d’enterrer définitivement cette fameuse guerre des polices?

Le mot est trop fort. Il n’y a jamais eu à proprement parler de guerre des polices. Une guéguerre plutôt, qui appartient désormais au passé.

C’est quoi idéalement pour vous, une police qui fonctionne?

L’essentiel est d’avoir des gens contents de ce qu’ils font, confiants en leurs moyens et respectueux des citoyens. Quand ils arrivent, de surcroît, comme c’est le cas, à maintenir la criminalité à un niveau raisonnable, c’est encore mieux.

Respectueux des citoyens dites-vous. A entendre ces derniers, il semble que vos hommes aient encore des progrès à réaliser sur ce plan…

C’est l’éternel débat, l’éternelle ambivalence. On adore la police quand on a besoin d’elle, après une agression, un cambriolage, mais on la déteste dès qu’elle touche à notre sphère privée. Genre: «Ils n’ont rien d’autre à f... que contrôler les honnêtes gens?» Cela dit, je ne sens pas un désamour de la population pour la police. Au contraire, je crois que le policier d’aujourd’hui est plus proche du citoyen qu’il a pu l’être par le passé.

En France, l’agressivité envers la police ne cesse de grandir. Percevez- vous ce phénomène chez nous?

Oui, très clairement. D’autant que la police n’a pas l’apanage de ce genre de comportement. Toutes celles et tous ceux qui exercent une parcelle de pouvoir sont touchés. Je pense aux enseignants et au personnel hospitalier. C’est un phénomène très inquiétant qui ne se traduit malheureusement pas par la sévérité des condamnations infligées aux auteurs de ces actes. Les violences à l’égard d’une autorité agissant dans le cadre de sa fonction devraient être bien plus sévèrement réprimées.

Les gens ont parfois l’impression que les policiers se comportent comme des shérifs, lors de leurs interventions par exemple…

L’intervention n’est pas innée. C’est un art délicat. Elle fait partie intégrante de la formation des agents, au même titre que les cours d’éthique. Il est clair qu’un policier ne doit pas user des prérogatives que lui donne l’uniforme pour humilier les gens. Il doit manifester qu’il exerce le pouvoir sans les rabaisser. C’est une subtile alchimie, pas toujours simple à doser entre le pouvoir que vous incarnez et celui dont vous disposez. Personnellement, je fais confiance aux policiers pour choisir la manière adéquate. Je ne constate d’ailleurs pas d’abus sur ce plan.

Peut-être qu’à force de se sentir traqués, dans le domaine de la circulation routière notamment, les gens finissent par devenir agressifs?

Le but des contrôles routiers n’est pas de harceler les gens, mais de mettre en évidence des comportements délinquants, surtout en matière d’alcool et de vitesse. Le problème, c’est que les auteurs de ces actes n’ont souvent pas conscience du danger que fait peser leur attitude sur les autres usagers. Cette tendance à banaliser leur comportement les incite à considérer l’intervention policière comme intempestive et engendre une réaction agressive de leur part.

Reste que le canton de Vaud est le plus «radarisé» de Suisse romande et qu’il envisage encore d’installer un nouvel appareil calculant la vitesse horaire sur 8 km, entre Aigle et Bex précisément…

Ce radar ne sera pas testé par nos soins, mais par l’Office fédéral des routes (OFROU). Ensuite de quoi, chaque canton analysera les résultats et décidera de la suite à donner à cette technologie. En ce qui nous concerne, il est prématuré de parler de l’installer à titre définitif.

Comment expliquer que le Valais, très bon élève en matière de sécurité routière, prêche par la prévention (pas de radar fixe en Valais), et que, juste à côté, vous privilégiez la répression?

Vaud ne privilégie pas la répression. Il investit beaucoup pour la prévention et j’ai l’intention de poursuivre et même d’intensifier cet effort tout en sachant que celle-ci a ses limites. Ensuite, il faut comparer ce qui est comparable. Le Valais est trois fois plus petit et son réseau autoroutier est nettement moins dense que le nôtre. De plus, les routes de montagne ou de fonds de vallées n’offrent pas le même relief que celles de l’arrière-pays vaudois, qui sont des incitations pour certains conducteurs écervelés à prendre des risques pour eux-mêmes et plus encore pour le malheureux qui roule en face. Enfin, sans jeter l’anathème sur quiconque, je vous rappelle que je n’ai pas défini une politique, mais que j’en ai hérité.

Vous pourriez en revanche intervenir sur les bouchons quotidiens et monstrueux qui se forment autour de Lausanne, provoqués par les incessants travaux de réfection…

Pas du tout, hélas! Les chantiers autoroutiers relèvent de la compétence de l’OFROU, pas des cantons. Je signale au passage que l’objectif de l’OFROU n’est pas d’ennuyer les gens, mais de maintenir le réseau routier en bon état.

La police pourrait alors pour le moins informer les automobilistes par le biais des panneaux électroniques qui jalonnent nos autoroutes…

Désolé, mais ces panneaux sont également soumis au règlement de l’OFROU, lequel n’autorise pas ce genre d’information.

Qu’en est-il de vos effectifs?

Il manque en gros 3000 policiers en Suisse, 300 dans le canton de Vaud dont l’effectif est de 1140 unités. C’est un vrai problème. Rendu encore plus aigu par la concurrence que l’augmentation des effectifs des polices communales fait peser sur le marché du recrutement.

La solution viendra-t-elle du recrutement d’étrangers avec permis B comme certains cantons l’envisagent?

Non. Le Grand Conseil examine actuellement un projet donnant la possibilité à un titulaire de permis C de commencer l’école de police. Celui-ci doit néanmoins demander sa naturalisation en cours d’école et l’avoir obtenue à l’heure de toucher son brevet. Au-delà de ces règles administratives, je pense que pour être accepté et légitimé par la population, un policier doit posséder le même passeport et défendre les mêmes valeurs que les citoyens à qui il fait appliquer les lois du pays. Je pense que c’est le minimum qu’on puisse lui demander…




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Tags: Jacques Antenen, commandant, Police cantonale vaudoise, gendarmerie, radars Aller en haut de page Haut de page

 

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