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Edito
A quand la fin de l’hypocrisie?

Par Daniel Pillard - Mis en ligne le 02.03.2010

 
Combien sont-ils? 100 000? 150 000? Davantage? Nul ne le sait exactement: la dernière étude sur la situation des sans-papiers dans notre pays remonte à cinq ans. Elle estimait alors leur nombre à 90 000 (lire l’interview du nouveau directeur de l’Office fédéral des migrations en page 18). Si, en Suisse alémanique, ils sont essentiellement d’origine balkanique, en Suisse romande, ils proviennent surtout d’Amérique latine, notamment de l’Equateur. Il y a deux semaines, notre journaliste Yves Lassueur dressait le portrait de cette communauté se distinguant par sa discrétion et son souci d’intégration (lire notre édition du 17 février). De part et d’autre de la Sarine, ils sont actifs principalement dans l’hôtellerie ou comme personnel de maison. Que celui ou celle qui n’a jamais embauché une femme de ménage sans papiers lève la main!

Officiellement, ils n’existent pas. Dans la réalité, les sans-papiers sont un rouage indispensable de notre économie. Face à cette hypocrisie reconnue par tout le monde, on s’arrange pour les mettre au bénéfice du flou légal chaque fois que c’est possible. Ainsi, leurs enfants, souvent nés ici, sont scolarisés le plus normalement du monde, conformément aux conventions internationales. Arrivés au terme de l’école obligatoire, les meilleurs sont autorisés à poursuivre leurs études. En revanche, les portes de l’apprentissage leur sont fermées: pour tout contrat de travail, le droit fédéral exige une autorisation de séjour.

«Nous ne pouvons pas continuer à fermer les yeux sur l’illégalité des sans-papiers quand cela nous arrange»

C’est pour dénoncer cette injustice que la municipalité de Lausanne vient de lancer un pavé dans la mare en annonçant qu’elle allait engager des apprentis sans papiers. Elle savait la démarche parfaitement illégale et rigoureusement inapplicable, tout contrat d’apprentissage devant être approuvé par le canton. De nombreuses voix ont fustigé son caractère à la fois angélique et improvisé. Daniel Brélaz, l’imposant syndic lausannois, a mis tout son poids dans la bagarre, tout en reconnaissant que, sans appui cantonal, la proposition lausannoise resterait pure provocation.

Alors, simple coup d’épée dans l’eau? Pas si sûr. En novembre dernier, le Grand Conseil vaudois votait déjà une initiative enjoignant son gouvernement à plaider auprès de l’Assemblée fédérale en faveur d’une formation professionnelle des jeunes clandestins. Et ce mercredi 3 mars, journée consacrée à la politique migratoire de la Confédération, le Conseil national discutera trois motions allant exactement dans le même sens.

Ce qui importe, c’est que les choses bougent, même lentement. Nous ne pouvons pas continuer à fermer les yeux sur l’illégalité des sans-papiers quand cela nous arrange tout en refusant d’offrir des perspectives à leurs enfants au nom de cette même loi. Il y a des limites à l’hypocrisie.




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Tags: Clandestins, sans-papiers, Grand Conseil vaudois, municipalité de Lausanne, Amérique latine, Office fédéral des migrations Aller en haut de page Haut de page

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