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Adèle avec deux ailes

Par Blaise Calame - Mis en ligne le 22.04.2010

 

Paris, 1912. Adèle Blanc-Sec, jeune journaliste intrépide, embarque pour l’Egypte alors qu’elle était censée partir pour le Pérou. Elle ne fait jamais ce qu’on attend d’elle, mais fonce tête baissée, à l’instinct.

Occupée à piller la tombe de Ramsès II, elle ignore le drame qui se joue dans la capitale française, où un œuf de ptérodactyle vieux de 136 millions d’années a éclos au Jardin des Plantes: l’oiseau s’est envolé! L’enquête policière s’annonce délicate…


 

«Mademoiselle, vous prendrez bien une tasse de thé avant de descendre dans le tombeau?» interroge le guide égyptien. «Est-ce que j’ai une tête à boire du thé?!» s’indigne Adèle Blanc-Sec, campée par Louise Bourgoin. Le ton est donné. Adèle est une forte tête, moderne, émancipée, téméraire et souvent grossière, aussi. Bref, le contraire des femmes de l’époque, soit peu avant la Première Guerre mondiale. «C’est une des rares héroïnes de BD qui ne soit pas idiote ou sexy», souligne son interprète, Louise Bourgoin.

«Adèle est une anarchiste», insiste Tardi, le dessinateur qui l’a imaginée. En Egypte, au début du film, elle apparaît comme une sorte d’Indiana Jones au féminin, mais objectivement elle souffre de la comparaison…

Pas commode du tout, Miss Adèle. «Au fait, lui demande un policier, vous l’écrivez avec deux l?» «Non, je n’ai que deux jambes», réplique-t-elle. Fan du personnage depuis dix ans, le cinéaste Luc Besson a convaincu Tardi de lui confier son héroïne, dont les aventures en BD ont commencé en 1976. A 64 ans, il la voit enfin débouler sur grand écran, sans bouder son plaisir, dit-on. L’exercice était pourtant délicat.


 
Si le film dans son ensemble reste un divertissement agréable, valorisé par des dialogues très second degré et les stupéfiants effets spéciaux numériques qui animent les momies et le ptérodactyle, l’ensemble manque de rythme – les séquences en voix off du début n’ont pas la nervosité jubilatoire de celles pourtant cousines d’Amélie Poulain –, de climat, de profondeur surtout. L’atmosphère début de siècle de la BD, à la croisée des chemins entre Jules Verne et Arsène Lupin, fait ici cruellement défaut et les performances des seconds rôles – Lellouche surtout, impeccable en limier rondouillard – ne suffisent pas à transformer l’essai de Besson. Les inconditionnels de Tardi ne crieront pas au scandale, mais ils seront déçus.
 


 

LA BD AU CINÉMA

N’en déplaise à Luc Besson, fan de Tardi et d’Adèle Blanc-Sec, cinéma et BD font rarement bon ménage, excepté en dessin animé.

Que dire des kitschissimes aventures de Tintin dans les années 60, sinon qu’on espère que Spielberg les fera oublier avec son très attendu Temple du soleil. Lucky Luke, Gros Dégueulasse et les Bidochon n’ont jamais convaincu en chair et en os, pas plus qu’Astérix et Obélix, sauf revus et corrigés par Alain Chabat, mais son univers était-il vraiment comparable à celui d’Uderzo?

A de très rares exceptions – on songe au cultissime Barbarella avec Jane Fonda en 1964, voire aux films d’Enki Bilal –, la BD francophone perd son sens au cinéma.


 

Aux Etats-Unis, après quelques tentatives inabouties au début des années 80 – Popeye, de Robert Altman, Superman, Flash Gordon, voire Dick Tracy –, il a fallu attendre l’avènement des effets spéciaux numériques pour que les superhéros des catalogues Marvel ou DC Comics (Spider-Man, Batman, Hulk, Daredevil, etc.) parviennent enfin à conquérir le grand écran, et avec eux les grands romans graphiques tels Sin City, The Spirit ou encore V pour Vendetta.

En Europe, en revanche, on reste sur sa faim. Certes, le dessinateur Joann Sfar a signé une jolie tentative avec son Gainsbourg, une vie héroïque et XIII et Largo Winch ont fait de sympathiques téléfilms, mais face au projet de La Marque jaune d’après Blake et Mortimer, actuellement en chantier outre-Manche, on serre les dents



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Tags: Cinéma, Luc Besson, Adèle Blanc-Sec, Louise Bourgoin Aller en haut de page Haut de page

 

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