Il a suffi que le multicoque d’Ernesto Bertarelli déploie ses voiles de géant sur le Léman un beau samedi de fête nationale pour que le public oublie les polémiques et retrouve la passion d’une aventure sportive et technologique hors norme. La Coupe de l’America est relancée.
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Laurent Favre - Mis en ligne le 04.08.2009
«Génial! C’est génial!» Ernesto Bertarelli a les yeux brillants d’un enfant. Sa vision du catamaran géant Alinghi 5 paradant sur le Léman d’Ouchy au siège de la Société nautique de Genève, était un trait de génie. D’un coup d’un seul, le «commodore» du Team Alinghi a balayé toutes les critiques. Elles reviendront peut-être car l’opinion publique est plus changeante que les vents du Léman mais, en ce jour de fête nationale, il n’y avait que de l’étonnement et de l’admiration.
Qu’importe le nombre exact et qu’importe si ces milliers de fans ou de badauds déployés sur le parcours soient venus tout exprès ou s’ils ont simplement abandonné un instant leurs grillades pour admirer le géant du lac. Le multicoque entouré de dizaines de coquilles de noix ballottées par les remous est une image qu’ils n’oublieront pas. Engluée dans des querelles juridiques interminables, l’épopée d’Alinghi n’avait dévoilé ces dernières années que sa partie sombre.
Le public en avait oublié l’essentiel: cette aventure hors norme est à la fois une performance sportive digne des exploits de Roger Federer, un concentré de technologies qui fédère deux cents sociétés suisses et un morceau d’histoire nationale au même titre que le mésoscaphe de Jacques Piccard.
La parade du 1er Août sur le Léman a magnifié l’exploit sportif et le défi technologique du bateau suisse.
Comme dans toutes les bonnes pièces de théâtre, l’acte V a tout bouleversé. Il n’y avait plus sur l’eau qu’un spectacle beau, grand, fort et simple, qui emporte l’adhésion au-delà des doutes et des scepticismes comme le firent les coureurs du Tour de France sur les routes de Fribourg, de Vaud et du Valais à la mi-juillet. Il a suffi qu’Alinghi déploie ses ailes, à la manière de l’albatros de Baudelaire. «Exilé sur le sol au milieu des huées, ses [voiles] de géant l’empêchent de marcher.»
Alinghi doit gagner désormais (par hélicoptère) sa base de Gênes pour les régates d’entraînement. La compétition proprement dite aura lieu en février 2010, probablement dans le golfe Persique, peut-être à Abou Dhabi. Réponse attendue en fin de semaine.