En 1895, Röntgen découvrait un peu par hasard la radiographie. Il fut le premier homme à voir les os de sa main, et gageons qu’il ne se doutait pas que, cent ans plus tard, l’imagerie médicale permettrait de voir battre le coeur, d’observer le métabolisme du cerveau et même de suivre presque en direct l’action d’un médicament sur les molécules d’un organe.
Le Pr Osman Ratib, chef du département d’imagerie et des sciences de l’information médicale aux HUG, qui a lui-même commencé sa carrière avec les radios standard, est l’un des scientifiques qui ont contribué de manière décisive à cette avancée, en travaillant sur le mariage de l’imagerie et de l’informatique. Avec le radiologue des HUG Antoine Rosset, auteur des images ci-dessus, et l’informaticien Joris Heuberger, il a en effet conçu le logiciel OsiriX, l’outil d’imagerie médicale le plus évolué du monde, et le moins cher, puisque ses trois pères l’ont mis gratuitement à disposition de la communauté médicale!
A partir des milliers de coupes réalisées par un simple scanner noir-blanc, OsiriX reconstitue votre corps en 3D et en couleur. Mieux: il crée une quatrième dimension et même une cinquième. «En 4D, on ajoute le temps. La vitesse d’acquisition des images est telle qu’elle permet d’observer des processus comme les contractions du coeur, explique le médecin. Et en 5D: grâce au développement des techniques d’imagerie utilisant des radiotraceurs, on ajoute le métabolisme.»
«Médicalement, c’est une révolution et, assure Osman Ratib, elle n’en est qu’à ses débuts. Le médecin de demain ne pourra pas imaginer qu’on a fait de la médecine sans voir les molécules dans le corps.»
Mais les clones générés par OsiriX ont encore une sixième dimension, esthétique, artistique, et c’est celle-ci surtout que le spécialiste genevois a choisi de mettre en évidence dans le livre qu’il vient de publier chez Favre, Le corps et son image. Au fil des images, dans un jeu coloré de transparences et d’opacités, le corps se livre couche par couche. Troublant et fascinant.