Recherchez
« Article précédent Article reportages n°74/94 Article suivant »
COUPLE
UN MARIAGE ARRANGÉ
Le fier Altaï vivait au Tierpark de Berlin. La belle Milla, au zoo finlandais d’Ähtäri. Pour les réunir à Servion (VD), dans un parc tout neuf, on leur a fait traverser l’Europe, lui en camionnette, elle en avion. «L’illustré» a suivi leur périple.

Par Mireille Monnier - Mis en ligne le 08.10.2010

Lundi 27 septembre. Il pleut des cordes sur Berlin. Mais Roland Bulliard s’en moque. Hier, il a traversé la Suisse et l’Allemagne, presque 1000 km en camionnette, pour être ce matin au Tierpark de Berlin. C’est là, dans le plus grand parc zoologique d’Europe, vaste de 160 ha, que le directeur du zoo de Servion a rendez-vous avec la première moitié de son rêve: Altaï, fils d’Omar et Sayan, une somptueuse panthère des neiges, née le 25 avril 2009. Et tandis qu’il s’approche de son enclos, dans le zoo finlandais d’Ähtäri, l’autre moitié de son rêve, la belle Milla, née le 29 mai 2009, est loin de se douter que, dans trois jours, elle prendra l’avion pour Genève.

Ce rêve, ça fait quinze ans que Roland le partage avec son oncle Charles Bulliard, qui a cofondé le zoo de Servion en 1974, et c’est grâce à la Coop qu’il peut enfin le réaliser. Dans le cadre d’un projet de développement durable, incluant une amélioration des transports publics de la commune de Servion et un chauffage plus écolo pour le Tropiquarium, Roland a reçu les fonds pour transformer sa dernière parcelle de terrain en paradis pour panthères des neiges. Deux box intérieurs vitrés de 25 m2, un box de naissance et de soins, et un parc extérieur de 1700 m2 qui reproduit au mieux l’environnement naturel de ces félins himalayens. Une contribution acceptée et saluée par le programme d’élevage des zoos européens qui vise à la préservation de cette espèce menacée.

UNE ANESTHESIE SURPRISE

Quand Roland arrive à Berlin, après avoir travaillé d’arrachepied jusqu’à la dernière minute, le parc est presque prêt. Il en aura coûté un demi-million. Mais, lorsqu’il pose pour la première fois les yeux sur Altaï, sûr qu’il ne regrette ni ses efforts ni ses nuits d’insomnie. La partie est néanmoins loin d’être finie.

Sous la joie, le stress est bien là. Il va falloir endormir, brièvement, la panthère pour la mettre dans sa caisse de transport et une anesthésie n’est jamais sans risque; c’est d’ailleurs toujours un vétérinaire qui la pratique.

«Altaï est vraiment le plus cool des félins que j’ai rencontrés»
Roland Bulliard

Après discussion avec les responsables du Tierpark, la décision est prise d’anesthésier Altaï en fin d’après-midi, pour qu’il puisse passer la nuit dans sa caisse et se l’approprier, avant d’affronter le stress de la route mardi matin. A 16 heures, il est isolé dans le box de naissance et de soins et là, le zoo s’est montré inflexible: pas de photos et même pas de directeur du zoo de Servion! Augmenter le stress de l’animal, c’est prendre le risque de devoir augmenter le dosage de la piqûre.

Dix minutes plus tard, Altaï est dans sa caisse, portée par quatre hommes. C’est qu’elles sont lourdes, les caisses de transport, avec leur armature de métal. La panthère des neiges, elle, est un petit félin: elle fait au maximum 50 kg et Altaï est plus près de 40. On l’installe dans la camionnette et, surprise: il est on ne peut plus éveillé. Le nez collé à la grille, il observe tout. Même pas peur!

«Il n’a pas fallu l’endormir, se réjouit Roland Bulliard. Ils l’ont mis dans le box de naissance auquel ils ont abouté la caisse et sa gardienne a réussi à l’inciter à y entrer. C’est fou! Même si les panthères des neiges sont les moins agressifs des félins, il est vraiment cool.»

UN ARRÊT TOUTES LES DEUX HEURES

N’empêche. Dès le lendemain matin, 6 h 15, à l’heure de prendre la route du retour, nous ne verrons plus du beau mâle qu’une boule de fourrure avec deux grands yeux gris sable tapie au fond de la caisse: son territoire, long de 1 m 50, pour 80 cm de haut et 73 de large. Toutes les deux heures, Roland Bulliard et son copilote, le chef animalier de Servion, Damien Busset, feront halte pour vérifier qu’il va bien, qu’il a de quoi boire. Manger n’est pas au menu. Un félin stressé peut jeûner dix jours.

Neuf heures de route plus tard, la douane de Bâle. La panthère des neiges, protégée par la Convention de Washington, est l’une des espèces les plus menacées de la planète; selon l’estimation la plus optimiste, il resterait 6590 individus dans l’immense territoire, réparti sur douze pays d’Asie centrale, qu’occupe Uncia uncia. Alors, la paperasse qu’il faut pour transporter cette créature, surtout quand on ne fait pas partie de l’Europe! Et, bien sûr, un vétérinaire pour s’assurer qu’il s’agit de la bonne espèce et du bon animal – en tout cas sur les papiers, car vérifier la puce électronique d’un félin éveillé, c’est délicat, d’autant que le lecteur ne peut pas traverser l’armature métallique de la cage. Comme il n’y a plus de contrôle vétérinaire systématique à Bâle, rendez-vous a été pris avec un homme de l’art, qui doit venir exprès. Mais voilà, il n’est pas là, il viendra à Servion plus tard. On reprend la route au bout d’une heure et quart, temps de passage très favorable, selon Roland Bulliard.

A l’arrivée, vers 19 heures, famille et amis venus accueillir Altaï se posent la même question: combien de temps lui faudra-t-il pour oser quitter la sécurité de sa caisse et entrer dans son nouvel enclos? Et là encore, Altaï déjoue tous les pronostics: en trois minutes, il passe de sa caisse au box de naissance et pointe son nez à l’entrée de l’enclos intérieur vitré.

QUAND MILLA RENCONTRE ALTAÏ

De quoi filer la honte à la finlandaise Milla, qui mettra trente-trois minutes pour lâcher sa caisse le surlendemain, et encore, Roland Bulliard a-t-il dû l’y pousser en agitant la paille de sa litière avec un bâton. Mais la belle avait des circonstances atténuantes: même s’il n’a pas fallu l’endormir non plus au départ, son voyage en soute, d’Helsinki à Genève avec escale à Francfort, était plus stressant que celui d’Altaï. Et son enclos à Servion portait l’odeur du mâle qui l’avait provisoirement occupé. Or, dans la nature, les panthères des neiges sont des solitaires; en dehors des périodes de rut, les rencontres peuvent être chaudes!

Milla et Altaï devront donc se contenter de s’apercevoir à travers la petite porte grillagée, percée dans le mur qui sépare leurs enclos intérieurs. Quand chacun se sera approprié son local, Roland Bulliard les fera sortir à tour de rôle dans le parc, pour qu’ils puissent marquer, se sentir, s’apprivoiser du nez, jusqu’à ce qu’ils semblent prêts à se rencontrer. Il parle d’une quinzaine de jours, mais on a vu qu’avec Altaï et Milla, les prévisions sont difficiles.

Inauguration publique de l’enclos des panthères des neiges à Servion les 9 et 10 octobre prochains. Renseignements: www.servion.ch



Partager: Partager sur Facebook Partager sur Delicious Ajouter aux favoris Google Ajouter aux favoris Yahoo! Partager sur Twitter Partager sur Yahoo Buzz Partager sur Myspace  


Tags: animaux, panthères des neiges, Altaï, Milla, Tierpark, parc de Servion, Vaud Aller en haut de page Haut de page

 

VOUS ALLEZ CRAQUER EN REGARDANT ALTAI, À TROIS MOIS

A lire aussi

REPORTAGE

Au pays de l’ours

Au fil de ses apparitions, l’ours des Grisons a établi une relation étroite avec la population de Basse-Engadine. M13 le curieux suscite l’espoir d’une cohabitation tranquille. Récit. »


FRANÇOIS HOLLANDE

L’homme qui ne devait pas être président

On le surnommait Flamby, le Grand Méchant Mou ou Monsieur Petites-Blagues. François Hollande a été élu, dimanche 6 mai, président de la République française. Un destin à part. »


AZERBAÏDJAN

La route du pétrole

Près de 40% du pétrole de Suisse provient de la mer et des terres d’Azerbaïdjan. Le groupe Socar, compte renforcer sa présence dans toute l’Europe. Reportage. »

Page générée en 577 ms.