Athina veut sacrifier Skorpios
C’est là que reposent son grand-père Aristote et sa mère Christina. Mais Athina voudrait vendre cette île des rêves anciens devenus tragédies. Sa famille, aujourd’hui, c’est Doda, son époux brésilien, et l’enfant qu’ils souhaitent avoir dans trois ans.

Par Laurent Favre - Mis en ligne le 19.08.2009

Même en temps de crise, même pour 165 millions de francs, vendriez- vous la terre où sont enterrés votre mère, votre oncle, votre grand-père et sa soeur? C’est ce que voudrait faire Athina Onassis. La jeune milliardaire (24 ans), élevée à Lussy-sur-Morges, aurait mis en vente l’île de Skorpios, dans la mer Ionienne, que son grandpère, l’armateur milliardaire Aristote Onassis, avait achetée pour Jackie Kennedy. Sortie le 9 août dernier dans un journal britannique, l’information, comme d’habitude, n’a été ni confirmée ni démentie par Athina.

C’est sur Skorpios, entre les plantations d’oliviers centenaires et le chant des cigales, que le vieil Onassis se reposait de la folie du monde. C’est de là qu’il causa un séisme planétaire en épousant la veuve du président américain, faisant de sa réussite une légende. Jackie y décora une villa à son goût, la célèbre «maison rose». Elle y revint souvent, de nouveau veuve, avec ses enfants Caroline et John-John. Christina, la mère d’Athina, aimait également beaucoup ce coin de paradis privé où les pins, les cyprès et les genévriers plongent dans une eau d’un bleu de cobalt.

L’île est aujourd’hui entretenue par des femmes de ménage, mécaniciens, marins, jardiniers. Cette armée des ombres veille sur un lieu chargé de souvenirs. Une vieille servante vient chaque semaine à l’ombre de la petite chapelle Panagitsa changer les fleurs et allumer une chandelle sur les tombes de marbre blanc de quatre Onassis: sa mère, Christina, son oncle Alexandre (décédé à 24 ans dans un accident d’avion), son grandpère, Aristote, et sa grandtante, Artemis.

L’impossibilité d’une île

C’est Athina qui paie, environ 1,5 million de francs par an. Elle y fut baptisée mais depuis qu’elle est en âge de décider, elle n’y a plus remis les pieds. A 10 ans, elle couchait déjà sur le papier son voeu de se débarrasser de l’île et de tout le reste, cette fortune insensée qui avait été la cause de tant de malheurs. Skorpios ou l’impossibilité d’une île…

La vente de Skorpios, non officielle à ce jour, accrédite l’idée qu’Athina coupe tout lien avec son passé en relation avec le nom Onassis. Elle a liquidé propriétés et biens en Grèce et n’a pas lutté pour reconquérir la présidence de la Fondation Onassis, confisquée par un groupe de gestionnaires proches du pouvoir politique grec, quand bien même il est clairement stipulé que la fondation doit être dirigée par un ou une Onassis.

Les Grecs ont repris espoir lorsqu’elle a fait ajouter Onassis à son nom d’épouse, organisé un concours hippique en mémoire de sa mère à Athènes et entrepris des démarches pour que son mari, le cavalier brésilien Alvaro Doda de Miranda puisse concourir aux JO pour la Grèce. Mais le ministre grec de l’Intérieur, un proche du président de la Fondation Onassis, refusa au mari d’Athina une naturalisation pourtant octroyée sans problème ni scrupule à bien d’autres sportifs. La réaction d’Athina fut radicale. Lors de la soirée de gala du concours, elle snoba les 500 invités issus de la haute société athénienne pour dîner seule avec Doda. Elle vendit dans la foulée une propriété à Glyfada, un chalet à Saint-Moritz et, l’an dernier, les bijoux de sa mère.

Elle a coupé également avec ses derniers parents grecs, notamment sa tante Marilena Patronikolas, qui l’avait hébergée chez elle lors d’un séjour à Athènes en 2000. En revanche, il semble qu’elle ait renoué avec ses demi-frère et sœurs Eric, Sandrine et Johana. Elle leur rendrait visite assez régulièrement à Lussysur-Morges, toujours sans Doda.

«Nous voulons un fils»

Aujourd’hui, le monde d’Athina est au Brésil; sa famille s’appelle de Miranda et elle a échangé son royaume pour un cheval. Sa vie est une routine de sportive d’élite. Lever à 6 h 50, petit-déjeuner (céréales, pain complet, fruits) avec Viviane, la fille de Doda (née de son précédent mariage avec le mannequin brésilien Sibele Dorsa). Une fois Viviane déposée à l’école, le couple part entraîner ses vingt chevaux de compétition. «J’en entraîne huit ou neuf, Athina cinq, durant sept heures par jour, a raconté Doda le mois dernier au magazine brésilien Gente. A 16 h 30, nous retournons chercher Viviane et nous rentrons à la maison. Le soir, nous mangeons beaucoup d’hydrates de carbone, des salades et du poisson. Athina est très disciplinée.»

Début août, elle a organisé son désormais traditionnel concours international de sauts d’obstacles, non plus à São Paulo mais à Rio de Janeiro, où elle a investi 9 millions de francs dans la rénovation des installations de la Société hippique locale. «Nous vivons à São Paulo mais Rio apporte une image glamour incomparable. Nous en avons besoin pour développer l’équitation au Brésil», a justifié Doda au magazine Gente. Durant la compétition, Athina a été vue s’entraînant et papotant avec une autre écuyère fortunée: Charlotte Casiraghi. «Elles sont amies», a confirmé Doda.

Le mari d’Athina a également confirmé leur désir commun d’enfant. «Nous aimerions avoir un fils, mais d’ici à trois ou quatre ans. Athina vient de se classer deuxième de l’étape du global champion tour à Monaco. Elle est en pleine ascension et cela briserait sa carrière. Pour le moment, ma femme se réalise avec Viviane, qu’elle élève comme sa propre fille. Mais nous aimons les enfants et nous voulons avoir un fils.» Pas de doute: Athina a toujours su ce qu’elle se voulait.


Mariage, baptême, enterrements: l’île est la mémoire des Onassis


«Qu'importe ce qu'elle fait, le mythe demeure»

Ancien porte-parole d’Athina, qu’il a côtoyée durant plusieurs années, le conseiller et écrivain grec Alexis Mantheakis raconte le mythe Onassis vu depuis la Grèce.




Athina a-t-elle rééllement mis en vente l'île familiale de Skorpios?

Je ne peux pas l’exclure, mais ce n’est encore qu’une rumeur.

Vous êtes l’une des rares personnes à avoir pu vous y promener.

L’île est totalement privée, excepté deux petites plages clôturées qui sont ouvertes au public. Une manière de ne pas violer la loi tout en préservant l’intimité des propriétaires. «Venez sur l’île mais restez là où l’on vous y autorise.»

Comment réagirait l’opinion publique grecque si l’île était vendue à Madonna, Roman Abramovitch ou Bill Gates, trois acquéreurs potentiels?

On en parle chaque été, mais Madonna n’a pas assez d’argent pour s’offrir l’île. Après, que ce soit Bill Gates ou un Grec, les gens seront tristes que l’île ne soit plus associée au nom d’Onassis. Skorpios a un statut très spécial dans la culture grecque, on l’identifie à la période la plus glamour de notre histoire contemporaine.

Sur votre blog, vous écrivez que le nom Onassis fascine toujours en Grèce, «peut-être même encore plus aujourd’hui qu’à l’époque d’Aristote». Pourquoi?

Aristote Onassis était un milliardaire qui faisait des affaires et des fêtes. Sa petite-fille incarne le mystère et la tragédie. C’est un mythe beaucoup plus profond, que j’ai contribué à entretenir à l’époque où je la protégeais de certaines influences en Grèce et qu’elle accroît encore en restant silencieuse et recluse.

Les Grecs la considèrent-ils encore comme «notre Athina»?

Ce qu’elle a fait récemment a pu ne pas plaire mais les Grecs gardent en réserve encore beaucoup d’amour et de bienveillance à son égard.

Dans votre livre, écrit en 2005*, vous imaginiez trois options pour elle: devenir une grande bourgeoise comme sa bellemère; une jet-setteuse internationale comme sa mère; une femme d’affaires comme son grand-père…

J’avais tort, elle a choisi une quatrième option: vivre une vie recluse, muette, à l’abri de toute fonction ou responsabilité, hormis celles liées à l’équitation.

* «Athina Onassis, dans l’oeil du cyclone», Editions Favre.