Recherchez
  • Home
  • > Au bout de l’enfer, Jean-Edouard a retrouvé les siens, vivants!
« Article précédent Article actualité n°145/567 Article suivant »
Haïti - Le reportage
Au bout de l’enfer, Jean-Edouard a retrouvé les siens, vivants!
Demi-frère d’Alizée Gaillard, la top-modèle valaisanne, Jean-Edouard Rigaud a passé une semaine à rechercher des membres de sa famille dans la ville suppliciée de Port-au-Prince. Un voyage extrême que le Genevois d’adoption a vécu comme un cauchemar.

Par Christian Rappaz - Mis en ligne le 19.01.2010
«On croyait avoir tout vu, tout subi: les coups d’Etat, les cyclones, les ouragans, les éboulements, les inondations… Et voilà que le pays s’enfonce une fois encore dans la tragédie.» Déprimé, à bout de forces et de nerfs après cinq jours passés à rechercher les siens à travers un vaste champ de désolation, Jean-Edouard Rigaud pose un regard sombre sur Port-au-Prince. De la maison de Lucien, le père qu’il partage avec Alizée Gaillard et une vingtaine d’autres frères et sœurs, perchée sur le balcon de Pétionville, le Genevois ne reconnaît plus la cité qui l’a vu naître, il y a quarante ans. Le tremblement de terre l’a éventrée, défigurée. L’odeur de la mort prend à la gorge. Les corps abandonnés jonchent les rues, des cris de blessés pris au piège sous des bâtiments effondrés hantent les nuits. «C’est devenu une ville cadavre. Un énorme camp de réfugiés doublé d’un cimetière à ciel ouvert. Je suis écœuré», soupire-t-il, au bord des larmes.

Yaya, comme le surnomment ses amis, avait 8 ans quand sa mère, Neuchâteloise, a rallié la Suisse. Mais il n’a rien oublié. «En tout, j’ai passé plus de vingt ans à Haïti», détaille-t-il. Alors, quand Philippe, son cousin de New York, lui a téléphoné mardi à minuit pour lui annoncer la nouvelle du séisme, son sang s’est glacé. «J’ai d’abord pensé qu’il exagérait. Hélas, j’ai dû très vite me rendre à l’évidence.» C’est un autre appel en provenance de la Grande Pomme, d’Alizée cette fois, sa demi-sœur dont il est particulièrement proche, qui finira de le convaincre de la gravité de la situation. «Je l’ai sentie profondément choquée, presque paniquée. Elle tentait depuis des heures de joindre notre père et nos parents restés là-bas. En vain. Dès ce moment, j’ai senti que je devais y aller. Pour elle, pour Gaëlle-Valentina, ma fille de 13 ans dont la maman, Tamara, est restée au pays. Pour tous mes frères et sœurs disséminés aux quatre coins du monde.»

Alizée: «Dès que je peux, j’y vais!»

En quarante-huit heures, Jean-Edouard est dans l’avion. Une équipe de L’illustré l’accompagne. Alizée profite de l’escale à New York, où elle donne un nouvel élan à sa carrière, pour le rejoindre quelques heures. Séquence émotion. Mais les traits de la jeune fille sont tirés, trahissant trois jours d’angoisse. Peu avant son départ pour l’aéroport, elle a appris qu’Amadéo, son premier amour de Port-au-Prince, où elle a passé les huit premières années de sa vie, avait perdu sa mère dans la catastrophe. Mais au-delà des parents, des amis, c’est pour Haïti que son cœur saigne. «Lorsque j’y suis retournée, il y a trois ans, pour revoir mon père, je me suis sentie chez moi», confie-t-elle. Charmée. Révoltée aussi. «Toute cette misère dont tout le monde se fiche, ça m’a bouleversée. Et voilà maintenant que le destin s’acharne encore», se désole la top-modèle d’Euseigne (VS), prête à s’engager à fond dans sa nouvelle mission d’ambassadrice de l’association humanitaire Caritas. «Pour l’instant, mettre mon image à sa disposition est le meilleur moyen pour moi d’aider les Haïtiens. Mais, dès que je peux, j’y vais!»

A peine débarqué de l’hélicoptère qui l’amène de Saint-Domingue à Port-au-Prince, Jean-Edouard est atterré par les témoignages et l’étendue des destructions. Et pourtant, il ne le sait pas encore, la Providence lui a fait une fleur: aucun des membres de sa famille n’a péri. Un miracle à répétition, qu’il découvre ébahi au fil d’une recherche frénétique qui durera cinq jours: sa petite sœur Elisabeth a quitté sa chambre une seconde avant qu’elle ne s’effondre. Son ex-belle-mère, Josée Irène, dont l’école mitoyenne avec son petit hôtel s’est effondrée avec 300 élèves à l’intérieur, est indemne. Tamara, elle, a vu un bâtiment s’effondrer sur elle et ne sait pas comment elle en a réchappé. «Ensuite, j’ai marché près de sept heures, sans boire, dans la poussière et les gravats, au milieu des cadavres et des blessés hurlant leur douleur», raconte-t-elle. Au bout de son calvaire, elle retrouvera la maisonnette qu’elle partage avec une amie presque totalement détruite. Elle a depuis trouvé refuge chez une voisine qui a recueilli une quinzaine de rescapés, sans aide, sans électricité, avec une petite réserve d’eau et de riz, passant ses nuits à même le sol dans la cour de la petite habitation. «Jusqu’à quand? Je n’en ai aucune idée. Personne ne sait quand ils nous amèneront de l’eau, quand nous pourrons reprendre le travail, si nous pouvons le reprendre», s’inquiète Tamara, secrétaire dont le revenu mensuel net dépasse à peine les 20 000 bourdes, l’équivalent de 300 francs.

Il y a aussi Lucien, 74 ans, le père d’Alizée. Sa villa, accrochée à la colline de Pétionville, quartier autrefois huppé de la capitale martyre, a bien résisté, contrairement aux maisons de tôles, de planches ou de briques alentour. Gilbert, l’un de ses trois fils, est sorti vivant de ce qui semblait être son tombeau. Un bloc de béton lui a cassé net tibia et péroné. «Mais, dans mon malheur, j’ai encore eu de la chance. Un bâtiment de six étages s’est effondré devant moi sans m’atteindre. Ma jeune voisine, elle, n’a pas été épargnée. Enceinte de sept mois, elle a perdu son bébé, tué par une pierre tombée sur son ventre», explique-t-il, allongé sur le macadam d’un parking que Médecin sans frontières a transformé en hôpital de fortune deux jours après le drame. Suisse par sa mère zurichoise, Gilbert a demandé d’être acheminé vers notre pays afin d’y être opéré et soigné. Sans succès. «L’ambassade a dit qu’elle s’occuperait de moi, mais elle n’a rien fait, peste-t-il, dans un long rictus de souffrance. On me donne des antidouleur. C’est tout. Un médecin m’a dit que mon cas était bénin, qu’il y avait des milliers de personnes dont les blessures nécessitaient une intervention beaucoup plus urgente que la mienne.» La visite de Jean-Edouard, son demi-frère, a quelque peu regonflé son moral.

De l’autre côté de l’océan, à Genève, Gaëlle-Valentina revit: sa mère, qu’elle n’avait pas revue depuis trois ans, est en bonne santé. Et la jeune fille se réjouit de la solidarité de sa classe de huitième A, au cycle des Voirets. Son père, optimiste de nature, qui retrouvera bientôt le marché aux puces de Plainpalais et son activité à temps partiel de correspondant d’une radio privée haïtienne aux Nations Unies, choisit pour sa part une sortie positive. «A quelque chose malheur étant toujours bon, le tremblement de terre aura au moins appris aux gens à ne plus confondre Haïti avec Tahiti», lance-t-il, un brin sarcastique, avant d’enchaîner, plus sérieusement. «Le rêve serait que cette tragédie permette au pays de repartir sur des bases plus sociales, plus justes, plus égalitaires.» En hommage aux dizaines de milliers de vies humaines emportées et pour lever enfin le terrible voile noir qui s’est abattu sur l’île dévastée.




Partager: Partager sur Facebook Partager sur Delicious Ajouter aux favoris Google Ajouter aux favoris Yahoo! Partager sur Twitter Partager sur Yahoo Buzz Partager sur Myspace  


Tags: Haïti, Jean-Edouard Rigaud, Alizée Gaillard, Port-au-Prince Aller en haut de page Haut de page

 

A lire aussi

Christa et Giovanni

Christa Rigozzi va se marier

Miss Suisse en 2006, la jolie blonde a quitté Fribourg pour emménager au Tessin et commencer une nouvelle vie aux côtés de Giovanni, l'homme de sa vie. »


Pour 50 000 francs

Cointrin, meurtre sur commande pour 50 000 francs

En 2008, Pierre S. est tombé sous les balles d’un tueur mandaté par sa femme et sa belle-mère. Elles ont avoué. Le tireur présumé clame son innocence. Son avocat vient de... »


Salon du livre

Les people qui écrivent

Raconter sa vie ou écrire un roman est à la mode chez les people. Beaucoup s’y sont essayés. Notre sélection. »

DOSSIER: SÉISME HAÏTI

SÉISME AU JAPON - DÉCRYPTAGE

900 fois plus puissant qu'à Haïti

Comment le Japon en est arrivé là? Explication du phénomène qui secoue l'archipel nippon et la planète depuis la semaine dernière. »


SWISS AWARDS

Ces Suisses qui font du bien

La jeune infirmière Marianne Kaufmann et le pédiatre Rolf Maibach ont été élus Suisses de l’année, samedi 8 janvier, pour leur action à Haïti. Des récompenses justifiées. »


CHOC

Haïti, le scandale

Neuf mois après le séisme, nos reporters sont retournés sur l'île dévastée. Le constat est accablant: plus d'un million et demi de personnes survivent dans des conditions catastrophiques. »


Le cri silencieux d’Haïti

»


HAÏTI

Titit Calixte, le visage de la catastrophe haïtienne

A cinq semaines de l’élection présidentielle sur l’île dévastée, «L’illustré» a retrouvé celle dont la photo a fait le tour du monde après le séisme du 12 janvier 2010. »


Jeu de piste

L’ENQUÊTE Sur les traces de Bébé Doc

Mais où est passé l’ex-dictateur d’Haïti? Chassé de son pays en 1986, Jean-Claude Duvalier se terre à Paris. Nous avons tenté de le retrouver. »


Notre planète

NOTRE PLANÈTE La Suisse et les séismes

Les tremblements de terre à intervalles rapprochés de Haïti et du Chili ont été tragiques et destructeurs. La Suisse pourrait-elle aussi être frappée? »


L'interview de Rony Brauman

L’INTERVIEW Regard de Rony Brauman sur la reconstruction d’Haïti

Le président honoraire de Médecins sans frontières estime que les secours ont été bien menés et espère que l’aide internationale tiendra ses engagements. »


Urgence

HAÏTI – LE REPORTAGE Le médecin Rolf Maibach au chevet d’Haïti

Le Grison soigne les plaies des corps et des âmes depuis bientôt quinze ans à l’Hôpital Albert-Schweitzer de Deschapelles. Rencontre marquante. »


Haïti - Le reportage

HAÏTI – LE REPORTAGE Il retrouve les siens vivants à Port-au-Prince!

Demi-frère de la top-modèle Alizée Gaillard, Jean-Edouard Rigaud a passé une semaine à rechercher dans l’angoisse des membres de sa famille au coeur de la ville suppliciée. »


Haïti - Les témoignages

HAÏTI – LES TÉMOIGNAGES Nancy Probst retrouve son père grâce à «L’illustré»

Native d’Haïti, elle était sans nouvelles de son père. Nos envoyés l’ont retrouvé vivant. Elle chante sa joie sur le site de «L’illustré». Ecoutez! »

Page générée en 1232 ms.