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Rescapés genevois
Au lieu de la plage, l'hôpital
Ils ont vu la mort en face. La famille Jacovangelo de Genève était dans l’avion de la compagnie Bangkok Airways qui, à l’atterrissage, a violemment percuté la tour de contrôle de Koh Samui, faisant un mort et plusieurs blessés. Ils témoignent pour la première fois.

Par Arnaud Bédat - Mis en ligne le 11.08.2009

Dans une chambre du seizième étage de l’International Hospital, à Bangkok, une famille genevoise essaie tant bien que mal de panser ses plaies et de reprendre goût à la vie. Ce sont de véritables miraculés. Le 4 août dernier, ils ont vu leurs vacances sur une île paradisiaque de Thaïlande se transformer en cauchemar, en l’espace de quelques secondes.

Mirella et Giuseppe Jacovangelo et leurs deux enfants, Elodie, 12 ans, et Luca, 8 ans, étaient à bord de l’avion de Bangkok Airways qui s’est écrasé à l’atterrissage contre une tour de contrôle désaffectée de l’aéroport de Koh Samui. Les images spectaculaires de cette nouvelle catastrophe aérienne, qui a fait un mort – le pilote – et 42 blessés, ont depuis fait le tour du monde.

«On est tellement heureux d’être encore tous là. C’est une joie indescriptible d’être en vie, malgré les blessures et les douleurs. Je n’ose pas imaginer si un seul de nous n’était plus là…» laisse tomber Giuseppe, au bord des larmes. Le visage cerné, assis à une table de la cafétéria de l’hôpital, il a peu dormi depuis les événements.

Jamais peur en avion

«Et moi qui n’avais jamais peur en avion», glisse-t-il. Calmement, il évoque d’abord ce voyage dans le Sud-Est asiatique qu’il préparait depuis près de six mois, explorant sans relâche les meilleurs plans sur le web. «La Thaïlande, explique cet employé de la banque ING à Genève, c’était pour nous le compromis idéal entre des vacances de plage et des visites culturelles.»

Le 23 juillet dernier, toute la famille, originaire des Pouilles, en Italie, mais établie en Suisse depuis de nombreuses années, embarquait vers l’ancien royaume du Siam sur un vol de Qatar Airways. Après avoir passé quelques jours à arpenter la mégapole de Bangkok, les Jacovangelo ont visité Chiang Maï, la fameuse Rose du Nord, puis la ville côtière de Krabi, dans le sud-ouest, d’où, le mardi 4 août, ils prendront le vol PG266 fatal vers l’île de Koh Samui, dans le golfe du Siam. C’est un ATR 72-500 biturbopropulseur de 68 places, livré en 2001 à la compagnie thaïlandaise.

«On occupait toute une rangée de l’avion, raconte Giuseppe. Avec mon fils, je me suis assis sur la droite, et mon épouse et notre fille ont pris place à gauche, avec les places 3A et 3B. Le vol s’est bien déroulé, mais à l’atterrissage, quand on a touché le sol très fort, j’ai eu la nette impression que l’avion roulait trop vite. On balançait à droite, à gauche, et après deux ou trois secondes, on s’est écrasé, explique-t-il. Je ne me souviens plus de ce moment, même si j’ai toujours été conscient.

«On a peur de reprendre l’avion pour rentrer en Suisse»

Je me rappelle avoir enlevé ma ceinture de sécurité, avoir regardé mon fils qui n’était pas blessé. Partout autour de nous, c’était un amas de tôles et de ferraille et de sièges enchevêtrés. J’ai soulevé mon fils et lui ai ordonné de sortir au plus vite. Puis j’ai cherché ma femme du regard, mais je ne la trouvais pas. Les gens derrière moi hurlaient que je devais évacuer. En sortant de l’avion, j’ai senti la pluie sur mon visage puis la mousse des pompiers…»

Mirella aussi se souvient: «J’ai eu tellement peur.» Couchée dans son lit d’hôpital, elle a le visage tuméfié et les deux jambes blessées. «Juste après le choc, je ne me rappelle pas avoir ressenti de douleur, même si mes jambes étaient coincées entre deux sièges, mais je me souviens en revanche très bien m’être retournée pour voir si Elodie était assise à côté de moi. A sa place, il y avait un homme, coincé entre deux sièges. Au-dessus, il y avait une autre personne blessée. Puis j’ai cherché mon mari et mon fils du regard, mais je n’arrivais pas à les voir. Alors, j’ai entendu ma petite fille appeler «Maman, maman!» et supplier qu’on lui donne à boire. «Water, water», disait-elle. Là, j’ai su qu’elle était vivante.»

«J’avais peur de ne plus revoir ma famille»

Mais grièvement blessée également, à une jambe et à l’épaule, le visage couvert d’hématomes. Une seule pensée envahit alors la maman, originaire de Gênes et assistante dans une crèche genevoise: «Pendant les quarante-cinq minutes que je suis restée coincée dans la ferraille de l’avion, j’avais la peur de ne plus revoir le reste de ma famille. Je respirais mal…»

Prises en charge par les secouristes, Mirella et Elodie seront d’abord emmenées dans un hôpital de Koh Samui avant d’être transférées le lendemain vers un hôpital ultramoderne de Bangkok. «C’est un vrai miracle qu’on s’en soit sorti, répète aujourd’hui Giuseppe. Je n’ai pas eu de pressentiment. On a encore pris des photos avant de monter dans l’avion. On souriait devant l’appareil et devant l’écran qui annonçait le vol. Depuis le drame, avec l’accord de ma femme, j’ai effacé toutes ces photos… Il fallait les évacuer de nos esprits.»

«On est tellement heureux d’être encore tous là. C’est une joie indescriptible d’être en vie, malgré les blessures»
Giuseppe Jacovangelo

Un psychologue est aussi venu les voir. «Il a parlé avec nous mais surtout avec ma fille qui évoque encore de temps en temps l’accident. Ma femme, elle, n’arrive pas à regarder les photos de l’accident dans les journaux… Et puis, ça va être dur d’affronter encore deux décollages et deux atterrissages pour rentrer à Genève.»

Mardi soir, en effet, toute la famille Jacovangelo devait embarquer sur un vol de Swiss à destination de Zurich. Deux infirmières, spécialement dépêchées de Suisse, venaient les rejoindre au Bangkok Hospital pour s’assurer du transport de Mirella et d’Elodie dans les meilleures conditions. L’idée de reprendre l’avion terrorise toute la famille, sauf Luca, qui semble avoir mieux supporté que les autres toute cette effroyable odyssée. «Luca se comporte comme si rien ne s’était passé, dit Mirella avec admiration. On verra comment il réagit dans le futur, mais mon petit bonhomme est vraiment très fort.»

Dimanche, Luca, qui a hâte de déguster de nouveau les pâtes de la nonna dont il raffole, a tenu absolument à goûter des sauterelles et des larves, spécialités locales bien connues, sous les rires de toute la famille qui ne quitte pas la chambre d’hôpital. «On a pris une grande leçon ici en Thaïlande, souffle encore Mirella. C’est incroyable de voir des gens aussi gentils, aussi souriants, qui ne demandent rien en retour. En Europe, on devrait apprendre un peu de tout ça…»



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Tags: famille Jacovangelo, Genève, Bangkok Airways, crash avion Aller en haut de page Haut de page

 

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