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Didier Cuche
Aux JO, ça va faire boum!
Succédant à Didier Défago, le Neuchâtelois triomphe de la terrible descente de Kitzbühel. Et fait même coup double en remportant le super-G la veille. Il était l’un des meilleurs, il devient une légende, à quinze jours de son grand rendez-vous olympique à Vancouver.

Par Laurent Favre - Mis en ligne le 26.01.2010
Bâle, au début du mois de décembre. Même s’il l’espérait sans doute secrètement, Didier Cuche se trouve un peu honteux au moment de recevoir le prix du sportif suisse de l’année 2009. «Moi, j’aurais voté pour Roger Federer. Il est devenu le plus grand tennisman de l’histoire. Je suis désolé.»

C’est qu’à l’époque le champion des Bugnenets n’est «que» le meilleur skieur de l’année. Sa double victoire – super-G vendredi, descente samedi – la semaine dernière à Kitzbühel, la Mecque du ski alpin, le propulse désormais parmi les géants de son sport, toutes époques confondues. «J’entre dans un cercle prestigieux», constata-t-il en conférence de presse, le regard un brin rêveur après avoir versé quelques larmes dans une aire d’arrivée ceinte par 40 000 fanatiques autrichiens qui lui réservèrent une ovation en forme d’hommage appuyé.

La piste qui fait peur

Cuche entre dans la légende. Et plutôt deux fois qu’une! Le Suisse réalise le doublé super-G - descente, comme Stephan Eberharter et Hermann Maier. Il remporte pour la troisième fois la descente réputée la plus difficile du monde comme les Autrichiens Karl Schranz et Franz Klammer, les Suisses Franz Heinzer et Pirmin Zurbriggen, le Français Luc Alphand. Il monte pour la neuvième fois sur le podium de Kitzbühel, une de plus que Hermann Maier. En descente, il signe la quatrième victoire de sa carrière et son seizième podium en 35 courses. «C’est le meilleur d’entre nous depuis trois ou quatre hivers», souligne le Norvégien Svindal. «C’est un immense champion, mais aussi le mec le plus sympa que je connaisse, ajoute l’Italien Werner Heel, surprenant troisième samedi. Didier donne toujours un conseil lors des reconnaissances, il tend toujours la main à celui qui le sollicite, explique pourquoi il faut prendre telle ligne dans la courbe.» Généreux, Cuche le fut aussi en offrant 30 000 francs aux sinistrés d’Haïti.

A Kitzbühel, ses conseils désintéressés n’ont pas de prix. La Streif est un monument du sport. Au même titre que le cap Horn ou la ligne droite des Hunaudières des 24 Heures du Mans, c’est l’un des rares endroits où les champions osent briser le tabou: oui, ils ont peur. Même s’ils ne l’avouent que bien après. «Honnêtement, révèle Pirmin Zurbriggen, la première fois que je me suis retrouvé tout en haut dans la cabane, je voulais faire demitour.» S’enfuir, Hermann Maier l’a fait, alors qu’il était leader de la Coupe du monde.

«C’est incroyable comme il a changé! Jeune, il s’énervait pour un rien; aujourd’hui, il est calme et posé»
Pirmin Zurbriggen

Il faut dire que le monstre est largement à la démesure de sa réputation. Ses parties clés sont autant de morceaux de bravoure que l’on égrène comme un grognard ses campagnes napoléoniennes. Voici la Mausefalle (souricière), qui vous envoie gicler 60 mètres dans les airs; le Hausbergkante et son dénivelé à 70%; le terrible dévers qui vous martèle les cuisses avant le schuss final à près de 140 km/h. Dans les bennes, qui portent le nom d’un ancien vainqueur, les vétérans chambrent la bleusaille. «Petit, ne défais pas ton sac! Ça sera plus simple pour te l’apporter à l’hôpital.»

Depuis deux ans, l’humour noir est passé de mode. En 2008, le Canadien McCartney fut pris de convulsions après sa chute dans l’aire d’arrivée. Et l’an dernier… Comment oublier la terrible chute de Daniel Albrecht? Carlo Janka, peut-être le seul à pouvoir rivaliser avec Cuche en ce moment, n’y arrive pas. A Kitz, le Grison aux nerfs d’acier, onzième, ne s’est pas livré totalement.

Baptême du feu

En 1996, on ne prédisait pas encore à Didier Cuche un destin à la Zurbriggen mais, comme son prestigieux aîné en son temps, le débutant romand ne voyait pas, dans la cabane de départ de la Streif, d’autre issue que la fuite. «Les conditions étaient délicates, la visibilité limitée. Sur les cinq premiers dossards, quatre ont été évacués par hélicoptère. J’ai vraiment flippé. J’ai pris le talkiewalkie et annoncé aux coachs que je ne voulais pas descendre. J’ai complètement perdu les pédales! Ils ont réussi à me calmer et je l’ai fait, terminant 21e à moins de deux secondes du premier.»

Ironie du destin, il se blessera grièvement cette année-là. Deux ans plus tard, de retour sur les pentes du Hahnenkamm, il signe sa première grande victoire, mais sur une descente sprint disputée en deux manches en raison de la visibilité insuffisante. Il s’impose à nouveau en 2008, sur une piste encore amputée de son tronçon supérieur, le plus impressionnant. Rien à redire cette fois-ci. «L’emporter avec un départ tout en haut, c’est quand même mieux», admet-il avec fierté et soulagement.

Au sommet de son art

Kitzbühel fait peur aux jeunes coureurs mais aussi aux anciens. «Aujourd’hui, je me dis qu’ils sont complètement fous de descendre là-dedans», sourit Franz Klammer, seul homme à s’être imposé quatre fois en descente. Seuls les champions au top de leur forme sont capables de dominer la montagne. «Plus on a confiance en soi, moins on a peur», résume le Français Luc Alphand. Samedi, Didier Cuche s’est dit: «Relax. J’ai plaisanté avec le physio, c’est la première fois que cela m’arrivait.» Le signe d’un contrôle total. «Didier est aujourd’hui au sommet de son art», constate Bernhard Russi.

Conservera-t-il ce pic de forme jusqu’à Vancouver? Kitzbühel était la dernière descente avant le premier grand rendez-vous olympique, le 13 février. «Avec trois victoires dans trois disciplines différentes cette saison, j’aurai trois cartes à jouer.» Et trois occasions d’entrer encore un peu plus dans la légende.




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Tags: Didier Cuche, ski, super-G, Kitzbühel Aller en haut de page Haut de page

 

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