Recherchez
  • Home
  • > Avoir 11 ans en 2009, c'est comment?
« Article précédent Article actualité n°553/567 Article suivant »
Génération pré-ados
Avoir 11 ans en 2009, c'est comment?
Les élèves de la 5PR2 ont 11 ans. Pile l’âge frontière, à mi-chemin entre enfance et adolescence. C’est pour cela que L'illustré les a choisis. Quel regard ces postenfants préados portent-ils sur eux-mêmes, sur la société, sur le monde? Dix-neufs d'entre-eux se confient.

Par Marie Mathyer - Mis en ligne le 15.07.2009

 

Ils sont dix-neuf, assis à leur pupitre face au tableau. Sur les murs, des phrases en allemand, la chronologie de l’évolution de l’homme, les règles de la vie en communauté. Un coin bibliothèque, quatre ordinateurs, un lavabo et le bureau d’Olivier, le maître. Cette classe de cinquième primaire est l’une des huit que compte l’établissement scolaire de Dombresson, 1628 habitants, à l’est du Val-de-Ruz, canton de Neuchâtel.
Les élèves de la 5PR2 sont tous nés en 1997 ou en 1998. Pile l’âge frontière, à mi-chemin entre enfance et adolescence. C’est pour cela que nous les avons choisis. Quel regard ces postenfants préados portent-ils sur eux-mêmes, sur la société, sur le monde? Mikaël, Kevin, Carole, Alex, Maxime, Maïté, Pauline, Amélia, Laure, Bastien, Nicolas, Elodie, Julie, Sacha, Sarah, Joël, Justine, Samantha et Morgane se sont prêtés au jeu de l’interview. Ils nous décrivent leur chambre, évoquent le rôle de leurs parents, disent avec leurs mots ce qu’ils pensent de l’école, des copains, de l’amour, de l’actualité et de ce qui leur fait peur pour demain.


La chambre

C’est leur espace. Un univers qui en dit long sur ce qui les passionne. Justine décrit la sienne: «Dans ma chambre, il y a des posters de chevaux. J’en ai même un au plafond, très grand. J’adore les chevaux.» Maxime: «J’ai des maquettes d’avions militaires, une peau de mouton, une peau de chèvre, une peau de renard, un ordinateur et une vitrine avec des fossiles. Et des affiches d’animaux. Mes préférés sont le fourmilier et l’ornithorynque.» Maïté: «Sur ma porte, j’ai un poster de Diddle (ndlr: une souris de dessin animé avec des grands pieds). Mais maintenant la mode, c’est Hello Kitty. J’aimais mieux Diddle, mais avec la mode, on est obligé de préférer le truc d’après, parce qu’on ne retrouve plus l’ancien dans les magasins.» Répartie de Maxime: «La mode, c’est un truc en voie d’extinction. Y a que ce qui est à la mode qui survit.»


 
Les parents

«Les parents doivent aider pour les devoirs. Ils doivent apprendre la vie à leurs enfants», affirme gravement Sarah. Bastien commente: «Un parent, ça doit soutenir son enfant et imposer des règles.» Mikaël: «Un bon parent, c’est un parent qui est sympa, respectueux, compréhensif et qui laisse une grande liberté.»
Et de quoi parlent-ils avec leurs parents? Comment les perçoivent-ils? «J’ai l’impression que, chez moi, on parle surtout des enfants et pas des parents, analyse Morgane. Ma mère veut savoir si j’ai un amoureux, mais j’aime pas en parler avec elle. Parfois, j’aimerais bien savoir comment mes parents vont, mais je n’ose pas demander. De toute manière, avec les adultes, on voit sur leur visage si ça va bien ou si ça ne va pas.» Laure: «On grandit, on devient plus indépendant, mais, du coup, mes parents me demandent sans arrêt si je suis heureuse, si j’ai des problèmes. Ils se font plus de souci qu’avant.» Julie constate que, «quand on devient plus grand, plus adolescent, on a moins envie de tout partager avec ses parents». «Si on a des problèmes ou qu’on a envie de parler, c’est mieux d’en parler aux mamans, qui s’y connaissent mieux et qu’on voit plus que les papas», ose Joël.


 
Les jeux vidéo et la télévision

«Des fois, je regarde des films avec ma famille et tout le monde pleure. Je ne comprends pas pourquoi. Ce que je regarde, ça ne me fait rien», s’étonne Nicolas. Maxime: «Je n’aime pas les histoires d’amour, les trucs de couples où il y a toujours des histoires.» Kevin: «Quand je serai grand, je voudrais être inventeur de jeux vidéo. J’y joue beaucoup, deux heures par jour, plus même des fois. J’aime les jeux de guerre, de combats. J’aime pas la guerre, mais j’aime jouer à la guerre. Je trouve qu’on voit bien que c’est pas pour de vrai.» Maïté nuance: «Moi, je n’aime pas jouer à la guerre, j’aime les jeux d’aventures. On sait que c’est des jeux, mais, des fois, on est tellement dedans qu’on y croit presque. On s’excite et on peut même avoir peur en vrai.»

L’école

C’est là qu’ils passent le plus clair de leur temps, mais, pour en parler, ils reprennent volontiers les termes de leurs parents: «On n’a que les neuf années d’école pour s’appliquer. Ce qu’on fait à l’école, ça va nous permettre d’avoir le travail et la vie qu’on veut», observe Sarah. Samantha: «L’école, ça doit nous permettre de trouver un travail intéressant. C’est plus important d’avoir un travail intéressant qu’un travail qui rapporte beaucoup d’argent.» «L’année prochaine, on devra vousoyer les professeurs. Moi, j’aime mieux dire vous aux grandes personnes. Ici, au début, de tutoyer Olivier, c’était difficile», se souvient Pauline.

L’amour

«Quand on est amoureux à 10 ans, on n’est pas vraiment amoureux. C’est plutôt quelqu’un qui compte, qui est spécial pour nous», glisse Pauline. Kevin confirme: «J’ai déjà eu une amoureuse. Mais, quand on est petit, ça ne dure jamais longtemps. On ne s’embrasse pas, on se regarde juste et c’est tout.» Sarah trouve que, «pour embrasser un garçon, on devrait attendre d’avoir 14 ans» et Maxime suggère que, «pour faire l’amour la première fois, il faut attendre 20 ans». Elodie: «Il faut attendre d’avoir fini l’école, vers 18 ans, pour embrasser vraiment, rouler une pelle, quoi. Avant, on doit se concentrer sur l’école et pas sur les garçons.» Amélia: «Je n’arrive pas à m’imaginer mariée, plus tard. C’est gênant, un peu, d’avoir des enfants. D’imaginer comment on fait. C’est un peu dégoûtant de penser au sexe pour l’instant.» Pauline: «Moi, j’aimerais avoir des enfants, mais pas en faire. Juste qu’ils soient là et puis c’est tout.» «Moi, j’aimerais me marier et avoir des jumeaux. D’ailleurs je regarde même les habits de bébés», avoue, presque gênée, Elodie.

L’actualité

Ils parcourent souvent les journaux, regardent le téléjournal. «J’ai lu l’histoire d’une fille de 13 ans qui est devenue maman. C’est n’importe quoi, elle ne va pas savoir comment s’occuper d’un enfant», s’inquiète Maïté. Pauline: «La politique, je n’y comprends rien, ce n’est pas pour mon âge. Mais j’ai vu qu’une dame, Valérie quelque chose, elle a giflé un policier. Ce n’est pas bien.» Amélia regrette que, dans les journaux, il n’y ait «que des choses tristes, de plus en plus de maladies, des choses qui ne devraient pas arriver. Avant, je faisais des cauchemars avec la grippe aviaire.» Alex s’indigne: «Un monsieur, il a enfermé sa fille pendant vingt-quatre ans, et il lui a fait des enfants. On a regardé ça avec mes parents à la télévision. C’est dégueulasse!» L’actualité est parfois source d’angoisse. Pour Samantha, c’est «flippant! On voit qu’il arrive plein de choses à des enfants.» Justine: «Je regarde les faits divers, comme l’histoire de Lucie, et ça fait peur que ça nous arrive à nous.» Kevin: «Moi, je ne comprends pas comment c’est possible que des adultes tuent des enfants, s’ils les aiment.» Nicolas avance une hypothèse: «Je pense que les parents tuent leurs enfants pour qu’ils ne restent pas seuls. Les gens qui tuent dans une école ou qui font des choses terribles, c’est parce que, aujourd’hui, il n’y a plus de guerre ou de héros, alors les gens veulent marquer l’histoire en faisant des trucs tristes et horribles.»

Les peurs

Ces préados sont loin d’être insouciants. Pour Maïté, la crainte, c’est «qu’il y ait la guerre ici. Ma mère, elle, elle a peur que je tombe d’un pont. J’ai aussi peur que mes parents divorcent.» Sacha: «Moi, j’avais peur du trou noir du CERN, d’imaginer que la Terre peut disparaître. C’est comme des fois, de me dire qu’un jour, quand on sera adulte et nos parents seront plus là, on devra se débrouiller, ça m’inquiète.» Bastien: «Moi, ce qui me fait peur, c’est le jour où il n’y aura plus de pétrole. On n’aura plus de chauffage, plus de plastique, plus d’essence. On devra marcher et il y aura la guerre.»

Enfant ou ado?

Le verdict de Maïté: «L’adolescence, c’est l’âge bête. Les ados, ils boivent trop, ils abusent. Moi, je suis encore un enfant. Je ne me réjouis pas vraiment d’être adolescente, c’est mieux de rester un enfant. Je ne voudrais pas fumer et boire, mais, en grandissant, j’ai peur de ne pas pouvoir me contrôler.» Justine: «On est bientôt des adolescents, mais pour l’instant on est encore moitié-moitié.» Carole tranche: «J’ai l’impression d’être entre les deux, de commencer une nouvelle étape.» «L’adolescent, il est plus dans la discussion, moins dans le jeu», décrypte Sacha. Laure: «On ne joue plus aux Barbie ou aux voitures comme des enfants, on est juste ensemble. Je pense que c’est plus facile d’avoir 10 ans aujourd’hui qu’avant. On a plus de libertés.» Bastien: «Nous, on est encore des enfants. Les ados, c’est quand on a des boutons.» Samantha: «Mon âge mental, c’est celui d’un enfant, je joue encore avec ma petite sœur. Mon corps, par contre, c’est déjà celui d’une ado. L’année prochaine, je pense que je serai une ado.» Elle poursuit, en guise de conclusion: «Avoir 10 ans, c’est choquant, parce qu’on est pas toujours en sécurité. On est en danger parce que parfois même les adultes qui doivent protéger les enfants leur font du mal.» Sarah relativise: «Oui, mais à 20 ans, il y a d’autres risques. En fait, à chaque âge on risque autre chose. Mais les enfants sont plus fragiles.»



Partager: Partager sur Facebook Partager sur Delicious Ajouter aux favoris Google Ajouter aux favoris Yahoo! Partager sur Twitter Partager sur Yahoo Buzz Partager sur Myspace  


Tags: génération préados, avoir 11 ans en 2009, établissement scolaire de Dombresson, Val-de-Ruz Neuchâtel, élèves 5PR2 Aller en haut de page Haut de page

 

A lire aussi

Christa et Giovanni

Christa Rigozzi va se marier

Miss Suisse en 2006, la jolie blonde a quitté Fribourg pour emménager au Tessin et commencer une nouvelle vie aux côtés de Giovanni, l'homme de sa vie. »


Pour 50 000 francs

Cointrin, meurtre sur commande pour 50 000 francs

En 2008, Pierre S. est tombé sous les balles d’un tueur mandaté par sa femme et sa belle-mère. Elles ont avoué. Le tireur présumé clame son innocence. Son avocat vient de... »


Salon du livre

Les people qui écrivent

Raconter sa vie ou écrire un roman est à la mode chez les people. Beaucoup s’y sont essayés. Notre sélection. »

Page générée en 510 ms.