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BAROMÈTRE FÉDÉRAL
LE CLASSEMENT DES SEPT SAGES
Le point sur quatre candidats qui briguent deux sièges à l’élection du 22 septembre. L’analyse détaillée de la cote de popularité des sept membres du Conseil fédéral. L’interview du libéral-radical valaisan Léonard Bender

Par Frédéric Vassaux - Mis en ligne le 14.09.2010

Avec plus de 47% des voix, c’est Simonetta Sommaruga que les Suisses choisiraient d’envoyer au Conseil fédéral s’ils pouvaient voter. De tous les candidats, c’est la seule qui émerge. Le radical Johann Schneider-Ammann récolte 25% des suffrages et sa collègue de parti, Karin Keller-Sutter, 21%. Quant à Jacqueline Fehr, l’autre candidate socialiste, elle ne recueille que 10% des voix. La Bernoise écrase toute rivalité. C’est elle la plus populaire. Il faut dire que c’est aussi celle que les citoyens connaissent le mieux. Présidente de la Fondation pour la protection des consommateurs, ses combats, par exemple pour l’importation parallèle de médicaments ou pour la baisse des prix des télécommunications, ont largement été médiatisés. Elle incarne aussi une aile plus centriste du PS, un socialisme moins syndicaliste et plus ouvert sur la société de marché. En 2001, elle avait ainsi été l’une des quatre signataires du Manifeste du Gurten. Un texte qui militait pour moins d’Etat et plus de concurrence, un discours provocateur pour la gauche traditionnelle. Aujourd’hui, ce sont d’ailleurs les sondés du centre qui sont les plus favorables à son élection au Conseil fédéral (60%). Ils sont même plus enthousiastes que les citoyens de gauche (56%)!

Si Simonetta Sommaruga est la plus populaire, force est de constater que les Suisses connaissent mal les candidats à l’élection au Conseil fédéral. Plus d’un quart des sondés (27%) ignore le nom des prétendants socialistes et un tiers (33%) ne connaît pas les postulants radicaux. En Suisse romande, l’ignorance est encore plus grande, puisque la moitié des citoyens ne connaît pas les candidats (respectivement 49 et 54%). «C’est normal, estime Léonard Bender, l’ancien viceprésident du PLR. Il ne faut pas s’en inquiéter. En Suisse, à part les conseillers fédéraux, on n’a pas de politiciens nationaux. Deux jours avant son élection, personne ne connaissait Eveline Widmer-Schlumpf.»

Les conseillers fédéraux en place ont, quant à eux, repris quelques couleurs. Alors que, depuis une année, la cote du collège était au plus bas (42% d’avis favorables), le gouvernement retrouve aujourd’hui la confiance d’une majorité de citoyens (53%). Et en tête de notre baromètre se détache un trio avec Doris Leuthard, Eveline Widmer-Schlumpf et Didier Burkhalter, affichant chacun 85% d’opinions favorables. Trois conseillers fédéraux moins englués que d’autres dans les affaires qui ont émaillé le pays. Du neuf, semblent dire les citoyens. Les voilà bientôt servis, et plutôt deux fois qu’une.

Comment jugez-vous leur action politique ces six derniers mois?

Seules les personnes qui ont pu citer le nom et la fonction du conseiller fédéral concerné et qui ont exprimé une opinion sur son action politique sont prises en considération.

Sondage réalisé du 31 août au 6 septembre 2010 par l’Institut MIS Trend, à Lausanne, auprès de 601 citoyens suisses (300 Romands et 301 Alémaniques), âgés de 18 à 74 ans, représentatifs de la population.

Les résultats sont pondérés afin de redonner à chaque région linguistique son poids démographique réel. Marge d’erreur sur le total: ± 5,5%.

 


COTE D’AMOUR DU CONSEIL FÉDÉRAL

LA CONFIANCE REVIENT

Après avoir connu une année de doute, les Suisses retrouvent la confiance dans leur gouvernement. Finie la méchante affaire libyenne, éloigné le malaise UBS: les citoyens découvrent une Suisse finalement moins durement touchée par la crise que ses voisins et en créditent son gouvernement. Ce n’est pas encore l’amour fou, mais la tendance est là: +11 points à 53% d’opinions favorables. Paradoxalement, ce sont les sondés de droite qui sont les plus critiques envers leur gouvernement, puisque 56% d’entre eux jugent «mauvaise» l’action du Conseil fédéral, alors que 60% des sondés de gauche et 55% des centristes l’estiment «bonne». Les habitants des campagnes qui ont vu s’éloigner le spectre des accords du cycle de Doha soutiennent davantage le collège (57% d’opinions favorables) que les grandes villes (51%), où le chômage s’est malgré tout davantage fait sentir.

 


 

DORIS LEUTHARD (PDC) Economie

BONNE 85%

MAUVAISE 15%

 

PRÉSIDENTE

Elle sourit à la présidence et la présidence lui sourit. Ex æquo avec Eveline Widmer-Schlumpf et Didier Burkhalter (85% d’opinions favorables), Doris Leuthard prend la première place grâce au tiers de citoyens (37%) qui juge son action «très bonne». Elle a pris position sur le rapport UBS, défendu les bilatérales à Bruxelles, mis en œuvre un projet de réforme du gouvernement: elle existe et les citoyens lui en sont reconnaissants. Les Romands (91% d’avis positifs) l’apprécient plus que les Alémaniques (84%), les femmes (90%) davantage que les hommes (82%). Mais un problème demeure: seul un tiers des sondés (34%) sait qu’elle dirige l’Economie malgré quatre ans au pouvoir.

 

L’AVIS DE LÉONARD BENDER
Avocat et ancien vice-président du parti libéral-radical suisse, le Valaisan Léonard Bender reste un observateur attentif de la politique fédérale.
«NOTRE MEILLEURE AMBASSADRICE»
«Elle est très à l’aise dans les relations internationales, cultivant l’image d’une Suisse moderne en multipliant les liens avec la Chine, l’Inde, le Brésil, tout en restant très attachée aux traditions suisses. Pour moi, c’est notre meilleure ambassadrice, elle effectue un parcours sans faute.»

 


 

EVELINE WIDMER-SCHLUMPF (PBD) Justice et Police

BONNE 85%

MAUVAISE 15%

 

INAMOVIBLE

Depuis son entrée, remarquée, au Conseil fédéral en janvier 2008, Eveline Widmer-Schlumpf n’a jamais quitté le trio de tête. Mieux: elle est régulièrement créditée de plus de 80% d’opinions favorables. Sa prise de position en faveur de l’interdiction de la burqa, sa gestion de l’affaire Polanski, sa volonté d’accélérer les procédures d’asile ont rassuré les sondés de droite, qui ne sont plus que 17% à la juger défavorablement, contre 33% il y a six mois. A gauche, elle plaît d’abord parce qu’elle a pris la place de l’épouvantail Christoph Blocher, mais sa position critique vis-à-vis des bonus des managers contribue certainement à sa popularité dans ce groupe (84% d’avis favorables).

 

L’AVIS DE LÉONARD BENDER
«LE DESTIN D’UNE HÉROÏNE»
«Elle est arrivée au Conseil fédéral dans des circonstances dignes d’une tragédie et s’est forgé malgré elle le destin d’une héroïne. Sa popularité ne connaît pas l’usure, mais son avenir est lié aux résultats de son nouveau parti, le PBD. Il n’est pas improbable qu’elle se retire après les élections fédérales de 2011.»

 


 

DIDIER BURKHALTER (PLR) Intérieur

BONNE 85%

MAUVAISE 15%

 

ENAMOURÉ

C’est toujours l’amour entre Didier Burkhalter et les Suisses. Même s’il perd 6 points, il reste sur le podium avec 85% d’opinions favorables. Arrivé depuis moins d’un an, il n’a eu ni le temps de briller ni celui de se planter. On l’a peu vu, il n’a pas fait de vagues et les citoyens concluent qu’il travaille. L’augmentation des primes maladie va toutefois mettre le ministre de l’Intérieur dangereusement sous les feux de la rampe. Arrivera-t-il à convaincre là où ses prédécesseurs ont échoué? Une large majorité de sondés lui font en tout cas confiance. Contrepartie de sa discrétion: près de deux tiers des gens (64%) ne savent pas ce qu’il fait et 11% ne le connaissent pas du tout!

 

L’AVIS DE LÉONARD BENDER
«DIDIER LE CONCORDANT»
«Son respect scrupuleux de la collégialité et son application plaisent aux citoyens. La méthode qu’il a choisie, rigoureuse et sans effets d’annonce, fonctionne au prix de la discrétion. Didier le concordant incarne parfaitement la volonté populaire de dépasser les querelles intestines.»

 


 

MORITZ LEUENBERGER (PS) Environnement, Transports, Energie

 

BONNE 59%

MAUVAISE 41%

 

REVENANT

Si ce n’est le chant du cygne, cela y ressemble. Le sursaut de popularité du ministre des Transports (+ 8 points à 59% d’avis favorables) s’apparente au dernier salut au condamné. Il s’en va et les citoyens lui disent merci. Si 12% des Suisses alémaniques jugent son travail «très bon», on ne sait si c’est pour avoir mené à bien le percement du tunnel de base du Gothard ou pour sa décision de se retirer des affaires… Les sondés de gauche sont en tout cas plus satisfaits de lui aujourd’hui (73% d’avis positifs) qu’il y a six mois (61%). Revenu de tout dans sa carrière – la débâcle Swissair, le fiasco CFF Cargo, le raté de Swissmetro –, il est désormais revenant aussi dans les sondages.

 

L’AVIS DE LÉONARD BENDER
«UN VÉTÉRAN MOINS FLAMBOYANT»
«C’est le vétéran. Avec lui s’achève probablement le dernier long mandat avant un bout de temps. Moritz Leuenberger, c’est une brillante intelligence au bilan moins flamboyant qu’attendu. Fin et cultivé, et même avec son accent, il aurait fait un distingué ministre de la Culture à la française.»

 


 

MICHELINE CALMY-REY (PS) Affaires étrangères

BONNE 58%

MAUVAISE 42%

 

RAMOLLIE

C’est comme si elle intéressait moins désormais. Alors qu’il n’y a pas si longtemps, elle polarisait au maximum les avis, la cheffe des Affaires étrangères laisse davantage de marbre. Alors qu’à droite 68% des sondés la jugeaient défavorablement il y a six mois, ils ne sont plus que 59% à la critiquer aujourd’hui. Huit pour cent des citoyens n’ont d’ailleurs pas d’avis sur sa politique, contre 6% il y a un semestre. Bientôt doyenne du collège, Micheline Calmy-Rey, à 65 ans, dont huit passés au Conseil fédéral, a dû céder à d’autres l’attrait de la nouveauté. Ce sont les femmes, les Romands (65% d’avis favorables) et les plus de 50 ans (66%) qui lui restent cependant les plus fidèles.

 

L’AVIS DE LÉONARD BENDER
«UNE DOYENNE EN PARTANCE»
«Elle va démissionner en 2011, mais, d’ici là, celle qui deviendra la doyenne d’âge et de fonction du Conseil fédéral va se régaler. Elle dont le combat pour la cause des femmes fut un leitmotiv appréciera assurément le clin d’œil de se retrouver dans un gouvernement bientôt à majorité féminine.»

 


 

HANS-RUDOLF MERZ (PRD) Finances

BONNE 52%

MAUVAISE 48%

 

REPÊCHÉ

Comme Moritz Leuenberger, Hans-Rudolf Merz bénéficie de la bienveillance accordée aux partants. Il a souffert dans sa chair lors de son accident cardiaque, dans son honneur en Libye, dans son âme libérale en abandonnant une part du secret bancaire: les citoyens lui reconnaissent son lot de douleur et l’en soulagent sous la forme d’un baroud final de sympathie. Plus 17 points pour passer les 50% d’opinions favorables (52%). Loin des turpitudes de son année présidentielle, on lui reconnaît des comptes fédéraux bénéficiaires. Enfin, surtout les Alémaniques, dont le jugement passe de 40% d’avis favorables il y a six mois à 53% aujourd’hui. En Romandie, sa cote reste sous les 50% (48%).

 

L’AVIS DE LÉONARD BENDER
«PLUS HONNÊTE HOMME QUE BÊTE POLITIQUE»
«A l’heure du bilan, les Suisses remettent un peu de justice dans l’appréciation. Plus honnête homme qu’animal politique, il a été un excellent ministre des Finances. Rétablir les comptes fédéraux dans un contexte où les nations ont creusé des déficits abyssaux est une performance.»

 


 

UELI MAURER (UDC) Défense, Population et Sports

BONNE 42%

MAUVAISE 58%

 

COULÉ

Le chef de l’armée ne sait pas quoi faire de sa troupe et cela se ressent: même sa famille politique l’abandonne. Alors que les sondés de droite étaient encore 77% à le soutenir il y a six mois, ils ne sont plus que 51% aujourd’hui. Même le monde rural, traditionnellement plus proche de l’UDC, ne le comprend plus. Alors que les campagnes le soutenaient encore en avril (59% d’avis favorables), elles l’ont désormais abandonné (46%). Les Romands apprécient de moins en moins son style. Déjà peu populaire (44% d’avis favorables en avril), il ne récolte plus que 27% d’avis favorables. De 2e du classement il y a un an à dernier aujourd’hui, il réussit l’exploit de la chute la plus vertigineuse.

 

L’AVIS DE LÉONARD BENDER
«UN MINISTRE EN SURSIS»
«Présider un parti politique et le mener au succès ne requiert pas les mêmes aptitudes qu’occuper une fonction ministérielle. Si le chef de la Défense fait trop facilement l’objet de critiques, celles-ci seront toujours moindres que celles qu’il proférait à l’encontre de son collègue de parti Samuel Schmid…»


 

CONNAISSEZ-VOUS LES CONSEILLERS FÉDÉRAUX ET SAVEZ-VOUS DE QUOI ILS S’OCCUPENT?

(en pourcentage de oui)

 

MICHELINE CALMY-REY Affaires étrangères PS

76%

 

UELI MAURER Défense, Population et Sports UDC

71%

 

MORITZ LEUENBERGER Environnement, Transports, Energie PS

67%

 

HANSRUDOLF MERZ Finances PRD

65%

 

EVELINE WIDMERSCHLUMPF Justice et Police PBD

43%

 

DIDIER BURKHALTER Intérieur PLR

36%

 

DORIS LEUTHARD Economie PDC

34%

 


 

«UNE NOUVELLE ÈRE VERS UNE CONCORDANCE REVIVIFIÉE»

Léonard Bender, avocat, ancien vice-président du PLR Suisse

 

Un trio avec Leuthard, Widmer-Schlumpf et Burkhalter en tête de notre sondage, ça vous surprend?

Non. Si vous regardez, ils ont une caractéristique commune: ce sont tous les trois des tenants de l’ancien système, des défenseurs farouches de la concordance. Ce que révèle votre sondage, c’est que les Suisses en ont assez de la polarisation et demandent le retour à plus de respect et de collégialité. C’est la fin d’un cycle, le début d’une nouvelle ère vers une concordance revivifiée. Le pays avait besoin de ce changement.

Mais change-t-on vraiment les choses en remplaçant deux conseillers fédéraux?

Micheline Calmy-Rey démissionnera en 2011 et on peut douter de la réélection d’Eveline Widmer-Schlumpf. Cela veut dire qu’en l’espace de trois ans on risque d’avoir remplacé six des sept conseillers fédéraux élus lors de la dernière législature. Historiquement, je pense que c’est un fait unique. On a rajeuni le Conseil fédéral de dix ans, et cela amène une nouvelle dynamique.

N’est-ce pas le système qu’il faut réformer?

Pour changer les institutions, il faut un large consensus. On ne peut pas changer le système avec un vote à 51-49%. C’est un long travail de conviction. Notre système tient la route pour autant que le chauffeur du bus fédéral, soit le gouvernement, soit attentif, conduise prudemment et veille à l’ambiance dans le car. C’est la pratique des institutions qui doit changer, pas forcément la forme.

Pour la première fois depuis un an, la cote du collège redevient positive…

Et il ne fait aucun doute qu’avec le prochain remaniement elle va encore grimper. Un renouvellement du Conseil fédéral, même partiel, sert aussi à cela: à regagner l’adhésion populaire.



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Tags: baromètre, Conseil fédéral, gouvernement, Suisse, Léonard Bender Aller en haut de page Haut de page

 

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