Au cours de sa brève existence, le peintre JEAN-MICHEL BASQUIAT a souvent séjourné en Suisse. Ses oeuvres sont de retour à Bâle, où Ernst Beyeler fut l'un des premiers à exposer l'enfant terrible de l'underground new-yorkais.
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Jean-Blaise Besençon - Mis en ligne le 04.06.2010
En 1983, Jean-Michel Basquiat a juste 23 ans la première fois qu’Ernst Beyeler expose deux de ses toiles, Philistines et Self Portrait, dans sa galerie bâloise. Cette année, le peintre new-yorkais aurait fêté 50 ans et la fondation créée à Riehen par le collectionneur (décédé le 25 février dernier) lui consacre une vaste rétrospective, la plus importante jamais organisée en Europe.
Avec la Suisse, le peintre newyorkais entretenait une relation bien particulière. En moins de cinq ans, il y séjournera à quatorze reprises, le plus souvent à l’invitation de Bruno Bischofberger, galeriste zurichois, créateur, notamment, du journal Interview avec Andy Warhol et qui deviendra son marchand exclusif. A Saint-Moritz, dans un atelier mis à sa disposition par son agent, Basquiat se laissera même inspirer par les montagnes et les téléskis! L’idée des tableaux réalisés à quatre mains avec Andy Warhol aussi serait née durant un séjour passé dans la chic station alpine…
La rétrospective bâloise retrace le parcours de cet enfant de Brooklyn, fils d’un immigré haïtien et d’une Portoricaine, et qui, en moins de dix ans, produit une œuvre abondante (près de 1000 peintures et autant de dessins) et inscrit son nom parmi les artistes essentiels de la fin du XXe siècle.
Dès son plus jeune âge, Basquiat avait marqué une attirance et des dons particuliers pour le dessin et sa mère l’emmenait régulièrement visiter les grands musées de Manhattan. Mais, jusqu’en 1981, il ne dispose que des T-shirts, des cartes postales et des murs de Manhattan pour s’exprimer. Dans le New York interlope du début des années 80, entre le Mudd Club, où Talking Heads et Blondie donnent leurs premiers concerts, et le CBGB’s, repère des punks branchés, Basquiat joue l’acteur et puis de la clarinette et du synthé dans un groupe de rock; plus tard, on le retrouvera sur quelques titres de hip-hop dont un puissant Beat Bop que l’on déniche encore sur le web (http://www.lostateminor.com/2009/07/31/jeanmichel-basquiat). Quand il peut enfin travailler en atelier, c’est l’explosion! Alors que l’art contemporain se mord un peu le pinceau entre art conceptuel et art minimal, Basquiat, comme un Rimbaud du pinceau, développe en quelques mois un langage puissant et fortement novateur, une peinture dans laquelle il y a enfin de nouveau quelque chose à voir. Des grafittis d’hier restent des bribes de phrases, des mots poésies, des rois nègres, des grigris, des personnages semblant sortis d’une bande dessinée. A première vue lisibles, ses toiles demeurent souvent inintelligibles, mystérieuses, possédées… Ce qui augmente la fascination qu’elles exercent encore aujourd’hui. A 27 ans, lorsqu’il meurt d’une overdose massive, il laisse une œuvre à son image: fougueuse, révoltée et impatiente.
Basquiat, Fondation Beyeler, Riehen/Bâle. Du 9 mai au 5 septembre 2010. www.fondationbeyeler.ch
L’HOMMAGE FILMÉ DE L’AMI PEINTRE
Avec un Jeffrey Wright – extraordinaire! – dans le rôle de
Jean-Michel Basquiat, David Bowie dans celui d’Andy Warhol et Dennis
Hopper dans celui du marchand d’art zurichois Bruno Bischofberger, un
hommage filmé de son ami peintre Julian Schnabel. Des graffitis à la
gloire, une biographie à peine romancée et qui restitue admirablement
l’ambiance du New York underground des années 80.
Basquiat, film de Julian
Schnabel, Pathé.
Un documentaire: annoncé pour
le mois de juin, Jean-Michel Basquiat: The Radiant Child, un
documentaire d’images et d’interviews inédites réalisé par son amie
Tamara Davis. Séquence d’ouverture et scènes originales à télécharger
sur http://jean-michelbasquiattheradiantchild.com/