Décidément, Finn ne peut s’empêcher de faire parler de lui. Souvenez-vous, on avait quitté le plantigrade en novembre dernier, blessé par un policier pour avoir attaqué un jeune handicapé mental. Ce dernier s’était jeté dans le parc aux ours de Berne pour récupérer un sac en plastique dans lequel se trouvait la photo de sa copine.
Si, du côté des hommes, l’amour rend audacieux, il en est de même chez les ours. Car à peine remis de sa période de convalescence, Finn a trouvé la force de creuser sous une barrière un trou d’un mètre de profondeur. Oh, bien sûr, il n’a pas réalisé cela en une nuit, mais tout de même, quelle performance! «Il grattait le sol depuis l’automne dernier, on l’a laissé faire; mais là, il a fallu intervenir», témoigne Walter Bosshard, gardien-chef du parc animalier Dählhölzli. Du coup, l’ours a été enfermé dans son box, le temps de combler le trou avec du béton.
Premières naissances
Le plantigrade originaire de Finlande voulait-il prendre la poudre d’escampette? Le magnifique parc, inauguré en octobre 2009, n’était-il plus à son goût? Se sentait-il trop à l’étroit dans ce domaine de 6000 m2? Rien de tout cela. Figurez-vous que l’ours de 4 ans n’avait qu’une idée en tête: passer la clôture pour rejoindre sa compagne Björk, de cinq ans son aînée. Pardi, les tourtereaux se fréquentent depuis 2008! Seulement voilà, ces derniers temps, la belle snobe superbement son amoureux.
Il faut dire qu’un heureux événement est survenu durant la période d’hibernation: deux petits ont vu le jour en décembre dernier. Les premiers oursons du parc bernois. Leurs prénoms provisoires: Berna et… Urs! Les employés connaissent leur existence grâce à la webcam installée dans l’antre de Björk. «Nous n’avons pas annoncé la nouvelle tout de suite afin d’éviter que les visiteurs affluent et viennent les perturber en les appelant ou en faisant du bruit», justifie Marc Rosset, curateur du parc.
Le problème, c’est que Finn ne l’entend pas de cette oreille. Allez faire comprendre à ce balourd de 250 kilos que sa compagne est à fleur de peau ces temps-ci. Que ce n’est pas le moment de la contrarier. Que sa priorité, c’est les marmots. La femelle, toute dévouée à sa portée, refuse de céder aux desiderata du mâle qui, lui, est soumis à son instinct de reproduction. Pour le pauvre Finn, un seul mot d’ordre: «Circule, il n’y a rien à voir!» Une perspective monacale qui a de quoi le rendre furax. Du coup, il doit impérativement être éloigné des oursons.
En effet, les ours bruns, d’un naturel solitaire, se rencontrent habituellement après l’hibernation pour une période d’accouplement très brève (mai-juin). La présence de petits est dès lors perçue comme un obstacle. «Le mâle tue les oursons essentiellement pour pouvoir s’accoupler avec la femelle», explique Mario Theus, spécialiste de l’ours du projet KORA. «Finn n’est même pas conscient qu’il est papa!» souligne Walter Bosshard.
Sortie surprise
Samedi dernier, le public a eu le plaisir d’apercevoir Björk et ses petits quelques minutes. Insuffisant pour pouvoir déterminer le sexe des oursons. Pour l’heure, difficile d’en savoir plus. Les images floues de la webcam montrent les deux bébés blottis contre leur mère sur un lit de paille et d’herbe. Olivier Blanc, responsable de Juraparc, où des oursons sont nés par le passé, explique que, d’une manière générale, ils naissent édentés, aveugles et chauves: «Au départ, c’est vraiment des embryons!» «Ils font environ 300 grammes à la naissance, précise Walter Bosshard. Maintenant, ils doivent peser entre 2 et 3 kilos.»
Nourrie essentiellement de fruits et de légumes, Björk a perdu pour sa part environ 40 kilos cet hiver, pour ne peser «que» 130 kilos. Une taille mannequin (version plantigrade, cela va de soi). Durant six mois, voire plus, la maman allaitera ses oursons: son lait, riche en graisses, protéines et vitamines leur est vital. Elle en prendra soin et les protégera durant deux ans, jusqu’à ce qu’ils soient assez forts. Ensuite, elle les abandonnera sans ménagement. A eux de se débrouiller! «A ce moment-là, on devra leur trouver une place dans d’autres parcs», confie Marc Rosset. Morale de l’histoire: pour la photo de famille au complet, il faudra repasser.