Il lui aura fallu du temps, mais cette fois il semble enfin sur orbite. Après les baladeurs MP3 pour la musique, les ebooks vont s’imposer comme le nouvel appareil électronique pour les textes longs. Car, si la rumeur selon laquelle Apple (cf. encadré) débarquerait bientôt avec son propre gadget se confirmait, cela signifierait que le marché de l’ebook est désormais mûr, comme l’indique déjà le coup de maître d’Amazon: la fameuse librairie américaine sur l’internet aurait déjà vendu plus d’un million et demi de Kindle, son reader (terme signifiant «lecteur» en anglais et désignant les écrans dédiés à la lecture de textes longs). Conséquence de cet équipement massif des lecteurs anglo-saxons, cette même librairie en ligne a annoncé qu’elle vendait désormais plus de livres électroniques que de livres en papier.
Faut-il se réjouir pour la santé de la planète de cette mutation de l’impression sur papier en fichiers numériques? Rappelons tout d’abord qu’un arbre abattu sur quatre est destiné à l’industrie papetière. L’édition électronique se substitue donc à une industrie gourmande en matières premières et en énergie. Un seul reader peut contenir dans sa mémoire aujourd’hui plus de 1000 livres, soit l’équivalent de 200 kilos de papier. De toute manière, le stockage d’une gigantesque bibliothèque électronique peut être assuré par n’importe quel disque dur, le reader n’embarquant que les écrits utiles sur le moment par son propriétaire.
Enormes économies
Imaginons que les Américains décident désormais de lire leurs deux milliards de livres imprimés par année sur des écrans, ce serait alors 30 millions d’arbres qui n’auraient plus besoin d’être abattus pour finir en bouquins. Mais ce transfert induirait aussi d’énormes économies d’énergie (fabrication du papier et transports des livres) et d’eau (il en faut en moyenne 10 litres pour 1 kilo de papier).
L’autre branche du secteur de l’édition concernée par la démocratisation de ces écrans dédiés à la lecture, c’est bien sûr la presse. Chaque année dans le monde, on peut estimer que 100 milliards d’exemplaires de journaux et de magazines sortent des rotatives. Si, d’ici à dix ans, la plupart de ces publications atterrissaient non plus dans les boîtes aux lettres de leurs abonnés mais automatiquement, par réseau sans fil, dans leur reader électronique, cela représenterait 10 millions de tonnes de papier économisées, soit des centaines de millions d’arbres. Ce scénario est d’autant plus probable qu’un quotidien comme le New York Times aurait d’ores et déjà avantage à offrir un reader à ses 830 000 abonnés: après analyse, les coûts de fabrication et de distribution ainsi économisés compenseraient largement le cadeau.
Mais c’est dans le monde professionnel que les bénéfices écologiques seraient les plus massifs: le maire de la ville de Cincinnati, dans l’Ohio, et ses dix conseillers municipaux ont été équipés chacun d’un Kindle DX. Ces 7000 francs d’investissement, auxquels s’ajoutent une centaine de francs de frais mensuels pour les transferts de fichiers via les serveurs d’Amazon pour la conversion en format Kindle, permettront d’économiser près de 25 000 francs en papier et en impression.
Oui, mais…
Ne décernons pas trop vite une légion d’honneur écologique au développement de l’édition électronique. L’exercice de l’écobilan est un art complexe de pondération. Cette analyse devra tenir compte de l’impact négatif induit par la fabrication de centaines de millions de readers, de leur recyclage, des besoins en électricité générés, de la toxicité des composants. Et que penser aussi des conséquences sociales (un des trois piliers du développement durable) pour les millions de travailleurs de l’imprimerie ou dépendants des imprimés dans le monde, victimes de l’effacement progressif de l’encre au profit des cristaux numériques? Reste que la fin de l’imprimé sur papier, ou du moins sa marginalisation, semble inéluctable. Pour Jeff Bezos, le fondateur d’Amazon, «aucune technologie, même aussi élégante que livre sur papier, ne peut durer éternellement».
Après l’iPhone, le triomphe de l’iSlate?
Il existe déjà une bonne dizaine de modèles de readers, ces écrans conçus spécialement pour lire très confortablement de longs textes. Et c’est le Kindle d’Amazon qui se taille la part du lion, avec environ deux tiers du marché.
Mais Apple serait sur le point de commercialiser sa propre tablette. Cette fois encore, la marque à la pomme ne ferait pas dans la copie améliorée, mais réitérerait le coup de l’iPhone en proposant un gadget ludique et sexy. Cette tablette s’appellerait iSlate et se déclinerait en deux modèles. L’écran (entre 20 et 30 cm de diagonale, donc approprié pour la lecture de textes longs) serait bien sûr tactile. Il semble que cette tablette n’intégrera pas la téléphonie, la laissant ainsi à son grand petit frère, l’iPhone. Mais elle sera en revanche parfaite pour l’édition électronique et pourrait bien faire entrer définitivement la presse dans l’ère électronique. Elle sera aussi prête à accueillir des milliers d’applications tantôt géniales tantôt parfaitement inutiles. Les austères readers d’antan vont-ils lui résister?