Un million de Suisses seront cloués au lit par la grippe A cet automne. C’est l’Office fédéral de la santé publique qui le dit. La pandémie annoncée avec fracas ce printemps débarque, stade 6 sur l’échelle de L’OMS, alerte rouge, tous à vos masques. Curiosité de ce virus: il vise la population active, et les plus jeunes. Les entreprises échafaudent des plans catastrophe (lire l’enquête de Christian Rappaz en page 12), les hôpitaux craignent d’être pris d’assaut, les Etats investissent des centaines de millions dans l’achat de vaccins, les labos de Tamiflu tournent à plein régime. Du côté des pharmas au moins, les affaires reprennent.
La grippe A? De la fièvre, des courbatures, cinq jours au lit. Une grippe, quoi. Sauf, bien sûr, pour les personnes fragilisées qui risquent, elles, des complications pouvant se révéler graves. Pour y pallier, la Grande-Bretagne, pays le plus touché d’Europe, s’apprête à lancer le plus vaste programme de vaccination depuis cinquante ans. Et c’est là-bas aussi, tout comme aux Etats-Unis, que des petits rigolos ont inventé les virus parties. Le concept «viens chez moi, j’ai la grippe A» vise à attraper la maladie alors qu’elle en est à un stade bénin, transpirer un bon coup, en espérant être immunisé pour la rentrée. Les médecins crient à l’inconscience. D’un point de vue sanitaire, ils ont certainement raison.
«Jusqu’où tout cela ira-t-il? Personne ne le sait encore. Dans ces circonstances, un peu d’ironie ne fait pas de mal»
Mais si ces sceptiques du virus ne tendaient qu’à distiller un peu d’humour dans la lourdeur ambiante? Par leur démarche politiquement incorrecte, ils visent à conjurer l’autre mal qui nous guette, irrationnel et ancestral celui-là: la peur. Il faut avouer que 2009 sonne comme la fin d’une époque: un krach historique, une crise majeure de l’économie réelle, un profond dérèglement climatique, un bouleversement des valeurs, la liste est non exhaustive.
Quelles peurs ne s’est-on pas déjà faites? Côté santé, il y a eu le SRAS, le sida, dont on apprend aujourd’hui qu’il tue moins, dans les pays industrialisés, que la grippe. L’Afrique ne peut pas en dire autant. Il y a eu encore l’encéphalopathie spongiforme bovine, la grippe aviaire, la rougeole, aussi, dans une moindre mesure.
Et voilà que la grippe porcine s’en mêle, bouleversant par la même occasion notre vie sociale, nos rapports aux autres. Avec un objet qui pourrait en devenir le symbole, adopté depuis longtemps par des sociétés en Asie, et qui trouvera sa place dans notre quotidien à la rentrée: le masque sanitaire.
Jusqu’où tout cela ira-t-il ? Personne ne le sait encore. Dans ces circonstances, un peu d’ironie ne fait pas de mal. L’illustré a donc choisi, tout en informant, de s’en amuser en publiant des photomontages de personnalités avançant masquées.
Avec l’humour comme antidote, profitons de l’été. Et bonne grippe pour la suite!