La Maison du dessin de presse, à Morges, retrace le parcours du Français Cabu, personnalité lucide et engagée, précieux croqueur d’époques.
Par
Jean-Blaise Besençon - Mis en ligne le 12.05.2010
Avec sa tronche d’ado, ses lunettes rondes et sa coupe au bol
immuable, Jean Cabut, dit Cabu, ne semble pas vieillir. A 72 ans, il
n’est pourtant plus, et depuis belle lurette, le lycéen gauche et rêveur
qui lui inspira naguère le personnage du Grand Duduche.
Certains
le connaissent uniquement pour les croquis rigolos qu’il signait pour
Dorothée sur le plateau de Récré A2 ou ceux, plus corrosifs, qui
participèrent à la légende du Droit de réponse de Michel Polac. Cabu est
pourtant infiniment plus que ça et la liste des soixante-cinq ouvrages
publiés sous son nom en témoigne.
Homme de gauche, personnalité engagée, antimilitariste, Cabu est un
croqueur d’époques, une référence du dessin satirique en France dont le
trait sec et expressif ne s’est jamais embarrassé de fioritures pour
dénoncer les travers de la société moderne et du monde politique, de ses
débuts à Hara-Kiri aux pages du Canard Enchaîné, en passant par Pilote,
Charlie-Hebdo et tant d’autres. A la différence de son vieux compère
Wolinski, Cabu est rarement descendu en dessous de la ceinture.
«D’aussi
loin que je m’en souvienne, j’ai toujours dessiné», confie-t-il
volontiers, de sa voix douce. Aîné de trois enfants, caricaturiste
précoce, il publie ses premiers dessins en 1954 dans le quotidien de sa
région, L’Union de Reims. Deux ans plus tard, à 18 ans, il déménage à
Paris pour y suivre des études artistiques. Sa carrière s’interrompt
brusquement avec la guerre d’Algérie.
Mobilisé, il passera vingt-sept mois là-bas, développant une
conscience politique humaniste plus profonde. A son retour à Paris en
1960, il rejoint la bande de Hara-Kiri: Cavanna et Choron bien sûr,
Gébé, Topor, Fred, Wolinski, Reiser. A l’interdiction du journal, il est
recruté par Goscinny chez Pilote. La presse lui fait les yeux doux. Il
vivra désormais de son trait, avec une prédilection pour la caricature
politique, entre honneurs et coups de censure.
Père de famille
discret, Cabu a perdu son fils Emmanuel, plus connu comme le chanteur
Mano Solo, décédé début janvier à 46 ans des suites de plusieurs
anévrismes, consécutifs au sida dont il souffrait depuis 1986. Le
dessinateur s’est passablement effacé depuis lors.
L’exposition
proposée à Morges présente les dessins originaux parus dans le recueil
Démobilisation générale: la France qui doute, publié l’an dernier aux
Editions Le Cherche Midi, ainsi qu’une rétrospective sélective
d’archives retraçant toute la carrière de Cabu. A picorer goulûment.