Perdre Michael Jackson et Johnny Hallyday la même année, cela aurait fait beaucoup. On est pourtant passé tout près, avec dans chaque cas un artiste laminé, épuisé, un médecin complaisant et pas mal de cupidité. Ironie du sort, sans le décès subit du King of Pop, le French Elvis n’aurait pas été contraint par les assureurs de la tournée Tour 66 au check-up complet qui a révélé ses problèmes de santé. Johnny le sait. N’avouait-il pas récemment dans Paris Match: «Je dois un peu ma vie à Michael Jackson»?
Plongé à deux reprises dans un coma artificiel «pour ne pas souffrir», selon son producteur et ami Jean-Claude Camus, parti d’urgence à Los Angeles, Johnny a fini par se brûler, à force d’allumer le feu. Etait-il paré, à 66 ans, pour prolonger cette énième tournée-marathon? Camus le croit: «Il m’a dit oui jusqu’au 24 novembre. Ensuite, on s’est mis d’accord sur une dernière rallonge, jusqu’au 13 février 2010.»
Réveillé avec peine
Le 24 novembre, pourtant, à Orléans, Johnny se confie à des journalistes. Il évoque son opération estivale, son «petit cancer» du côlon - ce fameux polype retiré à temps -, omettant de préciser ce que reconnaîtra bientôt Laeticia, à savoir qu’il a été «au plus mal pendant quarante-huit heures». Il a bien failli ne jamais se réveiller! Johnny est usé. Il souffre de la hanche, notamment. «En voyant le public, j’oublie que j’ai mal», dit-il. Pour tenir sa place, il «prend du Voltarène comme des pastilles Valda», confie, sans rire, Michel Drucker, qui ajoute: «Johnny ne sait pas se reposer.»
Le vieux lion rugit encore, mais il traîne la patte. La cortisone affaiblit son système immunitaire. Le 26 novembre, il est opéré d’une hernie discale à la clinique du Parc Monceau. Comme en novembre 2008, il retrouve le chirurgien Stéphane Delajoux, dont le frère sort alors avec Laura Smet. Il a en lui toute confiance, et plus encore lorsque ce dernier l’autorise à s’envoler pour Los Angeles le jeudi 1er décembre, deux jours après avoir quitté l’hôpital. Sourd aux conseils de ses amis, Eddy Mitchell en tête, Johnny n’entend pas non plus Me Olivier Metzner, avocat de l’ordre des médecins, accuser le Dr Delajoux d’être «un homme sans scrupules», poursuivi «régulièrement» pour «erreurs grossières».
«Les examens postopératoires étaient normaux»
Dr Stéphane Delajoux, médecin des stars qui a opéré Johnny à Paris.
Le voyage se transforme en cauchemar. «Il n’aurait jamais dû prendre cet avion, confie un proche au Journal du Dimanche. Johnny est peut-être inoxydable, mais ce n’est pas Superman.» Arrivé à Los Angeles le 2 décembre, le chanteur retrouve son épouse, Laeticia, et leurs filles adoptives, Jade, 5 ans, et Joy, 1 an, mais le lendemain sa cicatrice est infectée. Laeticia conduit son mari à l’hôpital Cedars-Sinai le lundi suivant. Il est réopéré dans la nuit du mercredi au jeudi. Le jeudi soir, vers 21 heures, il se réveille brièvement et reconnaît son épouse, mais le lendemain à midi il est de nouveau plongé dans un coma artificiel. Du manque d’informations naissent les rumeurs de septicémie, on parle de staphylocoques, etc.
Ses proches se bousculent à son chevet, à commencer par son fils David, qui ne pensait pas devoir partir. Il s’est ravisé. Sa fille Laura, qui tourne en Suisse le film Insoupçonnables, le rejoint aussi. A L.A., on attend surtout le verdict du Pr Yves Catonné, chirurgien de la Pitié-Salpêtrière, à Paris, et du Dr François Zuccarelli, expert en assurances, qui doivent établir les responsabilités de chacun et décider du versement, ou non, d’une indemnité de 30 millions d’euros au chanteur et à son producteur…
Johnny a tiré sur la corde. «J’espère qu’il va enfin comprendre, en sortant de ce cauchemar, qu’il a 66 ans», confie Michel Drucker au JDD. Qu’est-ce qui a pu pousser la star du rock français à se mettre ainsi dans le rouge? Parmi les proches du clan Hallyday, nombreux sont ceux qui voient la marque de Laeticia. Les deux époux ont beau avoir démenti vouloir divorcer, leurs amis maintiennent qu’un accord a été conclu et qu’ils se sépareront à l’issue du Tour 66, après le 13 février 2010.
Le couac de Laeticia
En attendant, le couple s’efforce de sauver les apparences, ce qui n’empêche pas les couacs, telle la une du magazine Elle cette semaine, proposant un portrait de Laeticia, garçonne et sexy. Seule au chevet de Johnny les premiers jours à L.A., perturbée, Laeticia a choisi de se taire, faisant le lit des rumeurs. «C’est un bon petit soldat», déclare Jean-Claude Camus, agacé.
Si l’on admet que le couple Hallyday bat de l’aile, Laeticia a tout intérêt à baliser son avenir de future ex. Elle aurait ainsi poussé Johnny à investir dans la pierre à Malibu. Dans le magazine Elle, Laeticia parle aussi d’agrandir la famille en adoptant bientôt un petit garçon. Un gamin que son vieux père aura du mal à voir grandir… Mme Hallyday stigmatise enfin «les plongées dans l’autodestruction» de son mari, et d’abord son penchant pour l’alcool, «difficiles à supporter». Johnny boit. Seul, il part à la dérive.
Laeticia a-t-elle tenté de le ramener à la raison au moment où il signait pour 19 concerts supplémentaires en 2010? Aujourd’hui, on a plutôt le sentiment inverse, comme si l’épouse de Johnny avait été la seule, avec Camus bien sûr, à refuser de voir que le vieux rocker était sur la jante.
La légende de Johnny est aussi faite de coups durs, d’accord, mais tout de même. Ironie de l’histoire, tout aurait pu s’arrêter dès les débuts, en 1966, lorsque, épuisé (déjà) et déprimé, il manque de se suicider au mois de septembre, alors que ses fans l’attendaient à la Fête de l’Huma. Sauvé in extremis, il sera mis au repos forcé.
L’année suivante, le 29 août, il est victime d’une sortie de route en Lamborghini, sans gravité. En 1968, il tombe de scène à Johannesburg. Bilan: pied cassé, tendon d’Achille déchiré. Quelques mois plus tard, en février 1970, il se brise le nez au volant de sa DS. Sa passagère, Sylvie Vartan, devra subir plusieurs opérations de chirurgie réparatrice.
Les années passent, jusqu’à ce malaise sur scène en août 1980. En convalescence chez Richard Anthony, Johnny apprend sa mort par les journaux! Rebelote le 13 janvier 1981: l’artiste vient lui-même rassurer ses fans au journal télévisé. Le 13 août 1982, il se blesse à une hanche au cours d’un accident de moto. Johnny repart en tournée mais, le 8 janvier 1985, il s’écroule sur la scène du Zénith, à Paris, victime d’une crise de tachycardie. C’est l’année de la fameuse tournée inspirée du film Mad Max: le 7 juin, il se fait opérer de la seconde hanche, mais le mal persiste. Fin octobre, on lui diagnostique de l’arthrose.
«Les chirurgiens de Los Angeles ont dit qu’ils étaient outrés»
Jean-Claude Camus, le producteur de Johnny.
Johnny passe sept années tranquilles, jusqu’en 1992. Cette année-là, il se blesse dans le port de Saint-Tropez, puis au guidon de sa moto. Il achève la tournée Bercy 92 avec le torse bandé. Le chanteur est ensuite opéré d’une première hernie discale au mois de février 1996. S’essayant au jet-ski, en 2001, il se déboîte une épaule.
En 2006, il est contraint d’annuler une demi-douzaine de concerts à cause d’une bronchite aiguë, puis rien jusqu’en 2009, qu’il aborde sans imaginer le calvaire qui l’attend, amorcé par une glissade idiote sur un yacht de location, le 24 juillet à Monaco. Sans le check-up complet exigé dans la foulée, Johnny aurait pu être surpris par un mal plus insidieux. Il ne pouvait néanmoins se douter qu’après une deuxième hernie discale opérée à Paris, il finirait l’année aux soins intensifs à Los Angeles!
Le rocker aurait dû passer les Fêtes de Noël à Gstaad, puis le Nouvel-An à Saint-Barth. Le bilan médical complet, attendu mercredi, en décidera. Le Tour 66 a-t-il une chance de reprendre le 8 janvier à Amiens? «Même pas en rêve», selon Jean-Claude Darmon, ami du clan Hallyday.
On consultera avec intérêt le Fan’s Club Cent pour Cent Johnny, un club suisse exclusivement consacré à Hallyday dont le responsable est Marcel Aeby
Combien pèse Johnny?
La rock star française en chiffres
Johnny
n’est-il plus qu’un jouet manipulé par une épouse cupide, une
marionnette aux mains d’affairistes sans foi ni loi, au rang desquels
figure son propre beaupère, André Boudou, le père de Laeticia? Ces
accusations, formulées naguère par une cousine de la rock star,
reviennent aujourd’hui en mémoire de nombreux fans inquiets.
L’entourage de Johnny l’a-t-il poussé à bout en lui faisant faire une
dernière tournée de trop tout en le gavant de Voltarène pour soulager
ses douleurs? On pense évidemment à Michael Jackson, épuisé à la tâche
mais qui, désormais mort, rapporte beaucoup plus d’argent que durant
toute sa vie.
Une chose est sûre, Johnny Hallyday, l’homme aux
100 millions de disques vendus et aux 2500 chansons, encaisse
aujourd’hui des revenus personnels évalués à 10 millions de francs par
année. Durant plus de cinquante ans de carrière, l’ex-idole des jeunes
a fait gagner et a engrangé plusieurs centaines de millions de francs.
Un trésor de guerre dont il ne reste à peu près rien. Grand flambeur,
Johnny n’a jamais su compter, jetant littéralement l’argent par les
fenêtres, mais il a aussi beaucoup vécu à crédit. «En 1996, quand
Johnny a épousé ma fille, il avait 18 millions d’euros de dettes»,
claironnait André Boudou à Libération en 2005.
En fait, dès lors
Johnny chante surtout pour rembourser ses dettes et le fisc français.
«L’argent qui me manque, ce n’est pas celui que j’ai dépensé, c’est
celui que l’on ne m’a pas donné ou que l’on m’a pris», expliquait-il à
son ami Daniel Rondeau. Le chanteur n’a souvent pas su se préserver des
requins et il a mis du temps à se séparer de tous ceux qu’il
soupçonnait de s’être enrichis à ses dépens.
Début 2007, après un
retentissant procès contre Universal, Johnny a signé chez Warner pour 3
millions d’euros. Le contrat stipule qu’il touche 25% sur chaque CD
vendu et 1 million d’euros à la sortie de chaque nouvel album. Depuis,
il semble qu’il ait retrouvé un peu d’oxygène, également grâce à ses
contrats publicitaires pour Optic 2000 (environ 1 million d’euros pour
chaque nouveau spot), mais surtout par son empressement à gagner la
Suisse en décembre 2006, au bord de la faillite. «Quand j’étais plus
jeune, je ne faisais pas attention à l’argent. Depuis un certain temps,
j’ai remis un peu d’ordre dans ma vie», confiait récemment Johnny. A
Gstaad, il est soumis au fameux forfait fiscal qui lui coûte
«seulement» 900 000 francs par année, toujours nettement moins qu’en
France, où ses revenus étaient taxés à plus de 55%!