Votre enfant va se frotter pour la première fois aux règles de la COLLECTIVITÉ. Pour Didier Pleux et Gisèle George, spécialistes de l’enfance, c’est exactement ce qu’il lui faut.
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Céline Fossati - Mis en ligne le 18.01.2011
Il n’est jamais parti en colo. C’est tout juste s’il a passé quelques jours avec ses grands-parents, ou une nuit chez un copain. Et là, il va avec l’école en camp de ski. Comment va-t-il se comporter? Vat-il bien s’entendre avec ses camarades? Vous espérez qu’il sera prudent...
«Il va surtout apprendre la dure loi de la frustration. Et c’est tant mieux!» Pour le psychothérapeute Didier Pleux, spécialiste de la thérapie cognitive, il y a deux types d’enfants qui risquent plus que les autres de souffrir loin de leurs parents. Les petits tyrans, ou les enfants rois, qui ont l’habitude de toujours obtenir ce qu’ils désirent dans leur environnement familial, et ceux qui, surprotégés, sont très peu autonomes. Mais pour l’une comme l’autre de ces catégories, le spécialiste est d’avis que cette expérience est essentielle. «Elle va permettre à l’enfant de grandir et le rendra plus fort. C’est la confrontation au principe de réalité contre celui de son seul plaisir dans lequel il se complaît trop volontiers.»
DE L’ANGOISSEÀ LA CONFIANCE
Pédopsychiatre, Gisèle George partage l’avis de Didier Pleux. «Les enfants pathologiquement perturbés ou angoissés le sont dans la vie courante et sont déjà pris en charge.» Pour les autres, cette situation nouvelle n’est pas plus dramatique que leur premier jour d’école. Ce qui compte, pour la pédopsychiatre, c’est d’insuffler un peu de confiance en soi avant le départ, en partageant vos souvenirs de camp par exemple. «Votre enfant n’a pas besoin d’être rassuré, mais interrogé et guidé.»
Et si vous avez peur pour lui, il est inutile de le lui cacher. «Dites-lui plutôt: oui, je crains que tu te fasses mal. Je te demande donc de suivre les consignes de sécurité. Votre enfant pourra ainsi transformer votre angoisse en vigilance et s’en servir pour mettre en place les outils nécessaires à faire face à toute situation.»
PEUT-IL PRENDRE UN PORTABLE?
Il dit OUI
Didier Pleux, Dr en psychologie du développement, psychothérapeute, directeur de l’Institut français de thérapie cognitive.
«Bien sûr. Le portable peut être utile en cas d’urgence ou pour des enfants particulièrement fragiles. Mais il faut fixer des limites claires pour qu’il ne l’empêche pas de vivre pleinement sa nouvelle expérience. Rappelez-lui que des adultes sont sur place pour régler ses problèmes. Pour développer ses talents, un enfant doit faire des choses sans ses parents, se frotter à de nouvelles limites, à d’autres règles. Et ce n’est pas en l’appelant tout le temps ou en lui permettant d’utiliser son portable à tout moment comme bouée de secours qu’il pourra le faire.»
A lire: Mon enfant est heureux, Didier Pleux, Ed. Odile Jacob, 256 p.: 39 fr. 60. www.institut-ret.com
Elle dit NON
Gisèle George, pédopsychiatre spécialiste de l’enfance et de l’adolescence.
«Il n’y a aucune raison. La maîtresse a un portable dont elle saura se servir en cas de nécessité. L’enfant a besoin d’acquérir son autonomie en faisant de nouvelles expériences et n’a pas besoin d’un cordon virtuel sous forme de téléphone. Dans la majorité des cas d’ailleurs, la perspective d’un camp de ski stresse et angoisse les parents, mais pas leur enfant. Lui se pose simplement des questions sensées auxquelles il faut répondre avant son départ avec tout son bon sens. Tu as peur de tomber à skis et de te faire mal? Je comprends. Mais qui ne fait rien ne risque rien. Et il y a des moniteurs qui veillent sur ta sécurité. Ecoutes-les, fais-leur confiance et tout se passera bien.»
A lire: La confiance en soi de votre enfant, Gisèle George, Ed. Odile Jacob, 227 p.: 14 fr. 50.