Et si Carla Bruni-Sarkozy commençait à se lasser? Non pas de Nicolas Sarkozy, mais de sa fonction de première dame de France. Cécilia a tenu six mois; la troisième épouse du président de la République marque les premiers signes d’essoufflement après deux ans.
Depuis quelques semaines, la belle Italienne a bien du mal à masquer une certaine irritation. Invitée sur RTL par Harry Roselmack, elle a profité d’une pause publicitaire pour menacer de se «casser».
Il y était question de l’affaire Clearstream, panier de crabes où s’entre-dévorent son époux et son rival, de Villepin, qu’elle connut avant le président. «Je n’ai pas forcément envie d’intervenir sur les sujets d’actualité à tout bout de champ», justifia-t-elle après coup (de sang). Là où Carla Bruni, la chanteuse, accepte les critiques sur son activité artistique, Carla Bruni-Sarkozy, la femme (de) politique, n’admet pas que l’on puisse remettre en doute son action.
Il faut dire que les deux se confondent parfois jusqu’à l’absurde. Ainsi la semaine dernière…
La reine du consensus
Carla devait se produire le 5 février au Festival de San Remo. Mais quelqu’un lui a dit de renoncer. L’Elysée, selon le Corriere della Sera et La Repubblica. Un chanteurcompositeur italien, Simone Cristi, participait au concours avec un pamphlet anti-Carla. L’artiste en aurait sans doute souri, la première dame ne peut tolérer l’affront.
Ses deux ans à l’Elysée (une figure de style, elle n’y vient que les week-ends) auraient été moins lourds à porter si l’ancien mannequin à scandale n’avait voulu se refaire une virginité. Depuis qu’elle a ajouté Sarkozy à son patronyme, Carla Bruni s’échine à vouloir jouer la commedia dell’arte. La voleuse de maris, la féline indomptable qui se clamait polyandre et avide de passions renouvelées est devenue la reine du consensus, l’incarnation stéréotypée de la bonne épouse. Les Guignols ont raillé sa propension à toujours dire noir mais aussi blanc. Ses formes parfaites ne transcendent plus désormais que les créations des plus grands couturiers de l’Hexagone. Mais, même là, elle privilégie toujours le bon goût à l’audace, le politiquement correct à la sincérité.
La raison d’Etat, direz-vous… Et Michelle Obama? Les deux femmes partageaient trois points communs au moment d’accéder au pouvoir: la beauté, l’indépendance (elles gagnent alors bien plus que leur mari) et la mauvaise réputation (la mama noire acariâtre pour l’une, la mangeuse d’hommes pour l’autre). Mais, depuis, Michelle s’affirme, alors que Carla s’efface derrière celui qu’elle n’appelle jamais Nicolas mais toujours «mon mari».
Il n’y a guère que Clotilde Courau, épouse du prince de Venise Emmanuel-Philibert de Savoie, qui puisse rivaliser avec Carlita dans cette surenchère de mièvreries dégoulinantes. «Notre vie personnelle est très douce, très calme», assure-t-elle. D’accord, elle est entrée en Ve République un mercredi de décembre au parc Disney, mais faudrait pas nous prendre pour des mickeys… Personne ne peut croire un instant que la vie au sommet du pouvoir est un conte de fées.
Une élève douée
A-t-elle cherché à cacher que le job n’était pas fait pour elle? «Je suis nouvelle dans le métier», reconnaissait-elle il y a deux ans. Aujourd’hui, elle fait mine de suivre sans peine le peloton. «Quand je regarde les autres premières dames dans le monde, je n’ai pas le sentiment d’être à part.»
L’élève semblait pourtant douée. Le 26 mars 2008, lors de l’une de ses premières sorties officielles, elle atteint une sorte de perfection dans l’art d’éblouir tout en restant à l’arrière-plan. Reçue par la reine d’Angleterre au château de Windsor, Carla ne commet aucun impair, se montre parfaitement à l’aise, à sa place. Les Français l’adoptent, les Anglais sont sous le charme. A tel point que, deux ans après, elle jouit encore d’une cote intacte en Angleterre. Elle y reviendra en conquérante le 18 juin, au côté de son mari, pour les cérémonies du 60e anniversaire de l’appel du général de Gaulle. Un rendez-vous que la presse britannique présente déjà comme «la seule perspective aguichante» du futur premier ministre anglais.
L’accueil est plus frais en Italie. Nul n’est prophète en son pays, et Carla Bruni réserve ses derniers coups de griffes à la Péninsule, qui lui fait honte quand Berlusconi fait de l’humour sur le «bronzage» de Barack Obama.
La Botte le lui rend bien. L’an dernier, lors du sommet du G8, la presse berlusconienne a pris fait et cause pour «Super Michelle, couronnée reine de Rome» au détriment de Carla Bruni, «lady snob», accusée d’avoir courbé les activités prévues pour les épouses de chefs d’Etat et d’être allée visiter seule les sinistrés du tremblement de terre de L’Aquila.
En France, son image est plus policée, plus froide. Un sondage réalisé en début d’année la révèle trop distante aux yeux des Français. Ils la jugent à la hauteur de sa tâche (55%), estiment qu’elle est un atout pour le président (65%), notamment à l’étranger (62%) et la pensent globalement sincère (68%). Mais le premier adjectif que les Français lui associent est: «indépendante». Carla est aussi et surtout jugée «trop éloignée des préoccupations immédiates des Français». Un sur deux seulement est au courant de ses engagements humanitaires au service de la lutte contre le sida et l’illettrisme.
Jusqu’à la caricature
Est-ce totalement un hasard si le toujours bien intentionné Paris Match a présenté la semaine dernière un reportage exclusif sur les traces de Carla Bruni-Sarkozy au Bénin? Flanquée de Melinda Gates, l’épouse de l’homme le plus riche du monde, la première dame officiait comme ambassadrice du Fonds mondial de lutte contre le sida. Ecrit au jus de guimauve, l’article a déclenché une vague de protestations inédites sur le site internet du magazine. Ce n’est pas tant Carla elle-même qui exaspère, mais «ce personnage cousu de fil blanc qu’elle incarne jusqu’à la caricature». «Quel cinéma!» s’exclame un lecteur. «Arrêtez avec vos titres ridicules (Carla, première dame de cœur), vous nous prenez pour des imbéciles?» «Article de propagande. Ridicule!» «C’est risible d’outrance…» On en passe et des censurés, paraît-il…
Pourtant, il y a de bonnes choses dans cet article. L’énoncé du problème, notamment: «De gauche et mariée à un président de droite, bohème et soumise au protocole, intelligente et obligée de se taire.» Ce grand écart permanent exige de la souplesse.
Masque de cire
Les fissures qui apparaissent ne sont que plus visibles sur le masque de cire que Carla Bruni-Sarkozy s’obstine à porter. «A-t-elle intégré les contreparties que le pouvoir suprême exige? se demande François Némo, spécialiste de la communication de marques. Faire abstraction de sa personne. N’exister qu’à travers une fonction. Le refus de s’approprier son rôle, se cacher, rester entre deux eaux, comme si de rien n’était.» «Comme si de rien n’était», le titre de son troisième album, sorti l’été dernier.
Michelle Obama, appréciée par 68% des Américains, a su s’adapter sans se renier parce qu’elle sait pourquoi elle est à la Maison Blanche. Pour faire avancer la cause des Noirs. Carla Bruni-Sarkozy, elle, veut bien être un peu première dame, mais pas trop. Un jour oui, un jour non. Elle consulte peu le conseiller personnel que lui a affecté l’Elysée et n’accepte qu’un voyage officiel par mois, trop éprise de sa liberté. Sur TF1, elle l’a même dit avec une spontanéité retrouvée: une prolongation de cinq ans du bail élyséen ne l’enchanterait pas plus que ça. «S’il se représente, c’est son affaire. En tant qu’épouse, comme ça, dans l’intimité, un mandat me suffirait.» Encore deux ans…