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Article n°1/1
Finale de la Coupe du monde
Ce cheval est un joyau
Les meilleurs destriers du monde sautent à Genève du 14 au 18 avril 2010. Gros plan sur l’un des plus prestigieux: «Peu a Peu», monté par le Suisse Daniel Etter. Et présentation de cinq couples célèbres.

Par Marc David - Mis en ligne le 19.04.2010

Son caractère

Peu a peu (sans accent sur le a) est le cheval de tête de son écurie et il le sait. «Il est beaucoup plus gâté que les autres», glisse son cavalier, Daniel Etter. Des chevaux se moquent de ces attentions, pas lui. Ce hongre de 14 ans est une vedette qui aime que l’on s’occupe de lui avec la sollicitude que son statut exige. Il est le premier à recevoir une caresse quand son cavalier pénètre dans l’écurie. Le premier à se faire servir sa nourriture. «Peu a peu est sensible, il a besoin de sécurité.» Il aime la caresse impromptue, la parole gentille si l’on passe près de lui.

«S’il pouvait, il vivrait toute la journée avec quelqu’un dans son box.» Ces efforts paient. «S’il a confiance, il est capable de se jeter au feu pour moi.»

Le cavalier le monte chaque jour, environ une heure. Puis le cheval part en promenade et termine son entraînement par une séance sur un appareil appelé «marcheur». La groom, une Hollandaise prénommée Mendy, ne le quitte pas. Elle le soigne, le brosse, dort dans le camion pendant les concours. Employée depuis cinq mois chez les Etter, elle n’a pas encore souhaité prendre un seul jour de congé. «Les meilleurs grooms sont un peu cinglés…» sourit Etter, qui n’oublie jamais de plaisanter. Lui a besoin, parfois, de ne pas voir de cheval pendant une journée.

Son entretien

Deux fois 6 kilos de foin. Trois fois 3 kilos d’un mélange d’avoine et de mélasse. Environ 50 litres d’eau. Voilà ce que consomme quotidiennement ce cheval qu’on lustre et qu’on bichonne comme une Ferrari. «On s’occupe plus de lui que de nous…» avoue Etter. Dans une compétition longue de quatre jours comme la finale de Genève, il reçoit aussi des vitamines et beaucoup d’huile, pour conserver sa force. Il pèse 620 kilos. En cas d’effort très intense, il peut perdre jusqu’à 15 kilos en une heure.

Son prix

Il n’est pas à vendre et Daniel Etter espère qu’il ne le sera jamais. Il appartient à la cavalière allemande Tina Pol. «Je n’aurais pas les moyens de l’acheter», explique le cavalier. Vu son niveau et son âge – les chevaux les plus compétitifs ont entre 8 et 12 ans – il serait à vous pour 2 millions de francs. Mais on peut aussi acheter un cheval jeune pour quelques milliers de francs et le faire grandir. Etter, lui, a l’assurance de garder Peu a Peu. «Tina Pol est une amie. Elle m’a assuré que je pourrai le monter jusqu’à la fin de sa carrière.»

Ses concours

Le jour J, Daniel Etter le monte déjà deux heures avant l’heure. Puis le cheval rentre à son box, reçoit une douche, se fait préparer et tresser par la groom. Juste avant d’entrer en scène, le cavalier le fait marcher plus tôt qu’un autre, selon l’ordre de passage.

«C’est toujours un désavantage d’avoir un petit numéro.» Le cheval aime sauter. «Pour lui, c’est un jeu. Il déteste voir le camion partir sans lui. Après le concours, il sait s’il a réussi. Je vois comment il est relax, comment il rêve du passé. A Oslo, quand nous avons gagné, il était le roi.»

Son cavalier

Il s’en souvient comme d’hier, c’était un mardi. Cette journée de 2006 où le cavalier bernois Daniel Etter (34 ans) a essayé Peu a peu pour la première fois. Il l’avait vu à la télévision. Le cheval avait fait tomber une ou deux barres. Il passait pour un animal «un peu compliqué».

Quand sa propriétaire, Tina Pol, vient le lui présenter dans son manège de Müntschemier (BE), il n’est pas encore convaincu. «Je me disais que c’était un bon cheval, sans rien de spécial.»

«Ce cheval m’a aidé à trouver la confiance en la haute compétition»

Sa première impression se confirme sur les petits obstacles. Jusqu’à moins de 130 cm, il n’explose pas. Tout à coup, miracle. «Sur les barres plus hautes, il a pris toute sa dimension!» Le cavalier vient de trouver la monture qu’il attendait depuis toujours. «Je n’ai jamais été considéré comme une star. Ce cheval m’a aidé à trouver la confiance dans la haute compétition», dit-il, modeste.

Avec quels résultats! Deux succès en Coupe du monde en 2009 et un titre de champion d’Europe par équipe. Il rêve de Londres, en 2012. «J’aimerais planifier les Jeux, mais ce sont les chevaux qui décident…»




Let’s Fly hongre hanovrien de 11 ans, et Rodrigo Pessoa cavalier brésilien de 37 ans

Baloubet du Rouet, ce merveilleux étalon français avec qui le cavalier brésilien connut tous les honneurs, goûte à une verte retraite en Belgique. Dur d’en faire le deuil. Une école de patience et d’acceptation. Rodrigo Pessoa a ainsi connu une de ces traversées du désert qui surviennent dans la carrière de chaque cavalier. Le champion olympique et du monde a beaucoup monté en Amérique. Il y a retrouvé un sponsor fortuné, Hunter Harrison, et de très bons chevaux. Un élégant hanovrien tente aujourd’hui de remplacer l’irremplaçable. Let’s Fly a une ascendance royale: il est le demi-frère (par la mère) du meilleur cheval du monde, le somptueux Shutterfly de Meredith Michaels Beerbaum. Du sang bleu pour un roi, Rodrigo est de retour.

Le regard d’Alban Poudret:

«La belle équitation, le talent à l’état pur. Rodrigo monte un hongre, particulièrement élégant, qui lui va très bien. En mai 2008, il a remporté le GP de Rome avec une aisance magnifique. J’ai eu là-bas l’impression d’assister à une renaissance. Depuis, il a enchaîné les victoires.»




Plot Blue étalon hollandais de 13 ans, et Marcus Ehning cavalier allemand de 33 ans

Trois mèches de cheveux poil de carotte sur une frêle silhouette: une allure sans tape-àl’œil pour cet Allemand qui est sans doute le cavalier le plus adulé du moment. Chacun de ses parcours ressemble à une leçon d’équitation. Début avril, dans le cadre majestueux du Grand Palais, à Paris, il a triomphé avec une aisance de seigneur médiéval. A Genève, il entend miser sur Plot Blue, son cheval de tête. Pour les généalogistes, il s’agit d’un fils de l’étalon Mr. Blue, un ex-vainqueur de GP en Coupe du monde. Ainsi que sur sa délicate Küchengirl, fille de Lord Z. Esthètes, précipitez-vous et prenez votre carnet de notes.

Le regard d’Alban Poudret:

«Ehning, à cheval, c’est la classe absolue. Toujours juste et discret, il sait faire sauter un cheval comme personne d’autre peut-être. Jusqu’en 2006, il gagnait tout. Puis il a connu des déconfitures aux Mondiaux et aux Européens, avec sa facétieuse Küchengirl. A Genève, il donnera la priorité au très fiable étalon Plot Blue, propriété d’une Suissesse.»




Mylord Carthago étalon français de 10 ans, et Pénélope Leprévost cavalière française de 29 ans

L’équitation se décide souvent sur des rencontres. Cette cavalière au prénom d’héroïne grecque a ses Ulysse. Normande de Rouen, née dans une famille sans rapport avec le milieu équestre, elle a d’abord noué une idylle avec Mylord Carthago, athlétique étalon issu des haras nationaux français: un fils de Carthago Z, qui se couvrit de gloire avec le Belgo-Hollandais Lansink. Puis elle s’est trouvé un mentor avec le grand cavalier Michel Robert, pédagogue écouté par tout le milieu hippique. Son dernier lien, plus amoureux, cette maman de 28 ans vient de le tisser avec son équipier français, Kevin Staut, champion d’Europe en titre. Tout est réuni pour celle qui dit d’elle qu’elle était «une petite fille super timide. Monter à poney m’a libérée.»

Le regard d’Alban Poudret:

«La révélation 2009. Pénélope la joue plutôt profil bas, ne révélant pas ses légitimes ambitions. En fait, c’est une crocheuse, une gagneuse. Elle cache une main de fer sous des allures très élégantes L’air de rien, elle a fini dans les trois ou quatre premiers lors de toutes ses dernières sorties.»




Sapphire jument belge de 15 ans, et McLain Ward cavalier américain de 34 ans

Une histoire de fils, de pères et de chevaux. Comme les Guerdat, les Pessoa, les Whitaker. Le père de McLain, Barney Ward, est un ex-cavalier devenu un rude fermier et marchand de chevaux installé dans l’Etat de New York. Son fils est d’un naturel plus fin. A 6 mois, il montait déjà. Avec respect: «J’ai appris dès le début que les chevaux ne devaient pas être traités comme des animaux domestiques. C’est grâce à eux que nous avons notre ferme et notre vie d’aujourd’hui.» Avec Sapphire, il parle d’«un mariage heureux. Elle est si facile.» Une jument puissante et généreuse qu’il a trouvée chez le cavalier belge François Mathy. Elle l’a docilement mené à deux titres olympiques de suite, en 2004 et 2008.

Le regard d’Alban Poudret:

«McLain est un type discret, doué et bosseur. A 14 ans, il gagnait déjà les grandes finales de style en Amérique. Grâce à lui et à Beezie Madden, les grands duels Europe-Amérique renaissent, pareils à ceux des années 90. L’an passé, à Las Vegas, il a failli redonner à l’Amérique une victoire qu’elle attend depuis vingt ans.»




Jalisca Solier jument française de 13 ans, et Steve Guerdat cavalier suisse de 27 ans

Jalisca est apparue dans la vie de Steve Guerdat comme l’îlot sous les pieds de Robinson. Le Jurassien venait de passer quatre ans dans un manège hollandais. Il y avait évolué de monture en monture, en un tournus qui lui convenait mal. Ultime crève-cœur, son cheval Tijl venait de lui être enlevé par l’héritière Onassis et son chéquier. Jalisca est arrivée, cadeau de l’horloger Yves Piaget. Un bijou pour Guerdat, qui rêvait de tisser une relation sur la durée. Il a eu besoin de toute sa science pour tirer le meilleur de cette jument sensible, atypique, mais avec du brio et du sang. La monter a passionné ce jeune cavalier, prodige de méticulosité qui, à 12 ans déjà, laissait voir toutes les attitudes du champion qu’il est devenu.

Le regard d’Alban Poudret:

«Je me souviens de ce lundi de septembre 2006 où Steve m’a appelé: «Alban, je tiens un cheval pour faire un tout bon Genève et aller aux Jeux. J’espère pouvoir le garder!» Trois mois plus tard, il gagnait à Palexpo. Steve, on a vite réalisé son talent. Je le revois aux écuries, enfant, toujours avec les chevaux. Il ne s’est jamais dispersé.»




Voir les chevaux, guide pratique

L’entraînement

A Genève, les plus beaux chevaux de saut du monde sont à portée de regard, tout proches. Les organisateurs sont même des précurseurs. «Sur le circuit indoor, seul Bordeaux nous a précédés dans la volonté de permettre au public d’assister aux entraînements», note Alban Poudret. Cette année, il est possible de se tenir sur les quatre côtés du paddock d’échauffement (34x50 m). Un bar le jouxte et une passerelle domine le passage des chevaux.

La nourriture

Haut les panses: 10 000 kilos de foin ont été acheminés à Palexpo. De quoi rassasier les 130 chevaux de saut et les 30 chevaux d’attelage installés dans 390 box. Soixante tonnes de paille et de copeaux servent au confort de ces grands délicats.

L’arène

La grande piste vaut le coup d’oeil. Avec ses 4700 m2 recouverts de sable et de fibres synthétiques, elle régale les 11 000 spectateurs de l’arène. Spectacle total.

Les sorties

Coincée entre l’autoroute et la ville, la halle de Palexpo permet-elle aux chevaux de s’ébrouer? Vétérinaire en chef, le Dr Pierre-Alain Glatt assure qu’ils pourront toujours mettre le nez dehors. Deux plages, le matin (une à deux heures) et l’après-midi (une à deux heures), sont prévues pour qu’ils puissent respirer. Voir le soleil.

Le voyage

Les chevaux arrivent par camions. Septante semiremorques sont parqués dans les halles. Les grooms y dorment souvent. Quant aux 14 chevaux venus d’Amérique du Nord (Etats-Unis, Canada et Mexique), ils débarquent par avion, via Francfort ou Amsterdam. Selon le règlement de la fédération internationale, c’est l’organisation du concours qui paie leur voyage. Soit environ 300 000 francs.

Le Swiss spirit

Le concours de Genève, c’est aussi une centaine de stands d’exposition, dont deux chapiteaux. L’un d’eux est marqué du sceau de l’Helvétie, avec jodleurs, lanceurs de drapeaux et sonneurs de cors des Alpes.

Les billets

Ils peuvent être commandés auprès de www.resaplus.ch. Ils coûtent de 15 à 150 francs pour un adulte selon la journée choisie. La journée du dimanche est complète.

Pour tout autre renseignement: www.worldcupgeneva.com




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Tags: animaux, «Peu a peu», cheval, compétition, Daniel Etter, cavalier, Coupe du monde, Rolex Aller en haut de page Haut de page

 

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