Parmi tous les accessoires des rites funéraires, les CERCUEILS FIGURATIFS des Ga du Ghana comptent parmi les plus singuliers. Traduction française d’un ouvrage somme de l’ethnologue bernoise Regula Tschumi.
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Jean-Blaise Besençon - Mis en ligne le 04.05.2011
En 1989, les Magiciens de la Terre, une exposition d’art contemporain organisée au Centre Pompidou, à Paris, faisait découvrir au grand public des cercueils comme jamais vus. En forme de poisson, de stylo à bille, d’avion, de tomate, de poireau ou de téléphone portable: de véritables sculptures, peintes de couleurs éblouissantes et d’un réalisme irrésistible. Depuis, ces véritables œuvres d’art sont exposées dans les galeries et les musées du monde entier. Pourtant, au Ghana où ils sont fabriqués, ils sont pour la plupart bel et bien toujours enterrés.
Ethnologue mais aussi historienne de l’art et des religions, la Bernoise Regula Tschumi est partie à la découverte de ces saisissants objets et de leurs créateurs. Qui a donc inventé ces curieux cercueils figuratifs? C’était au début des années 50. Après le décès de sa mère, un menuisier eut l’idée de lui fabriquer un cercueil en forme d’avion – elle avait toujours rêvé d’y monter. On raconte aussi qu’à la même époque un roi se faisait construire un palanquin en forme de cabosse de cacao. Comme il est mort avant que l’objet soit achevé, sa famille décida de l’enterrer dans son grand fruit. Une autre histoire résume comment cette tradition s’est rapidement répandue. Une femme de pêcheur avait été inhumée dans un poisson. Inconsolable, son mari mourut peu après et on eut alors l’idée de l’enterrer dans un bateau en imaginant qu’il pourrait ainsi, tôt ou tard, repêcher son amour!
Lorsqu’un menuisier ga fabrique un cercueil en forme de pirogue, il ne procède pas en évidant un tronc comme on le ferait de façon traditionnelle pour un véritable bateau. En plus d’un savoir-faire absolument extraordinaire, il utilise des techniques occidentales, et sans doute apprises de missionnaires bâlois, qui furent particulièrement nombreux dans cette région. Assemblés de petites planches, les cercueils sont ensuite soigneusement poncés et peints. Les cercueils rectangulaires (certains représentent des forts construits autrefois par les colons, un autre est une miniature du centre Beaubourg) sont plus faciles à réaliser que les arrondis, comme ceux en forme d’épis de maïs, de pieds de cochon ou de fusil de chasse! Construits autour de gabarit, ils demandent alors une formidable habileté à l’artisan. Inspirés à la fois de tradition chrétienne et de croyances africaines, «les trésors enterrés des Ga» brillent d’une puissante inspiration sacrée.
Les trésors enterrés des Ga - L’art des cercueils au Ghana, Regula Tschumi, Ed. Benteli.