Hubble n’est pas seulement le meilleur ambassadeur de la NASA grâce à ses superbes clichés, c’est aussi un détective, toujours mieux armé, qui permet de mieux comprendre dans quel univers on flotte.
Par
Philippe Clot - Mis en ligne le 22.09.2009
Trente heures de boulot assurées par les
astronautes de la navette spatiale accourue à son chevet il y quatre
mois auront suffi pour prolonger de dix ans la vie active du grand
télescope spatial. Le gros bidule informe semblait pourtant à l’agonie,
mais la NASA a finalement estimé qu’elle ne pouvait pas se passer d’un
si prestigieux instrument en attendant le lancement dans l’espace de
son successeur.
Il ne restait plus qu’à vérifier ce que les
réparations et l’ajout de nouveaux instruments allaient donner comme
résultat. Pas question de fanfaronner prématurément car, à la NASA, on
se souvient très bien du ratage initial: placé sur orbite en 1990, le
télescope s’était révélé être… myope. Une erreur de conception du
miroir avait rendu Hubble quasiment inutile durant ses trois premières
années. Il avait fallu une première mission de réparation en 1993 pour
que cet instrument puisse enfin faire parler sa puissance et, surtout,
son affranchissement de l’atmosphère terrestre qui pénalise les
observations depuis la Terre.
Soulagement à la NASA
La
dizaine de nouvelles photos publiées par la NASA de cet Hubble dopé
notamment par une ancienne caméra réparée et renforcée, ainsi que par
une autre caméra, toute neuve celle-là, démontre un énorme saut
qualitatif. Le télescope spatial aura décidément vécu à sa façon les
vingt années de progrès de la photographie numérique. Une batterie de
filtres permet aussi de mieux apprivoiser les différentes longueurs
d’onde de la lumière. Car Hubble, contrairement à l’œil humain, «voit»
non seulement la lumière conventionnelle, mais aussi les infrarouges
(comme les moustiques) et les ultraviolets. Encore faut-il ensuite
savoir bien coloriser ce spectre pour en faire des images scientifiques
et non décoratives.
«La nouvelle caméra renforce la puissance de Hubble de 20, voire 35 fois!»
Dr Joe Liske, ingénieur de la NASA
Après une période de calibration de ces
nouveaux instruments, la NASA les a testés sur des grands classiques
astronomiques. Et la comparaison avant-après est sans appel: qu’il
s’agisse de la nébuleuse du Papillon ou du Quintet de Stephan, ces nouveaux clichés sont sidérants de finesse.
L’aspect laiteux des anciennes photos a disparu pour laisser place à
des modelés restituant la structure de ces nuages proches de notre
système solaire ou de ces gigantesques îles d’étoiles 10 000 fois plus
distantes. «La nouvelle caméra renforce la puissance de Hubble de 20,
voire 35 fois», exulte Joe Liske, un responsable du projet.
De l’argent gaspillé?
S’il
faut trouver un défaut à Hubble, c’est son coût. Sa longévité et
l’amélioration de ses capacités ont en effet été assurées à coups de
dizaines de millions de dollars au fil des missions de réparation. Si
la NASA n’a pas lésiné sur les moyens pour bichonner l’engin, c’est que
ce télescope spatial fut et reste son principal ambassadeur auprès du
grand public. Et il est crucial d’avoir l’opinion publique avec soi
quand Washington vote les budgets fédéraux… Mais Hubble, c’est aussi et
surtout un instrument de savoir irremplaçable.
Les partisans de
la recherche fondamentale, et notamment de l’astrophysique, ont des
arguments cinglants pour défendre leurs subventions face aux voix qui
s’élèvent contre ces onéreux gadgets. Savez-vous par exemple que les
GPS, désormais si banals dans les voitures et dans les sacs de
randonnée, ne pourraient pas fonctionner correctement s’ils
n’intégraient pas dans leurs calculs la fameuse et néanmoins obscure
théorie de la relativité d’Einstein, théorie en partie inspirée par
l’étude de l’Univers? Savez-vous aussi que, sans la mécanique
quantique, l’autre grand domaine de la physique, encore plus
incompréhensible pour les profanes mais tout aussi étroitement lié à la
cosmologie, il aurait été impossible de développer ces bijoux de
miniaturisation que sont les téléphones mobiles et autres ordinateurs
portables? Comme quoi la recherche fondamentale, même quand elle se
tourne vers l’infiniment lointain comme le fait Hubble, ne se situe pas
forcément à des millions d’années-lumière de nos petites préoccupations
quotidiennes.
Hubble perd moins de temps
Cette
image, plus étrange que belle, fait partie de la petite moisson de
clichés du «nouveau» Hubble. Mais c’est ce genre de taches jaunâtres
qui enthousiasme le plus les astrophysiciens. Il s’agit ici de l’amas
de galaxies Abell 370, situé à 6 milliards d’années-lumière. Outre son
effarant éloignement, ce ballet de galaxies a la propriété de courber
l’espace, telle une lentille, et de favoriser ainsi l’apparition
d’objets plus éloignés se situant derrière lui (tel le bandeau en haut
à droite). Cette photo d’une qualité inédite d’Abell 370 a permis de
vérifier que les nouveaux capteurs ont besoin de beaucoup moins de
temps de pose que les précédents. Un avantage économique inestimable.
Un laborantin du cosmos
Une
des grandes forces de Hubble, moins évidente que ses talents de
photographe, mais plus féconde sur le plan scientifique, consiste à
analyser la matière des objets qu’il observe. Mais comment peut-il
jouer au laborantin sans toucher les gaz, les flammes et les poussières
de ces astres dont il ne récolte qu’un peu de leur lumière? Grâce à son
spectrographe (appareil décortiquant les différentes lumières) - réparé
lui aussi en mai dernier -, l’engin ne réalise pas seulement ce cliché
d’un pilier de gaz de la nébuleuse de la Carène, mais il devine aussi,
au fil du spectre de lumière qui lui parvient, les éléments chimiques
qui composent les gaz brûlants de la nébuleuse.