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CHAMPIONS TOUT NEUFS
L’AIDE SPORTIVE SUISSE, qui fête ses 40 ans, vient de désigner les deux grands espoirs romands 2009. Une escaladeuse jurassienne et un skieur valaisan ont été élus à l’unanimité par un jury de grands médias romands. Prometteurs, ils prennent la succession des Lambiel, Zurbriggen, Bacsinszky.

Par Marc David - Mis en ligne le 11.05.2010
Une chaîne humaine. Une suite de maillons qui se tiennent par la main pour avancer ensemble, même si la pente sous les semelles se fait parfois oblique et glisse un peu.

L’image est vaguement biblique, sauf que l’Aide sportive suisse ne vénère aucun veau d’or, sinon celui de l’accomplissement par le geste sportif. Dans la chaîne humaine qui figure sur son site (www.aidesportive.ch), tout le monde peut télécharger sa propre photo et entrer dans la chaîne. Elle apparaîtra peut-être à côté d’une étoile du sport suisse, Stéphane Lambiel, Didier Cuche, Simon Ammann, Roger Federer. Figurent aussi de jeunes espoirs, karatékas, gymnastes, multiples représentants de mille autres disciplines.

L’Aide sportive a 40 ans cette année. Fondée au lendemain d’un désastre national (zéro médaille lors des Jeux olympiques d’Innsbruck, en 1964), elle se crée le 7 avril 1970. A cette époque-là, les stars qui emplissent les gazettes se nomment Bernhard Russi, Roland Collombin ou Meta Antenen, et les athlètes n’ont pas encore de manager ou de plan média sophistiqué. Ils ont pourtant autant besoin d’un soutien financier que les jeunes pousses d’aujourd’hui. Avant de se centrer sur les espoirs, la première aide est adressée à des sportifs de pointe, détenteurs d’une carte de sportif d’élite délivrée par un comité national.

A travers le temps, l’Aide sportive a distribué près de 100 millions à quelque 14 000 sportifs. Elle donne annuellement 2,5 millions de francs à 2500 jeunes sportifs issus de tous les horizons.

«UN RÔLE SAIN»

Une ribambelle de noms connus en ont bénéficié un jour, dont certains remercient aujourd’hui avec chaleur. Médaillé olympique de judo en 2008, Sergei Aschwanden explique combien «il n’est pas évident pour les parents d’épauler et combien une aide financière donne du courage aux jeunes athlètes dans un monde du sport de haut niveau aussi magique que difficile». A sa suite, Didier Cuche se réjouit car «le sport joue un rôle sain dans toute la société».

Même Ernesto Bertarelli s’y associe: «Ce soutien est important pour que les sportifs puissent réaliser leurs rêves.» Quant à Anita Protti, elle se souvient de «ce petit plus qui donne envie de faire plaisir». Aujourd’hui, les bénéficiaires se nomment Murisier, Choong, Sprunger. Des athlètes en devenir, au bord du succès, presque au but.

PRIMES AU SUCCÈS

Depuis 2004, l’Aide sportive soutient les jeunes sportifs par le financement des projets des fédérations et par des parrainages, des primes au succès, des bourses scolaires. Jusqu’à la récompense suprême: le titre d’espoir suisse de l’année (soutien mensuel de 800 francs) ou d’espoir romand (500 francs). Un joyeux coup de main avant de se lancer dans la cour des grands et de se déchaîner, peut-être.




«Il m’arrive de regarder les chimpanzés»
Katherine Choong, 18 ans


MEILLEUR ESPOIR FÉMININ

Cette vive Jurassienne grimpe avec un tel cocktail de force et de souplesse qu’elle a été sacrée l’an dernier championne du monde junior d’escalade sportive.

Un avertissement aux parents, d’abord: si votre tête blonde grimpe aux arbres comme elle respire, si elle considère le moindre muret comme un chouette terrain de jeu, ouvrez l’œil. Il pourrait s’agir d’une petite Katherine Choong, qui depuis toute jeune gravit si bien toute ébauche de verticalité qu’elle en est devenue championne du monde junior d’escalade sportive l’an dernier. C’était à Valence, en France.

Ses parents désignent leur jardin, devant leur villa de Glovelier (JU). «Elle a commencé à grimper ici, avec son frère et sa sœur. Ils s’étaient même bâti une cabane dans les arbres.» D’un tempérament vif et impatient, la fillette parcourait déjà les gorges de Moutier à 8 ans. «Au début, j’étais pourtant plutôt une froussarde», sourit-elle de ce joli sourire métis, le papa originaire de Singapour, la maman d’Italie.

LA DERNIÈRE PRISE

Un entraîneur de Porrentruy, Carlos Sebastien, a flairé son talent. Le champion du monde Cédric Lachat a pris le relais, lui a inculqué les trucs de la compétition. «Je grimpe souvent dans son garage, à Courtedoux», explique-t-elle. La gymnasienne s’entraîne quatre ou cinq fois par semaine, vadrouille jusqu’à Berne ou à Zurich pour trouver de belles salles, de belles parois.

«Monter, c’est mon bonheur. Dans les zoos, il m’arrive de regarder les chimpanzés, leurs mouvements.» Elle grimpe avec une fluidité bien à elle. S’accroche avec un mélange de grâce et de volonté. «Il faut se battre pour la dernière prise, quand les muscles sont tendus, quand l’adrénaline arrive. Je ne trouve pas cela désagréable», dit-elle.

Sage lycéenne à Porrentruy, elle passe sa maturité en juin. Puis ce sera les lettres, à Neuchâtel. Côté sportif, la défense de son titre, à Edimbourg. Elle ne lâchera pas prise. «J’apprécie aussi la montagne. Mais je n’aime pas marcher…»

Mécanicien et employée de commerce, les parents ont toujours encouragé, accompagné. Une saison coûte environ 7000 francs, sans le matériel. Or, une simple paire de chaussures vaut 200 francs et elle ne dure que deux mois. Mais leur fille est heureuse quand elle monte. Ce doit être cela, élever un enfant.




«Je suis tout le temps à la limite»
Justin Murisier, 18 ans


MEILLEUR ESPOIR MASCULIN

L’apprenti bûcheron de Prarreyer (VS) est un des plus sûrs talents du ski suisse. Polyvalent et bien entouré, notamment par Steve Locher, il ne veut rien précipiter.

Si Justin Murisier regarde la montagne au-dessus de sa maison de Prarreyer, il peut se revoir il y a une dizaine d’années, joyeux et intrépide gamin à skis. «A Bruson, nous étions une super bande. Nous traversions la piste pour trouver des sauts et de la poudre. Que des bons souvenirs!» Sa mère, Marie-Paule, tenait alors le restaurant sur les pistes. Elle voyait passer sa fille, ses fils et leurs copains, à skis du matin au soir. Petits bonshommes descendant sans complexe la belle piste de la Pasay, qui vit grandir un certain William Besse, le cousin de Justin. Marie-Paule Murisier s’occupe aujourd’hui du café de la Place, au Châble. Pas question pour cette famille soudée et vivante, partie plusieurs fois en vadrouille à travers l’Europe dans un gros bus, de monter sur ses grands chevaux.

«JE CROIS EN MOI»

Chez les Murisier, on reste les pieds sur terre malgré la marée médiatique qui a suivi l’apparition de Justin en Coupe du monde, cet hiver. Brillant à Adelboden (31e avec le dossard 74), champion national du supercombiné en mars, solide, il dégage une envie palpable. «Je crois en moi. Sur la piste, si tu n’es pas à la limite, tu ne fais pas de chrono. Donc, je suis tout le temps à la limite.»

De Défago, avec qui il a été en chambre, il admire la force de travail. De Cuche, la finesse sur les skis. Un autre champion le coache et l’observe tel le renard. «Steve Locher m’a donné le déclic. Il est dur. Il faut l’être avec moi. Il est aussi sympa, attachant.»

Passionné de moteurs, Justin aurait pu faire carrière en motocross, qu’il «aime autant que le ski» et il vénère Valentino Rossi. «Mon moment le plus dur de l’année se situe en août, quand je suis obligé d’arrêter la moto.» En ski, il veut rester polyvalent, un Raich, un Albrecht. Humble, il n’aime pas trop qu’on le surnomme «le Lara Gut masculin». «Eh, je n’ai pas son talent: j’ai fini 31e à ma première course et elle 3e...»

Fin mai, si tout se passe bien, il obtiendra son brevet de bûcheron. A lui les chronos et les foules. Membre du cadre B, il se sent prêt, mais pas pressé. Il a refusé qu’un fanclub se crée déjà dans sa région. «Et Steve est si sûr que je vais y arriver...»



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Tags: sport, Aide sportive suisse, Katherine Choong, escalade, Justin Murisier, ski Aller en haut de page Haut de page

 

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