La science a réussi un coup de force: réconcilier, au moins l’espace d’un été, la mode et la santé, la chaussure in et la chaussure qui nous veut du bien. Et les élues sont: la tong, la ballerine et leurs cousines. Une étude parue dans le journal en ligne Arthritis Care & Research vient en effet de montrer que ces chaussures plates et souples sont meilleures pour les genoux; leur charge sur l’articulation est de 15% inférieure à celle des chaussures tout confort à semelle épaisse, généralement conseillées aux personnes atteintes d’arthrose!
AÏE! LES GENOUX
Et ce n’est pas tout. Les chaussures de course dégringolent elles aussi de leur piédestal. Début janvier, le journal de l’American Academy of Physical Medicine and Rehabilitation publiait une étude démontrant que ces prodiges de technologie amortissante pouvaient causer des dégâts aux genoux, aux hanches et aux chevilles.
"Marchez pieds nus chaque fois que c'est possible"
Gérald Gremion , médecin du sport du CHUV
Pas de quoi surprendre Gérald Gremion. Ce pro, médecin du sport et responsable du Swiss Olympic Medical Center du Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV), rappelle qu’en 1989 déjà une étude épidémiologique réalisée lors du Grand Prix de Berne montrait qu’il existait chez les coureurs une relation inverse entre la fréquence des blessures et le prix des chaussures. Et lui qui s’occupe des coureurs africains habitant la région a constaté que ceux-ci découvraient les blessures en même temps que les chaussures. Le hic? En gros, c’est qu’à tant protéger le pied, on bloque sa perception du sol, on désamorce les réflexes musculaires naturels, on s’éloigne des mécanismes physiologiques du mouvement, et au bout du compte c’est aux étages supérieurs du bâtiment corporel qu’on crée des surcharges et des torsions.
CHEZ SOI D’ABORD
Alors, tous pieds nus? La tendance est là et, aux Etats-Unis, la course pieds nus a le vent en poupe. Mais avec nos petits pieds de citadins, même sportifs, aïe, mieux vaut y aller progressivement.
«Marcher pieds nus à la maison, c’est un des conseils que je donne le plus souvent ici, affirme le Dr Gremion. Quant aux chaussures, pour moi, ce qui compte, c’est la structure de la semelle: il faut que celle-ci préserve les sensations du pied.»
Les grandes marques l’ont déjà compris et se réjouissent de voir s’ouvrir un nouveau marché pour des chaussures de course allégées.
ÇA MARCHE OU PAS?
Tongs
Elles ménagent les genoux et les sensations du pied. Pour marcher, on doit crisper les orteils, ce qui renforce la musculature intrinsèque du pied. Un gros point faible néanmoins: torsions et chutes à l’horizon!
Petits talons
On les considérait comme l’idéal du pied féminin et, bien sûr, ils valent mieux que les talons hauts; mais tout talon crée un raccourcissement du muscle du mollet.
Semelles rigides
La plante du pied est coupée du sol et le déroulement du pied dans la marche est bloqué. Pouah!
Chaussures de course
A trop protéger le pied, elles atrophient ses capacités d’amortissement et peuvent causer des dégâts au niveau des hanches, des genoux et des chevilles.
Semelles fines et souples
La plante des pieds reste en contact avec le sol, ses récepteurs nerveux sont stimulés. Le pied se déroule dans la marche comme s’il était nu.