Avec des ventes en plein boom, les mangas auront, bien évidemment, un espace réservé au Salon du livre. On se réjouit avec un collectionneur.
Par
Jean-Blaise Besençon - Mis en ligne le 22.05.2010
Chez Christophe Berrier, 38 ans, une pièce – bientôt déjà trop petite – est entièrement consacrée à sa fabuleuse collection de mangas. Des classiques d’Osamu Tezuka (1928-1989), père de la BD japonaise moderne, vénéré comme un Hergé, jusqu’au tout dernier volume de séries-cultes comme One Piece (52 livres publiés!) écrites et dessinées par Oda Eiichiro. Sous l’œil d’une petite armée de figurines en résine semblant directement sorties d’entre les pages, les fameux ouvrages qu’on lit à l’envers sont soigneusement alignés classés. «C’est mon côté libraire.» Et c’est justement durant son second apprentissage, donc plutôt tardivement, qu’il a découvert l’art tellement particulier de la BD japonaise… «Dragon Ball, Goldorak, Capitaine Albator me renvoient à l’époque où l’on regardait le Club Dorothée. Pour un adulte qui se replonge dans cet univers, c’est un peu un retour à l’enfance.»
Après les Kodomo pour mômes qui ont fait de Yûgi Muto (de la série Yu-Gi-Oh!) et de Pikachu des stars mondiales, la BD japonaise se décline en différents genres très précisément codifiés. Au Shojo, mignonnes bluettes pour jeunes filles en fleurs, les ados mâles préféreront les Shonen plein d’aventures et d’héroïsme.
MANGA ET OENOLOGIE
Et puis il y a notamment les Yaio, récits d’amour entre garçons (particulièrement prisé des jeunes filles), ponctués d’aventures et de fantastique, et qui, selon le libraire, seront le phénomène manga 2010… Viennent ensuite les Seinen, BD pour adultes aux scénarios et aux dessins nettement plus travaillés. Par exemple Les gouttes de Dieu (Agi Tadashi et Okimoto Shu), énigmes, aventures – une lutte entre deux frères pour l’héritage d’une fabuleuse cave – et une initiation au vin dans l’univers de la haute oenologie – déjà douze livres parus.
SEXE ET VIOLENCE?
En partageant ses trésors devant le non-initié, le collectionneur balaie les clichés qui collent à cette littérature bon marché. Dessins vite faits, bâclés? «Il y a des choses extrêmement soignées, autant de style que dans la BD francobelge.» Images de violence et de sexe? «A l’exception des créations spécialisées – les Ecchi érotiques et les Hentai pornographiques –, les Japonais sont très pudiques, et beaucoup de récits sont très fleur bleue.» Pour beaucoup d’amateurs comme Christophe, la passion des mangas débouche rapidement sur un intérêt plus large pour le Japon. Musique, cinéma, bien sûr, mais aussi des pratiques plus inattendues comme l’origami, le fameux art du papier plié, ou l’ikebana, l’art d’arranger les fleurs à la mode japonaise. Et puis il y a le grand sabre samouraï qui brille devant la fenêtre.
3e Manga Festival, Salon du livre, Geneva Palexpo. Du 28 avril au 2 mai.
PLUTO, LA SÉRIE QUI EXPLOSE
Reprenant à son compte deux
histoires du cycle Astro Boy, imaginées par le grand maître Tezuka,
Naoki Urasawa, auteur-culte de Monster et de 20th Century Boy, frappe
très fort avec Pluto, sa nouvelle série – quatrième volume en juillet.
Dans un monde où les humains et les robots partagent à égalité le
quotidien, certains sont soudain victimes d’étranges assassinats liés à
des catastrophes naturelles. Et voilà les sept robots les plus puissants
du monde soudain menacés de destruction. Mais Gesicht, l’inspecteur
robot d’Europol, mène l’enquête…
Trois volumes, Ed. Kana.
BEAU
COMME UN MANGA
Passé le premier succès sur papier recyclé et
reliure bon marché, certains titres légendaires sont réédités en version
luxe. Ainsi, la magnifique série Dr. Slump (Ed. Glénat) bénéfice d’une
nouvelle traduction plus fidèle au japonais, des couleurs originales et
de nombreux dessins inédits. Autre chefd’œuvre éditorial, l’édition
intégrale du Quartier lointain (Ed. Casterman) de Taniguchi, un manga
notamment adapté au théâtre (à la Comédie de Genève l’année dernière),
avant tout un véritable roman graphique.