Les deux Romandes Noémie Rudaz et Stéphanie Vuilleumier ont été sacrées médailles de bronze et d’argent pour le concours 2011. Une stratégie marketing bien huilée.
Par
Muriel Jarp - Mis en ligne le 15.02.2011
«J’AURAI MA TÊTE SUR LES FLYERS»
NOÉMIE RUDAZ
22 ans, 1 m 70, 56 kg employée de commerce Saint-Pierre-de-Clages (VS)
Noémie se souvient surtout de cette étrange impression, un rien gênée, défilant sur le podium en robe de soirée rouge. C’était le 12 janvier à Zurich. Concourir pour devenir Miss Weight Watchers, ça procure quelles sensations? «Ça m’a fait rire. Ce n’est pas tout à fait moi, je dois bien dire!» Cette jeune femme de 22 ans s’avoue en effet plutôt minijupe noire et concert rock. Mais bon, c’était une petite expérience «sympa», et puis, comme lui a dit sa mère, animatrice de réunion chez Weight Watchers, les Valaisannes ne sont pas assez représentées dans cette manifestation. Alors voilà, avec son copain, elle a bien ri, est repartie troisième, avec un bouquet de fleurs et un miniaspirateur. Même si elle avoue tout de même que ça l’aurait «bien arrangée» de gagner une voiture, le premier prix, remporté lui par une Zurichoise.
«Je me suis retrouvée obligée de faire du shopping! Toute ma garde-robe était trop grande»
Noémie Rudaz, – 11 kg en 10 mois
«Ah oui, j’aurai aussi ma tête sur les flyers publicitaires! D’ailleurs, tant mieux si les modèles sont réels; c’est plus authentique, je trouve, plutôt que de payer des mannequins qui ont toujours été minces.» Plus que le concours et son statut d’ambassadrice de la marque de régimes, Noémie est surtout soulagée d’avoir perdu ces satanés kilos superflus. Onze en un peu moins d’un an. «Quand je regarde certaines photos, je me demande comment j’en étais arrivée là.» On lui répond que 67 kg pour 1 m 70, ce n’est pas la mer à boire. «Si! Je ne me trouvais pas jolie du tout. Et j’avais peur de devenir comme mon grand-père!»
Aujourd’hui, tandis que son copain prépare une salade de fruits à la cuisine, elle explique qu’elle a réappris à manger, à mitonner des plats simples plutôt que d’opter pour les surgelés. Et à faire des lichettes de fromage au coupe-légume, «un truc appris aux réunions». «C’est tout bête, mais c’est moins frustrant qu’un tout petit carré de gruyère dont on ne fait qu’une bouchée.»
«J’AI ÉTÉ TRAITÉE COMME UNE REINE»
STÉPHANIE VUILLEUMIER
30 ans, 1 m 73, 73 kg secrétaire médicale Fontainemelon (NE)
Elle répond du tac au tac. Ses yeux s’illuminent, Stéphanie se revoit sous les projecteurs. «Oui, c’est clair: devenir une miss, c’était le rêve que je caressais depuis toute petite fille.» Alors, lorsque l’animatrice de son groupe de réunion Weight Watchers lui propose de postuler pour devenir ambassadrice de la marque, la Neuchâteloise, qui vient de fêter ses 30 ans, n’hésite pas. «Elle m’a dit que j’étais vraiment l’histoire type qui devrait plaire au jury.» Stéphanie le répète, c’était une «super aventure». Se retrouver parmi les finalistes dans un palace zurichois, être traitée «comme une reine», choisir les habits de défilé, apprendre les chorégraphies… «Un rêve!» répète-t-elle.
«J’ai jeté mes habits de grosse. Sauf un jean taille 52, pour ceux qui ne me croient pas»
Stéphanie Vuilleumier, – 33 kg en 11 mois
Elle est deuxième. Sans attendre la déception, elle se dit: «C’est génial, je suis première Romande.» Pour elle, passée de 106 kg à 73 en onze mois, qui se cachait derrière ses deux enfants à la piscine, s’essoufflait au moindre effort, effectuait des détours en ville, de peur de croiser des connaissances, cette aventure de miss lui a «redonné confiance». Et elle l’assure, elle ne s’est jamais sentie transformée en produit marketing. «Je n’y ai vu que des côtés positifs.» Comme lorsque la styliste lui demande si elle n’a pas un slim à enfiler pour les photos. Stéphanie file alors chez H&M. Dans la cabine, elle réalise que, oui, elle rentre dans ce jean moulant taille 40!
«Dire que j’étais proche de la dépression une année auparavant. Je me souviens de ce jour chez le gynéco, où j’ai pleuré en voyant la balance dépasser les 100 kilos», raconte-t-elle, le regard encore horrifié. Aujourd’hui, elle continue de compter ses points à chaque repas, «C’est devenu une habitude.» La rigueur, de toute façon, ça lui convient bien. On la croit, à voir son appartement très design, sobrement meublé. Son seul regret: que l’aventure se soit terminée. Alors, elle se trouve de nouveaux objectifs et, là, se concentre sur les préparatifs du mariage de son frère.
«TOUS LES RÉGIMES FONT PRENDRE DU POIDS À TERME»
Pour le professeur Vittorio Giusti, responsable de la consultation de l’obésité au CHUV, à Lausanne, Weight Watchers possède une stratégie marketing redoutablement efficace. En effet, si le marché est porteur – «rien que dans le canton de Vaud, 21% de la population est en surcharge pondérale, soit 250 000 personnes» –, la concurrence est rude: Google ne recenserait pas moins de 7 millions de sites dédiés aux régimes! «Le fait qu’il en existe autant montre bien leur inefficacité», soupire le spécialiste. D’ailleurs, au CHUV, c’est bien simple, les régimes ont été bannis. «On sait désormais que les régimes font prendre du poids à terme.» La raison est à chercher du côté des privations. «Imaginez: une restriction alimentaire à vie. C’est la décompensation assurée au niveau psychologique!» Quid alors de Weight Watchers? Ce serait le moins… «inadapté», comme l’explique le professeur. «Je ne vais pas d’emblée le déconseiller à une personne qui souhaite simplement perdre 3-4 kilos et arrive à s’adapter à un minimum de règles. Ce régime est sur le marché depuis des années, on peut lui faire confiance. Et ce n’est pas un régime privatif, on peut manger de tout.» Quant au concept de Miss Weight Watchers, Vittorio Giusti est très sceptique. «C’est une image figée. Ces personnes vont-elles reprendre du poids? Weight Watchers va bien se garder de le montrer. Et je me pose aussi des questions sur la frustration de celles qui ne gagnent pas.» Une frustration qui peut justement faire reprendre des kilos…
L’OGRE WEIGHT WATCHERS EN CHIFFRES
120 centres de réunion rien qu’en Suisse. Le géant de l’amincissement ne s’en cache pas: «Nous sommes le premier spécialiste de la nutrition.»
12 000 personnes fréquentent chaque semaine ces réunions. C’est compter sans les programmes individuels at home ou at work. A quoi il faut encore ajouter les nombreux produits dérivés: manuel de courses, calculatrice de points, guide des sorties au restaurant...
14% d’inscriptions supplémentaires en 2010. Un succès qui ne maigrit pas.
26 francs la séance hebdomadaire. Si la multinationale ne communique pas sur son chiffre d’affaires en Suisse, rien que le prix de la réunion multiplié par le nombre de participantes donne déjà une idée de l’ogre Weight Watchers!
250 produits de la marque sont en outre proposés dans les magasins Coop.