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Coupe de l'America jour 1
Alinghi Avec la spectaculaire mise à l'eau d'«Alinghi 5», la 33e Coupe de l'America a véritablement débuté. Elle se résumera à un duel entre le bateau suisse et son challenger américain: «Oracle». Explications.

Par Frédéric Vassaux - Mis en ligne le 14.07.2009
Le bruit sourd du rotor. Le souffle généré par les immenses pales de l'hélicoptère qui creuse le lac en dessous. L'énorme bateau suspendu à des filins rouges qui se pose délicatement sur l'eau. Alinghi 5 mouille désormais dans le port du Bouveret (VS). Mercredi 8 juillet 2009: le premier acte de la 33e Coupe de l'America est lancé; de manière plutôt spectaculaire.

Le MI26 russe, le plus gros hélicoptère jamais construit en série, arrive au loin survolant le Léman. On dirait un frelon traînant un long fil sous lui. Autour, l'alouette aux couleurs du defender suisse qui filme la scène semble un vulgaire moustique. L'opération est parfaitement ficelée. En quelques minutes, les câbles sont attachés au bateau sur le chantier de Villeneuve (VD) pendant que l'appareil reste en vol stationnaire plusieurs dizaines de mètres au-dessus. Puis l'énorme insecte soulève le bateau sans effort et après un court trajet le dépose au large du port du Bouveret. Dans l'eau, la bête est immense: 27 mètres de long, pour environ 24 de large. Il entre quasiment au centimètre près, frôlant les bateaux amarrés, dans l'espace qui lui est réservé. Posé sur la rive, le mât de 50 mètres, une croix suisse peinte à son extrémité, attend d'être monté.

C'est ce géant qui devra affronter un autre géant, le trimaran de BMW Oracle pour la 33e Coupe de l'America. Car c'est bien l'aiguière d'argent qui est en jeu, et non une régate préduel pour définir le challenger de référence.

Vous n'y comprenez rien? C'est normal. Face à l'imbroglio juridique et les incessantes querelles opposant Alinghi à Oracle, même les marins les plus experts attrapent le mal de mer. L'illustré fait le point.

Un duel pour l'aiguière

La 33e Coupe de l'America se résumera à un duel en multicoques entre le defender Alinghi et BMW Oracle. En effet, celui-ci a obtenu par décision de justice le rôle de challenger de référence. «En fait, Oracle a profité d'une faille. Habituellement, c'est le premier à avoir lancé un défi au defender qui est le challenger de référence», explique Gérard A. Jaeger, historien et auteur d'un ouvrage sur l'histoire de la Coupe de l'America*. Soit, après la victoire du bateau suisse en 2007, le club nautique espagnol de voile. Mais Oracle a profité d'un article du Deed of Gift, la bible de la Coupe de l'America rédigée en 1887, qui précise que le club nautique lançant le défi doit déjà avoir organisé des régates annuelles. «Ce qui n'était pas le cas du club espagnol, fondé uniquement pour la 32e Coupe», poursuit l'historien. A partir de là, c'est le challenger de référence, soit Oracle, qui décide d'ouvrir la compétition à d'autres équipes ou non. Et, malgré la volonté du Cercle de la voile de Gargano (I) de participer, les Américains ne semblent pas près d'y consentir. La prochaine Coupe se résumera donc, selon toute vraisemblance, à un duel entre le defender suisse et son challenger américain, sans les préliminaires de la Coupe Louis Vuitton auxquels on s'était habitué.

Trimaran contre catamaran

L'épreuve ne verra pas s'affronter des Class America, mais deux multicoques. Cela surprend, mais c'est comme ça! Il faut comprendre que cette compétition fonctionne depuis des années par consensus entre les parties. Le defender et le challenger se mettant d'accord sur les modalités de la course. Or, Alinghi et Oracle se détestent et ne se parlent que par avocats interposés. Du coup, on en revient à la bible, le Deed of Gift de 1887. «Mais dans ce règlement presque rien n'est codifié», explique Gérard A. Jaeger. Fort de son succès devant les tribunaux, Oracle lance donc un défi à Alinghi avec un multicoque de 90x90 pieds. Pourquoi un multicoque? «Les Américains ont voulu prendre les Suisses à contre-pied en espérant avoir un avantage mais en oubliant qu'Alinghi possédait déjà des multicoques voguant sur le Léman.» Le defender accepte le défi, «probablement par gain de paix». Dès lors, Alinghi a le choix de son embarcation, le Deed of Gift restant très vague et ne l'obligeant qu'à présenter un bateau entre 44 et 90 pieds (13 et 27 mètres) avec un mât, ou entre 80 et 115 pieds (24 et 35 mètres) avec plus d'un mât. Le résultat? Alinghi 5, un catamaran de 27 mètres qui, désormais, baigne au bout du lac. «Lors de la première Coupe de l'America, il y avait des embarcations totalement différentes, des goélettes, des trois-mâts, des barques, etc., remarque l'historien. Ce n'est que plus tard que les compétiteurs se sont mis d'accord sur une jauge commune, soit des caractéristiques définissant l'embarcation.»

La Coupe en février 2010

Alinghi aurait souhaité naviguer en mai à Valence, mais cela sera février. Une décision de justice a tranché: le règlement de 1887 prévoyant un délai de dix mois dès l'acceptation du défi, le duel aura lieu en février. A moins que les parties s'entendent sur une autre date, mais, vu le contexte, on en doute. Le defender a toutefois le choix de l'endroit. Ce ne sera pas forcément Valence, dont les vents parfois forts en février semblent mieux convenir aux Américains qu'aux Suisses. Des rumeurs parlent de Dubaï ou de Gênes. Quoi qu'il en soit, la décision du lieu de l'affrontement doit être communiquée six mois au moins avant la course, soit au plus tard le 8 août. Le format de l'épreuve est en revanche connu. Il s'agira d'une course au meilleur des trois manches. La première, un aller de 20 miles sous le vent et retour. La seconde, une course en triangle de 13 miles de côté chacun et, si nécessaire, la troisième reprendra le format de la première.

Prévisions

Les avis divergent quant à savoir ce qu'accouchera cet atypique affrontement. «Comme les bateaux seront sensiblement différents, le risque existe que l'on se rende compte très rapidement de celui qui a fait les meilleurs choix», estime Paco Latorre, porte-parole d'Alinghi. Trois minutes de course pour constater que l'un des deux voiliers est plus rapide que l'autre, puis assister à un monologue. «Je n'y crois pas, glisse Gérard A. Jaeger. Les équipes se connaissent très bien et il ne faut pas se leurrer: chacun sait très exactement ce que l'autre fait. Alors les bateaux seront très proches. Reste que, pour moi, la Coupe sera bâclée, une sorte de 32e Coupe bis avant de retrouver un format avec plusieurs challengers.»

«America's Cup: une histoire 1851-2007»
Ed. Archipel.





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Tags: Alinghi, Oracle, Coupe de l’America, defender, challenger Aller en haut de page Haut de page

 

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