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L'éditorial du rédacteur en chef
Crash

Par Christophe Passer - Mis en ligne le 09.10.2009

 
Sur les images, arrivant à l’aéroport, les proches des victimes ont toujours les mêmes gestes. Se couvrir avec leurs mains. Regarder pourtant droit devant eux. S’échapper. Démarche pressée de ceux qui savent que quelque chose de terrible est survenu, mais aussi une résistante veine d’espérance au visage: peut-être, sait-on jamais?
Cela nous touche profondément parce que nous sommes alors renvoyés à nos expériences et à nos peurs. L’expérience: par exemple ce cousinage entre la tragédie de l’AF447 et celle du SR111 autrefois. Des avions modernes, des destinations mythiques, Rio, New York. La peur: nous vivons dans un monde d’oubli, un monde où le poids des choses et des machines s’efface si vite devant la légèreté des facilités technologiques devenues évidences quotidiennes. L’avion est de celles-là.

Au moment de la compassion, ne pas le perdre de vue: l’avion, merveilleuse invention, demeure une affaire stupéfiante de complexité.

A partir de quand cela fut-il possible, vraiment, de s’envoler ainsi, pour des millions de gens à travers la planète? L’aviation a un peu plus de 100 ans. Le Boeing 747 et sa bosse entrèrent en service en 1970, c’est-à-dire hier, et il rapetissa aussitôt le monde. Mieux: ce dernier fut désormais offert aux voyageurs et touristes comme un service simple et sûr, une commodité. Les distances se sont raccourcies, la vitesse des communications, des mails, l’internet, un exotisme à portée de clic ont fait du voyage une téléportation douce. S’asseoir, regarder une vidéo, puis atterrir vite et bien dans un lieu qui, quelques années plus tôt, s’appelait l’autre bout du monde.
Nos reporters s’interrogent sur les causes du drame, et sont allés écouter des familles endeuillées (lire page 8). Ils en ramènent une émotion forte à partager, l’arrachement inexplicable des vies, la déchirure des orphelins et des amours, l’ébahissement aussi, quand monter ou ne pas monter dans l’Airbus s’est joué à rien, au hasard, à la chance, à l’aléa d’un agenda.
Il n’y aura cependant jamais de vraie routine pour ces fantastiques mécaniques. Au moment de la compassion envers les victimes, il ne faut pas le perdre de vue: l’avion, merveilleuse invention, si incroyable et désormais populaire, demeure une affaire stupéfiante de complexité. Depuis cent ans, le génie des hommes en a fait l’instrument des rencontres et de la découverte. C’est ce miracle recommencé qui est bouleversé en nous à chaque terrible accident, comme celui de cet oiseau immense qui venait du Brésil.



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Tags: Christophe Passer, éditorial, avion, tragédie de l’AF447 Aller en haut de page Haut de page

 

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